Histoires

Comment mes copines ont revêtu leur cape d’invisibilité pour m’accompagner à la gym

Je suis monitrice de gym. En parallèle de mon activité professionnelle, j’ai le plaisir de défendre le bien-être par le sport auprès de centaines de personnes, en le transmettant par mon sourire, mon peps, mon énergie communicative, ou oubliant que mes chevilles ne pourront bientôt plus se chausser. Oui, j’aime enseigner, partager, communiquer, guider, faire transpirer les participants, les faire repartir en nage et rayonnants, me faire mousser.

Comment mes copines ont revêtu leur cape d’invisibilité pour m’accompagner à la gymBref, cette flamboyante introduction n’était que la préface du roman de ma vie de monitrice de gym. Comme c’est un honneur et que je me la pète un peu, j’ai rameuté la Terre entière (au moins) pour faire mon show (“c’qu’elle nous énerve à écrire, puis barrer, ici c’est pas une page de brouillon !!”) que mes amis découvrent ma passion et, pourquoi pas, l’embrassent.

Bon, mon appel façon celui du 18 Juin n’aura pas eu la portée de celle de De Gaulle, mais au moins les motivées sont venues. Étrangement, pas de motivés (“que des filles, gna gna gna, sport de fille, blablabla, j’aime pas danser, tralala, chuis sûre que c’est du yoga, toussa toussa”)(soit dit en passant, ces personnes de sexe mâle se fourrent le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate – ceux qui ont d’ailleurs essayé ne sont jamais revenus. Raison officielle ? “Bof, pas assez physique”. Raison officieuse ? “Non mais tu me m’as fait passer pour un blaireau devant 60 nénettes à gesticuler dans tous les sens alors que je sais même pas différencier mon bras droit de mon bras gauche !”).

Bref, je m’égare encore. N’hésitez pas à me rappeler à l’ordre, hein. Je parlais donc des coupines qui ont voulu voir leur sportive de cop’s à l’œuvre. Celles qui sont venues (merci les coupines, spéciale cace-dédi) ont donc revêtu la tenue de combat. “On vient avec le bandeau absorbateur de transpiration, la bombe de déodorant, la citerne d’eau minérale, les chaussures de running extra-méga douillettes, le legging confortable-pas transparent-top mode, tu déchires Beelebah, trop cool, c’est à quelle heure déjà ? Bon j’espère que je ne serai pas en retard, hein, tu connais les aléas du RER”. Elles ne m’avaient pas dit qu’elles apporteraient leur cape d’invisibilité aussi. Mais vous êtes où les filles ?? Ben elles se sont planquées ?? Elles sont pô venues finalement ?

Je commence mon cours. “Y a des nouveaux aujourd’hui ? Il me semble que oui” ? (on entend les fourmis respirer) “Non ? Ah bon… Pourtant je croyais que ?… Bon, d’accord, on va commencer alors. Maestro !” (c’est pour donner un petit côté dramatique à la situation). Déception quand même. Bon, je suis dans mon truc, musique à fond, mon regard balaye la salle, tout le monde suit. Les participantes arborent des tenues colorées, bien flashy, des baskets fluo et des joues roses. (“Et les coupines elles sont où ?”).

Première partie écoulée. Passage au sol. Pompes. Je regarde le Terraflex bleu et respire à plein nez (miam) l’odeur de ballon de basket poussiéreux qu’il dégage. On change de mouvement. Un mouvement un peu ch****, il faut le reconnaître. Les participantes (oh les rebelles) l’adaptent ou le zappent carrément si ça ne leur plaît pas. Et je lève les yeux.

Et qui je vois ? Coupine n°1 ! (ça fait déjà 1 sur les 4 qui devaient venir, chouette). Elle fait le mouvement approximativement. Je la regarde. Elle me regarde. On se regarde. (Vous reconnaissez le ton de “Bref” ? Je pense que je pourrais être scénariste pour eux. Kyan, si tu me lis…). Je poursuis le mouvement. Je l’encourage du regard. Elle tire la langue, elle n’y arrive pas trop. J’accentue le mouvement pour qu’elle comprenne comment bien le réaliser.

Bon, tant pis, je poursuis, elle fait ce qu’elle peut. Je pivote de 180° (en fait, pour ceux qui n’auraient pas compris, le moniteur est au centre de la salle et tout le monde suit ; donc il faut que je tourne de temps en temps pour que tout le monde voie). Et là, bingo, coupine n°2 ! Elle peine comme la première. Je suis tellement contente de la voir que j’exhibe ma dentition d’encouragement Ultra-Brite. Mais lorsque je pivote à nouveau, coupine n°1 a disparu.

Fin du passage au sol, passage cardio, là j’entraperçois, parfaitement dissimulée derrière une participante mais démasquée par un alignement de bras défaillant, coupine n°3. Elle fait comme si c’était trop facile. Regard désabusé, mouvements nonchalants, la balézitude, elle connaît pas (la longue trace foncée qui sillonne son débardeur dit le contraire, mais je m’abstiendrai de tout commentaire). Je souris. Elle est venue ! Youpi ! Coupine n°4, t’es où ? Puisque pivoter sur moi-même semble faire apparaître des gens, je pivote à nouveau. Et là, 4 à la suite, formidable, là voili-voilou !

Vous devez vous dire “euh mais pourquoi cape d’invisibilité alors ?” Plusieurs raisons :

- Le musée Poudlard va ouvrir à 30km de Londres, avec des reconstitutions des pièces et des objets ayant servi au film et les secrets du tournage, et tout et tout.

- Parce que les copines ont leur côté mec aussi. En tant que copine balèze, elles viennent parce que bon, le côté féminin empathique leur a dit : “allez soutenir votre Beelebah pendant son show cours”. Leur côté mec leur a dit : “Pff la lose, la coordination je comprends rien, et pis j’aime pas transpirer, et pis le sport c’est fatigant, et pis si ça se trouve c’est nul, et pis j’ai pas envie et pis c’est tout”.

Pour concilier les 2, elles sont venues, mais de préférence 1) en retard, pour que je leur passe les recommandations d’usage et qu’elles puissent se fondre dans la foule en délire, (c’est mon côté Schtroumpf à lunettes, pas horripilant du tout, nononononon) et 2) en tenues bien neutres, pour ne pas se taper l’affiche 3) planquées sous leur cape pour que je ne les voie pas, derrière la foule des participantes hystériques.

Fin du cours. “Z’avez aimé les filles ?” “Ah ouais, c’était cool. Bon, la coordination, hein… Bon on y va ? Parce que là ya Top Chef qui va commencer, et le temps que je prenne ma douche, hein, je voudrais pas rater Norbert et son langage fleuri foisonnant lors de l’épreuve coup de feu”. (Non, moi je ne regarde pas du tout, nonononon). Petit blanc. “Et sinon, vous avez bien travaillé ?”. “Ah ouais c’était cool. On reviendra”.

Bon, les filles, vous avez assuré, merci d’être venues, merci de revenir (bah quoi ?! faut bien que je me fasse un peu de pub non ? Y a-t-il des mecs qui passent par là ? Non parce que j’aimerais bien masculiniser un peu mes cours (99% de femmes, c’est pas un club de rencontres, c’est moi qui vous le dis). Je retourne faire transpirer mes fans participantes, à bientôt !

(cc)  I like

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