Coeur

Love is f***ed up

Aujourd’hui, j’ai pris un café avec ma petite cousine de 17 ans que je n’ai pas vue depuis longtemps. A peine assises dans le canapé qu’elle me regarde, fixement, l’air de m’analyser. Aussi sec, en bonne fille superficielle, je me dis que j’ai un truc sur le visage et je palpe ma figure à la recherche d’une éventuelle pustulette survenue depuis l’inspection du matin.

Love is f***ed upMais je n’y étais pas du tout. Elle voulait savoir un truc. Elle m’a demandé c’est quoi l’amour et comment ça se conserve. Au début, j’ai eu envie de rire, puis j’ai vu sa tête et j’ai su qu’elle était sérieuse. Alors je me suis emmêlée les pinceaux, et perdue dans un discours fleuve et niais à base de “tu le reconnaîtras” et autres fadaises qui n’ont pas eu l’air de la contenter.

Elle m’a dit qu’elle voulait trouver l’amour le VRAI le seul l’unique, celui qui ressemble aux livres et aux films. Elle avait l’air à fond dans ce qu’elle disait. Du coup, j’ai pensé aux livres et aux films justement et je me suis fait la réflexion que cet amour-là n’était pas vraiment enviable vu son taux de mortalité. L’amour télévisuel et littéraire est un monde étrange peuplé de couples non moins étranges.

Les couples les plus mythiques se classent en quatre catégories :

La catégorie “pas de bol”

Rose et Jack de Titanic : Jack est pauvre et Rose est riche, et ils sont (littéralement) dans le même bateau en route pour le Nouveau Monde. Ils tombent amoureux à l’occasion d’une folle gigue au son de violons irlandais, mais leur amour est socialement inacceptable car elle est déjà promise à un autre (riche) homme. Dans ce vaudeville vient s’immiscer un iceberg d’une centaine de mètres que le capitaine du paquebot a malencontreusement raté. Jack parvient à sauver Rose en la mettant sur un bout de glace flottant et meurt héroïquement d’hypothermie.

Benjamin Button et Daisy : L’histoire d’un garçon qui nait vieux et meurt jeune. Il rencontre (alors qu’il est encore au stade grabataire) une petite fille (Daisy) qui vient visiter sa grand-mère dans l’hospice dans lequel il vit. Elle l’intrigue. Quelques années plus tard, il rajeunit et la trouve de plus en plus jolie. Finalement, après moult péripéties ils sont ensemble et ils sont heureux jusqu’à ce qu’elle tombe enceinte de lui. Là, il se rend compte qu’il ne pourra jamais être un père pour cette petite fille à naître. (Ça se voit que la nouvelle date de 1922 :Un père qui a l’air d’avoir quasi le même âge que sa gamine, c’est exactement le rêve de ce siècle.) Alors, il s’enfuit. Daisy finit par le retrouver alors qu’il est au stade enfant. Il meurt dans ses bras en bébé nourrisson.

Ennis et Jack alias les cowboys de Brokeback Mountain : L’amour impossible entre deux homosexuels du Wyoming, avec le regretté Heath Sexy Ledger dedans. Le Speech : deux jeunes cowboys sont engagés pour surveiller un troupeau de moutons pendant plusieurs semaines. Isolés au milieu de la cambrousse, leur complicité se transforme lentement en une attirance aussi irrésistible qu’inattendue. A la fin de leur mission, tourneboulés par ce qui vient de leur tomber dessus, chacun rentre chez soi et vaque à ses affaires perso (se marier et fonder une famille principalement.) Mais ils ne se sont jamais oubliés, alors quand ils se revoient 4 ans plus tard, une simple œillade suffit pour retomber amoureux. Sauf que leurs escapades et leurs absences répétées du foyer familial attire l’attention et Jack finit lynché à mort par des cowboys homophobes. Amérique profonde quand tu nous tiens…

“Marie” et Pierre Curie : Du côté de la science aussi ça roucoule tragiquement. A la base Marie s’appelait en fait Maria Sklodowska. Elle était polonaise et vachement studieuse comme fille. Comme l’accès à l’université était interdit aux femmes à l’époque en Pologne, elle a émigré en France pour intégrer la Sorbonne. C’est là qu’elle rencontre Pierre Curie. Ensemble ils découvrent la radioactivité. Elle devint la toute première femme professeure à la Sorbonne. Ils moururent tout les deux d’un cancer (lui d’abord en 1904 et elle 30 ans après.)

Morale des histoires :

Si votre copain risque de mourir d’hypothermie, mettez de côté votre pudeur et faites-lui pipi dessus.
Si comme B.B vous êtes né vieux, contactez moi.
Si vous êtes gay et que vous vivez dans le Wyoming : déménagez en Californie.
Si vous faites des recherches sur la radioactivité sans protection, vous allez mourir d’un cancer.

