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Mise en intime

Juh

(Critique positive du spectacle « Se Trouver » de Luigi Pirandello, mise en scène de Stanislas Nordey ; faite dans le cadre d’un cours)

« Se Trouver », est une pièce de Luigi Pirandello ( 1867 – 1936 ; prix Nobel de littérature en 1934 ), peu connue en France. Montée une seule fois auparavant ( par Claude Régy en 1966 ), elle demeure néanmoins une œuvre fondamentale dans le paysage théâtral, abordant des thèmes forts et centraux de ce dernier. Notamment, la question de la condition du comédien ( de la comédienne en l’occurrence ), de son rapport avec son métier et des interrogations, inéluctables, entre vie réelle, vie jouée, mensonge, vérité… Autant de notions complexes qui sont pourtant essentielles dans la vie de tout artiste.

Mise en intimeLuigi Pirandello avait touché du doigt ici quelque chose qui le concernait intimement, puisque lui même s’est voué presque entièrement à sa passion de l’écriture pour échapper, en quelque sorte, à sa vie, et surtout à son mariage (qui fût d’une part arrangé, et d’une autre fortement étiolé par la folie croissante de sa femme, mais à laquelle il resta dévoué).

L’histoire, plutôt sommaire, se met agréablement au service du thème du double : une femme, Donata Genzi, grande comédienne dont le succès ne cesse de croître, se rend compte qu’elle n’a pas, ou peu, de vie en dehors de son métier, qu’elle ne sait pas faire autre chose que jouer. Elle rencontre un bel homme, du nom d’Ely Nielsen, marin qui ne peut souffrir le théâtre, son premier amour. Elle tente donc de déceler en elle la femme sans l’actrice, et peine à se trouver. Ely, qui ne l’aide pas dans ses questionnements, lui demande alors de faire le choix entre l’amour et l’art.

Mise en abyme

Parler du théâtre au théâtre n’est ni chose aisée, ni anodin. Ici la mise en abyme est de mise. Souhaitant jouer sur les doubles sens, les procédés sont multiples ; des lumières au texte, en passant par les décors, tout y est pour renforcer cette douce confusion.

En entrée : les décors. Trois actes, trois décors, foncièrement différents. Impressionnants de grandeur, ils évoluent tout au long de la pièce, tantôt grâce aux techniciens, tantôt grâce aux comédiens eux-mêmes. De plus en plus intimistes, ils se rapprochent du public en même temps que Donata Genzi (Emmanuelle Béart) se rapproche de son dénouement intérieur. Tout est orchestré et joué magnifiquement, respectant une sorte de « partition vocale ».

On ressent ici la pâte du metteur en scène, Stanislas Nordey, qui aime, à notre grand bonheur, jouer sur des dictions très travaillées, des déplacements géométriques, réglés comme du papier à musique. Tout cela ramène à la question du théâtre dans le théâtre : où sont les véritables tics des comédiens, et où sont les indications du metteur en scène ? Qu’est-ce qui est authentique et qu’est-ce qui ne l’est pas ?

Les lumières, en plat de résistance, aseptisées au début, et de plus en plus tamisées, font transparaître le cheminement intérieur de cette actrice perdue en elle-même. Il y a également un important jeu d’ombres, qui, comme les silences ont une influence qu’on néglige souvent. Durant la pièce, pas un personnage qui ne possède son sombre double, virevoltant tout contre les parois du décor, et on voit alors la portée symbolique et lyrique d’une telle image : la personnalité multiple.

L’arrivée des miroirs, au dessert, est la cerise sur le plateau. Ils permettent un beau jeu de scène entre Emmanuelle Béart et son reflet, qui illustre ainsi parfaitement le thème principal de la pièce, celui du double, de la personnalité, du reflet de soi-même, de notre propre vision… Mais qui place le spectateur également dans la même veine, puisqu’il va chercher à trouver son reflet, en même temps que Donata se trouve perdue dans sa recherche.

Mise à nue

La scène d’exposition porte ici très bien son nom, puisque, appuyée par la lumière au néon qui donne l’impression de se trouver dans une salle chirurgicale, on voit les individus disséquant une comédienne absente. Exposée à toutes les critiques, elle ne peut se défendre puisqu’elle ne sait elle-même pas qui elle est.

Les cinq dernières minutes du spectacle, qui font office de digestif, sont les plus époustouflantes, puisqu’on a l’impression de voir une Emmanuelle Béart qui s’exprime sincèrement et véritablement, et non plus une comédienne donnant vie à un texte. La dimension de la mise en abyme se revêt ici plus intimement, puisque l’actrice se donne tout entière à son public et à ses propos. Elle s’était presque dévêtue, à proprement parler, durant le second acte, illustrant l’idylle amoureuse qu’elle vit, et pousse ensuite le procédé à son extrême en jouant son propre rôle.

La question du quatrième mur est également fondamentale dans la mise en procédé de la pièce. Tout en nous faisant nous questionner sur cette pensée, elle nous dérobe notre condition de spectateur. Il n’y en a pas, tout en en créant un. Le caractère intime des situations le fait vivre, mais les regards public lancinants le détruisent.

« Se retrouve-t-on en soi même ou dans le regard de chacun ? », question obsédante qui va habiter chaque spectateur, et lui laisser un arrière-goût ”Pirandellien” rempli d’interrogations. La pièce se terminant sur « l’idée qu’on ne peut se trouver que seul », apporte sa touche finale à cette pièce liant intime et tourbillonnement de questions, et livre, enfin, une réponse à cette pièce à suspense dont on ne voit pas le bout.

« Le bon critique est celui qui raconte les aventures de son âme au milieu des chefs-d’œuvre. »

Article à voir dans son habitat naturel sur mon blog :)

3 Responses to “Mise en intime”

  • Avatar de Juh
    Juh

    Comme vous aurez pu le remarquer, j’ai un peu ( beaucoup ) de mal à faire une mise en page digne de ce nom, quelqu’un pourrait-il me conseiller ?
    Merci d’avance

  • Hello Juh, le plus simple serait d’éviter les Copier-Coller/CtrlC-CtrlV/PommeC-PommeV dans la mesure du possible. Comme cette mesure est souvent chiante, appelons un chat un chat, il faudrait que tu ailles fureter dans le code HTML.

    Quand tu édites un de tes articles, en cliquant sur la petite icône HTML (dans la barre d’outils tout à droite), tu accèdes à une vue qui s’appelle “HTML Source Editor”. Là, il te suffit de retirer toutes les balises (le langage HTML pur jus en somme) pour avoir juste ton texte. Ensuite, repasser à la vue normale pour mettre ton texte en page.

    Et si tout ça est trop compliqué, en dernier recours, nous sommes là pour nous en occuper ;)

    A ta disposition au besoin :)

  • Avatar de Juh
    Juh

    Éviter le copier/coller va être effectivement compliqué, puisque j’écris d’abord mes textes sur mon ordi, mais je vais faire comme vous me dites, enlever tout les codes HTML. Si jamais je n’y arrive toujours pas, je reviendrais vers vous. Merci beaucoup ! :)

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