Humeurs

Mais non, t’es pas grosse !

Que celle qui n’a jamais prononcé cette phrase à une copine engoncée dans un 40 alors qu’elle fait 1,45 m les bras levés (put your hands up baby !), me lance sa première culotte à la gueule. A un moment ou un autre de notre vie, on a menti. Inutile de nier, vous mentiriez, car la nature humaine est ainsi faite et on ne peut lutter contre.

Mais non, t’es pas grosse !La vie nous offre tous les jours l’occasion de mentir pour des raisons plus ou moins altruistes comme :

- Éviter une sentence : « Je vous assure, Monsieur l’Agent, que le téléphone s’est projeté tout seul sur mon oreille au moment où il vous a vu. »

- Manipuler quelqu’un dans le but d’en retirer quelque chose : « Bonyour jolie Madame. Yé souis Javier de la República Dominicana. Yé té trouve très belle et yé souis très amoureux de tou. Tou m’invites au restaurant ? »

- Souhaiter épargner la vérité à quelqu’un et ainsi le protéger : « Mais non, tu ne vas pas mourir de ce cancer généralisé. Il y a des tas de gens qui vivent très bien avec. »

- Abréger ses propres souffrances : « Cette robe te va super bien ! Allez, maintenant on rentre voir le match de foot. »

- Valoriser son image, sa vie : « Attends, j’ai un appel. Ah, c’est James Franco. Je ne sais pas pourquoi, mais depuis qu’on s’est croisé à La Marina de Limoges, il ne veut plus me lâcher. C’est incroyable !»

- Par lâcheté : « Mais oui, je t’aime aussi. »

Ceci est bien sûr une liste non exhaustive, retenez juste que l’on a toujours une bonne excuse qui nous pousse à mentir. Reste à répondre à la question de savoir comment mentir sans passer pour un baratineur de marché. Comme toute chose, mentir demande un minimum de travail et dans ce cas, autant que cela soit bien fait.

Les principes de base

- Soyez le premier à croire en votre mensonge. Pour reprendre l’exemple du fameux « Mais non, t’es pas grosse », effectivement on peut se dire que votre copine Mathilde est bien menue à côté d’une bête de la savane type rhinocéros face auquel elle ne ferait certainement pas le poids.

- Quand la situation le permet, arrangez-vous toujours avec la vérité, cela sera plus plausible. Le mensonge voit son fond de commerce dans une certaine forme de justesse des faits. Regardez DSK, il n’a pas dit « non, non je n’ai rien fait à la femme de ménage » mais « C’est pas de ma faute, Nafissatou s’est jetée toute seule gueule béante sur ma bistouquette que je promenais nue pour l’aérer » ce qui, un temps, a paru tout à fait crédible.

- Soyez créatif pour 1/ ne pas être catalogué direct « menteur ». Exemple typique « Hé M’dame, j’ai pas pu rendre mon devoir, ma grand-mère est morte. C’est chiant, ça fait quatre fois cette année et moi ça me perturbe», 2/ en retirer un petit plaisir. Mentir pour mentir ne sert pas à grand-chose même si c’est pour se tirer d’un mauvais pas. C’est comme sucer un bonbon La Vosgienne versus une Chupa Chups au lait (mes préférées).

Ainsi, pour ne pas vous rendre à une soirée, ne dites pas « J’ai une gastro, je te raconte pas le carnage dans les chiottes » mais plutôt « Je suis vraiment désolé, j’ai mangé des huîtres face à la mer ce midi et je crois que je ne les ai pas très bien supportées. Pourtant la vue était superbe ». De suite, votre imaginaire vous projette dans cet endroit hypothétiquement paradisiaque, et c’est un petit plaisir personnel très satisfaisant.

Premières mises en pratique

- Commencez par choisir des proies faciles. Peu importe l’objectif de votre mensonge, il n’y a en pas forcément besoin pour s’entraîner, le principal est de progresser. Débutez avec votre petite nièce de 4 ans (« Tu sais que ton papa n’est pas ton papa ? »), puis votre cousin de 16 ans (« Ta petite amie me dit quelque chose… Ah oui, je me souviens, elle a partouzé avec des potes », pour finir par votre grand-mère (« Tu devrais revoir ton testament. Tes comprimés pour le cœur, c’est tatie qui les prend. Elle est toxico. »). Quand vous serez prêts, attaquez sévère (patron, mère, huissier de justice,…).

- Mentez au moins 3 à 4 fois par jour. Plus vous mentirez, plus cela sera facile. N’hésitez pas à utiliser la technologie moderne (SMS, mails), le mensonge n’est pas cantonné à l’oral.

NB : A propos de technologie, sachez qu’elle a toujours bon dos lorsque l’on cherche des échappatoires professionnelles vu que les clients s’y connaissent rarement dans le domaine :

« Chère cliente, je suis désolée de ne pouvoir vous envoyer notre proposition créative aujourd’hui, car l’ordinateur de notre directeur artistique a fait une fatal error 404. Cordialement. »

- Maîtrisez votre langage corporel et notamment votre aspect facial (tics, rougissements). Si cela vous paraît impossible, faites savoir au préalable que vous souffrez du syndrome de Gilles de la Tourette ou d’une couperose. Au point où vous en êtes, vous ne faites que rajouter un mensonge sur un autre.

Les astuces pour que cela fonctionne à tous les coups

- Ne jamais mentir bourré. Personne ne croit des alcooliques même si c’est une beuverie passagère.

- Ne rigolez pas comme un tordu au moment où vous prononcez votre mensonge. « Mais t’es carrément canon avec cette nouvelle coupe de cheveux » tout en pouffant, ça fait direct foutage de gueule et ça, pour le coup, c’est vrai !

- Ajoutez des expressions qui renforcent votre mensonge comme « Tu ne me croiras jamais mais… » ou « Je sais que ça parait incroyable mais…».

- Encore mieux si vous impliquez des êtres qui vous sont chers : « Je te jure sur la tête de mes parents et de mes enfants que ce que je te raconte est vrai ». Ceci est une preuve de crédibilité surtout si la personne à qui vous vous adressez ignore que vos parents sont morts et que vos enfants sont tellement cons que vous les haïssez.

- Appuyez votre parole par des signes extérieurs visibles : yeux de cocker, larmichettes, mains en prière,… Essayez de vous visualiser en Bernadette Soubirous, cela vous aidera à créer l’image que vous souhaitez renvoyer à l’autre : une innocente qui ne fait que rapporter des faits réels. Ou presque.

- Pour éviter de trop transpirer si le mensonge est un peu lourd à porter, aspergez-vous largement de déodorant. Vous puerez, mais au moins vous serez au sec.

Il ne vous reste plus qu’une chose à faire : ouvrir la bouche !

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(cc)  Pink Sherbet Photography

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