La catégorie sadomasochiste

Buffy et Angel : Buffy Summers est une Tueuse. Son dada c’est de trucider les monstres qui pullulent dans la ville de Sunnydale. Angel est précisément un de ces monstres car c’est un Moustique Géant Tueur, espèce mieux connu sous le nom de vampire. Ils tombent amoureux, et après des saisons d’attente (pour situer, c’était un peu le Twilight de l’époque) ils couchent ensemble. Jusque là, tout est quasi normal. Sauf que pour faire chier pimenter le truc, il se trouve qu’Angel est atteint d’une malédiction.

Si jamais, il expérimente le vrai bonheur, il perd son âme et se transforme en Angelius son alter ego maléfique. C’est dans Buffy qu’on apprend qu’une relation sans orgasmes n’est pas du vrai bonheur, soit dit en passant. Bref après un combat épique où elle le bute, et une dépression pour la demoiselle, il revient à la vie à cause d’un sort. Ils continuent pendant quelques temps à essayer d’être ensemble en étant frustrés. Ça marche moyen et ils finissent par se séparer.

Lancelot et Guenièvre : Lancelot kiffe Guenièvre depuis sa toute première vision de la reine. Elle le sait et tente de résister à la passion dévorante qui s’empare d’elle. Évidemment elle échoue et ils deviennent amants. Classique. Moins classique : ils se font chopper en pleine action par les 12 autres chevaliers de la table ronde qui ont monté une opération “prenons-les sur le fait”. Lancelot réussit par miracle (et quelques bourre-pifs) à s’échapper (saluons d’ailleurs la performance, se débarrasser de 12 hommes alors qu’il est à poil, c’est pas donné à tout le monde.)

Guenièvre est faite prisonnière et est condamnée à brûler sur le bûcher pour son adultère mais Lancelot arrive à la sauver in extrémis. La fin ? Au lieu de s’enfuir loin et vivre leur vie, ils décident d’être malheureux pour le reste de leurs jours en signe de contrition. Lancelot devient un ermite des forêts et Guenièvre une nonne. Et ils meurent séparés.

Morale des histoires :

Si vous avez commis un adultère, devenir ermite est la solution.
Si votre copain est un vampire de 200 ans atteint de malédiction anti-bonheur : vous êtes dans la merde.

La catégorie fan de suicides

Romeo & Juliette : Tout le monde connait la célèbre histoire de ces deux adolescents et leur romance d’une semaine aux conséquences désastreuses. Roméo est à la base amoureux de Rosaline et s’apprête à l’épouser. De l’autre côté de la ville, Juliette est promise à Paris (le comte, pas la ville) et elle n’est pas particulièrement emballée ; mais son père si. Il prépare un grand bal pour célébrer les fiançailles. Roméo se rend au bal masqué avec une bande de potes et aperçoit Juliette. Il tombe illico presto amoureux d’elle (voir ma théorie sur le coup de foudre) mettant Rosaline et ses sentiments pour elle à la poubelle. Bonus : c’est réciproque. Malheureusement, en s’échangeant leurs identités, ils découvrent que leurs deux familles se vouent une haine sans merci.

La tension monte jusqu’à ce que lors d’un duel, Roméo tue le cousin de Juliette pour venger la mort de son BFF tué par ce dernier. Il est banni. Le père de Juliette décide de hâter le mariage de sa fille. Celle-ci, catastrophée, demande conseil au prêtre du coin, lequel lui donne une drogue pour simuler sa mort afin qu’on lui foute enfin la paix en lui promettant d’avertir Roméo du subterfuge. Bad communication : Frère Tuck a complétement oublié de prévenir R. Conséquemment, R., à la vue de sa bien-aimée allongée sur le dos dans un cercueil, la croit morte. N’ayant aucune formation en premier secours, il n’a pas l’idée de lui prendre le pouls et se suicide afin de “rejoindre” sa belle. Juliette se réveille avec un macchabée en travers du corps, reconnaît son amour, pleure en alexandrins et tire sa révérence en se suicidant à son tour.

Tristan & Iseult : Un homme (Tristan) et une femme blonde (Yseult) tombent fou amoureux après l’absorption accidentelle d’une potion (encore une drogue…) Problème : Yseult est promise au roi pour lequel travaille Tristan. Ils souffrent de souffrance souffreteuse. Après une sombre histoire de farine et de traces de sang, ils sont découverts et ils finissent par s’enfuir. Trop de péripéties nous séparent du point où je veux en venir (la fin) et j’ai la flemme de raconter la suite. Quoiqu’il en soit eux aussi, à la fin ils meurent suicidés, trompés par la nouvelle femme de Tristan qui s’appelle aussi Yseult ( trop de péripéties, je vous dis : pour ceux intéressés vous pouvez lire l’entièreté de la légende ici.)

