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Art Spiegelman : exposition Co-Mix à la BPI

La Bibliothèque Publique d’Information (BPI) présente en ce moment et ce jusqu’au 21 mai 2012 une exposition dédiée à l’œuvre d’Art Spiegelman.  Quand on vous parle de cet artiste, vous pensez sans doute à Maus, son œuvre majeure. Il avait d’ailleurs reçu le prix Pulitzer en 1992. Co-Mix retrace sa carrière.

Art Spiegelman : exposition Co-Mix à la BPIArt Spiegelman : des projets artistiques divers et variés

Son éclectisme s’exprime très tôt. A quinze ans, il crée son fanzine Blasé. A la fois illustrateur, graphiste, directeur artistique, il collabore avec la marque Topps. A travers une collection d’autocollants, il tourne en dérision un bon nombre de produits de consommation. Toujours libre, il multiplie les expériences et les expérimentations.

Dans les années 1970, il évolue dans le monde de la bande dessinée underground à San Francisco. Les revues Arcade ou Short Order Comix représentent parfaitement son état d’esprit qui lie originalité, créativité et réflexion sur la société. En 1977 il publie Breakdown. Cet album ne sortira en France qu’en 2004. Il participe également aux pages de Playboy dans « Playboy funnies » de 1977 à 1983.

Il reste inclassable. Il a donné ses lettres de noblesse au roman graphique. Pour réaliser ses planches, il s’inspire de son histoire intime mais surtout du monde contemporain. Grâce à Un juif à Rostosk, Spiegelman commence à travailler pour le New Yorker en 1992. Pour produire et dessiner In the dumps, il est accompagné de Maurice Sendak. Entre 1978 et 1989, il a créé des jaquettes originales pour la traduction allemande de l’ensemble de l’œuvre de Boris Vian.

RAW : une bombe graphique

Il se détache peu à peu du mouvement underground. Selon lui, à l’aube des années 1980, ce groupe d’artistes n’est plus assez subversif et ne bouscule plus les codes des Comix. Avec sa femme Françoise Mouly, il décide de bouleverser cet ordre.

Raw dépasse ainsi les frontières de la BD underground. Ce journal connaît un grand succès. Il s’exporte. Cette idée novatrice contribue à renforcer une avant-garde ambitieuse d’artistes autant aux Etats-Unis qu’en Europe. Cette création a révolutionné le paysage de la bande dessinée. Le coup de crayon y est vif, l’humour et l’ironie pimentent l’ensemble des couvertures et du contenu de cette revue.

On y retrouve tous les ingrédients de la pop culture : couleur, caricature et controverse. Ce média rappelle qu’Art Spiegelman se sent complètement libre. Sans contraintes, il s’adapte à tous les supports graphiques.

Maus : son œuvre majeure

L’année 1972 correspond à un tournant dans sa carrière. Pour la première fois, il publie les trois premières planches d’une BD s’inspirant de la vie d’un Juif dans l’Europe d’Hitler. Il choisit de dessiner des chats et des souris pour dénoncer l’horreur de la Shoah.  Ces dessins sont parus dans Funny Animals.  Ils marquent le début de l’aventure de Maus.

Cette œuvre à la fois personnelle et révolutionnaire traite d’un sujet grave, absent de la bande dessinée à l’époque. Aujourd’hui, il peut être utilisé comme un objet pédagogique pour évoquer cette période noire de l’histoire. A tort ou à raison, il sera considéré comme un roman graphique.

Pétri de réalité et d’humanité, Art Spiegelman a voulu traduire l’indicible. L’anthropomorphisme transgresse les règles. Les souris et les rats possèdent évidemment des caractères humains. A travers l’Holocauste, l’homme est devenu animal, une vraie bête humaine. Pour construire cet album, il s’est fondé sur des interviews de son père qu’il a réalisées sur 12 ans.

Des couvertures pour le New Yorker

En 1992, il rejoint l’équipe de ce magazine culturel prestigieux. Il y ravivera l’humour. A la fois scandaleuses, sulfureuses voire controversées, elles participent à la notoriété de cet artiste.

Elles visent à faire réfléchir. Elles dénoncent les excès ou les problèmes de la société américaine. Elles évoquent autant les émeutes raciales que le scandale Monica Lewinsky ou «41 shots, 10 cents».

Cette dernière fait référence à un épisode tragique. Des policiers de la NYPD ont tiré quarante et une balles sur un travailleur immigré. Ces deux moments rappellent que de fortes tensions ont existé entre les différentes minorités. Le racisme demeure prégnant. Ce ton volontairement effronté peut choquer.

Ses propos se raccordent parfaitement à ses images. Il traite tous les sujets avec justesse et une certaine distance. Même s’ils touchent à son intimité, cela ne l’empêche pas d’avoir de l’humilité et de se montrer critique.

Cette exposition riche et complète vous apprendra sûrement beaucoup. Art Spiegelman est une pierre angulaire de la BD américaine contemporaine. Il a participé à la reconnaissance de la BD, considérée aujourd’hui comme le neuvième art.

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