Antoine et Cléopâtre : Ils se marient, ils s’aiment, leurs deux royaumes sont des puissances mondiales, la meuf prend des bains de lait d’ânesse…bref tout va bien dans le meilleur des mondes. Non, je déconne. Les Romains deviennent très vite jaloux de la montée de l’Égypte dans le club des pays friqués, conséquemment Antoine lâche à contrecœur Cléopâtre pour foutre une rouste aux dissidents. Malheureusement pour lui, ils avaient la tactique de dingue dans la jupette en cuir : lui annoncer que sa femme était morte alors que c’était même pas vrai. Antoine, choqué, s’empale sur son sabre et décède. Quand Cléo apprend la nouvelle, ni une ni deux, elle se suicide elle aussi pour rejoindre son aimé.

Didon & Énée : La reine de Carthage accueille le héros Énée après son échappée morbide de Troie et tombe amoureuse de lui (bien entendu.) Malheureusement Énée a un destin dicté par ses voix intérieures, les Dieux. Celui-ci la laisse donc violemment tomber pour aller vaquer à ses affaires en Europe (entre autres fonder Rome.) Didon folle de stupidité de chagrin, se suicide.

Morale des histoires :

Il faut passer son diplôme de premier secours.
La drogue c’est le mal.
Il faut ne jamais faire confiance à un prêtre.
Au Moyen Age et dans l’Antiquité, le suicide était vachement à la mode.

La catégorie “flamme éteinte depuis le siècle (et demi)”

Peggy et Alde, Mariés, Deux Enfants : Tragique mais d’une autre manière. Ils s’aiment d’un amour pantouflard, ne se touchent plus, ont deux gamins à la limite de la débilité profonde et passent toutes leurs soirées à s’engueuler devant la télé. Hobby du monsieur : aller dans les bars de strip tease. Hobby de madame : le shopping.

Morale de l’histoire :

Si vous avez la flemme et que la situation ne vous est pas si inconfortable, restez comme ça.
Sinon : Le divorce est à envisager.

Faisons les comptes si vous voulez bien. Sur les 11 couples, il y a 11 morts cadavériques (dont 7 suicides), 2 morts sociales, 1 cas particulier (Benjamin B.), des amours impossibles, des cancers, 1 rupture merdique conduisant au suicide (merci à toi Énée), et des mariés colocataires malgré eux. Si l’on s’en tient à la télé et aux livres, l’amour c’est pas vraiment un sentiment enviable. Plutôt toxique en fait.

PS : Bon, il y a quand même des couples marrants : Rachel et Ross (Friends), Harry et Sally (Quand Harry rencontre Sally), et bien sûr Phil et Claire Foster (Date Night) parce que je suis totalement fan de Tina Fey. S’il y a un modèle de couple, je préfère de loin ceux où on rigole.

http://girltravelling.wordpress.com

(cc) PG Neto

10 Responses to “Love is f***ed up”

  • Rolala, Benjamin Button… Comment j’ai chialé quand le bébé meurt à la fin!
    C’est vrai que les relations amoureuses ne sont jamais simples à la télé et dans les livres. En même temps, on se ferait chier si c’était tout beau tout rose.

  • Oui, moi aussi j’étais trop triste, j’avais regardé ce film en m’attendant à rien et ça a été une bonne surprise :)

    C’est la phrase “comme dans les films” qui m’a fait tilter, c’est intéressant à observer depuis son canapé les amours cinématographiques mais à vivre? Moyen.

  • J’ai jamais vu Brokeback Mountain… je n’en connaissais donc pas la fin. Je ne pourrais jamais voir ce film en sachant comment ça se termine, sauf si j’ai besoin de verser des larmes de crocrodile pendant deux heures, juste comme ça, en défouloir.

  • Pour moi la définition de l’amour vrai à la télé c’est Blair et Chuck !
    Surtout quand elle lui dit : “3 words 8 letters, say it, and i’m yours”

  • @Laurie: je sens que je vais passer pour une grosse inculte, mais c’est qui?

  • Ce le it couple de la série Gossip Girl ;-)

  • ah ok, c’est pour ça que je connais pas :)

  • Je suis désolée Rose J’aurais dû mettre SPOILER en gros et gras avant. Je me sens comme la fille qui a annoncé que Dumbledore était mort à la radio alors que je venais d’acheter le 6eme tome d’Harry Potter. Je crains. Toutes mes excuses pour t’avoir ruiné le film :(

    @ Laurie: Chuck et Blair, j’ai décroché quand elle a annoncé son mariage avec le prince…ils sont ensemble?

  • @Rose H. : Le retour de Brokeback Mountain est juste obligatoire sous la dictature des cartes UGC illimitées.
    Sinon, je n’ai jamais aimé les films avec des histoires d’amour à la con et je me suis faite chier en lisant “Belle du Seigneur”. Et mon expression préférée ? “Le prince charmant… ou pas”.

  • Je sais pas du coup ils ont fermé megaupload entre temps :-(

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