Humeurs

Les chroniques menstruelles d’Ovary #5

Le dernier mardi de chaque mois, retrouvez les chroniques menstruelles d’Ovary sur Ladies Room !

Les chroniques menstruelles d’Ovary
L’histoire d’une fille qui a ses règles. Avec des humeurs dedans.

5
Adolescente-ment vôtre

Quand j’ai mes règles, je n’ai pas d’âge. Enfin si, j’ai seize ans. J’ai l’âge de mes premiers (grands) émois, l’âge phare de mon adolescence. Bref, ce que tu dois comprendre, c’est que je suis une ado encore aujourd’hui, et que quand j’ai mes règles, bah ça se voit juste un peu plus que d’habitude.

Les chroniques menstruelles d’Ovary #5A 16 ans, je pensais qu’à 20 ans, j’aurais ma bande de copains (que des gens beaux), des fiancés (que des gens beaux), que je boirais de l’alcool et que fumerais des cigarettes en bougeant mes petits seins (que des gens beaux). A 20 ans, ma vie serait tonnerre, serait série télé, serait faite de sensations fortes, parce qu’à 20 ans, ça ne peut être autrement. Je rêvais tellement, qu’à 16 ans, j’étais déjà lancée. Pourquoi avoir 16 ans quand on peut faire illusion d’en avoir 20.

A 25 ans, j’ai un peu vieilli, mais je crois que j’ai toujours 20 ans. Ou 16, parce que finalement, 16 ou 20, c’est pareil. On ne change jamais. On charme de la même façon, on est charmée de la même façon. Les garçons ont les mêmes grands yeux et je pleure sur Goldman après un rendez-vous amoureux. Ce qui change à 25 ans, rien. Peut-être un peu plus de liberté, un peu plus d’argent ? Payer ses sorties Mac Donald’s avec des tickets restaurants. Avoir une belle peau.

On grandit mais on ne gère pas mieux. Si à 18 ans, on scrutait son téléphone portable toutes les cinq minutes en conseillant à côté de ça, à ses copines « Non mais fais ta vie, arrête de checker », à 25 ans, on se le conseille à soi-même (évolution) mais on n’y arrive toujours pas. Aujourd’hui, il n’y a plus de « en ligne » « hors ligne » sur MSN, mais il y a sur gmail, et puis il y a un profil Facebook, avec des profils Facebook d’ex à la pelle, avec des comptes Twitter à surveiller, des profils Viadeo et autres SMS indémodables qui n’auront jamais moins d’importance. Bref, je ne vois pas pourquoi je pourrais mieux gérer qu’à l’époque. Les nouvelles techno me transforment en F5.

C’est cata. On reste ado toute sa vie en fait. Sous règle, je suis au summum. Je réfléchis comme au lycée. J’ai les mêmes nœuds dans le ventre avant de retrouver mon héros de Terminale. J’écoute Carol Arnauld (ne demande pas qui c’est), et je marche des heures dans les rues de Paris en rêvant des retrouvailles. Les sensations sont intactes.

Celles du bus, à 17h, en sortant, chercher le héros du regard, essayer de ne pas s’installer trop loin, faire des montagnes d’un regard tendre et l’écrire follement dans son journal intime comme si notre vie prenait un sens incommensurable. Se trouver héroïne de série parce que les journées aux sensations dingues, et surtout nouvelles, s’enchaînent.

Un rendez-vous barbecue, de la merguez inratable, un baiser bien placé, un garçon qui a deux ans de plus, qui a son bac, et puis ça impressionne les copines. Et puis pourquoi on croirait en l’histoire de Sophie, qui elle parle d’un mec de vacances qu’on n’a jamais vu.

A 25 ans, on a juste un peu plus peur. Parce que les conneries, ça va cinq minutes, parce qu’il y en a qui se marie, quand nous on se fait des mélodrames, qu’on vit des histoires pour les raconter à ses copines et qu’on trouve ça fou de papoter entre filles. Parce que ça nous donne cette sensation d’être en fac et de vivre au-dessus des autres.

On apprend à vivre avec soi, je vais te dire. On vit les choses pour s’en souvenir. Si c’est fadasse, j’en veux pas. Je veux me souvenir des SMS, les connaître par cœur, je veux pleurer pour rien parce que l’ado pleure souvent pour rien même si elle te jure que c’est pour… tout.

J’ai mes règles alors j’enfile un sweat, je prends une cigarette, je traverse les grands boulevards, je capte quelques regards, je suis un peu gagnante. Je ne sais pas ce que je gagne.

Le droit d’être à l’âge parfait, contexte parfait : avoir 16 ans, mais la liberté des 25, avoir le droit d’écrire dans un journal que je ne tiendrai pas mais le bonheur de trouver les mots tellement vrais, avec le même sens qu’ils prenaient il y a dix ans, à l’heure de leur(s) première(s) fois.

Je ne sais pourquoi je vous raconte tout ça. Peut-être parce que vous êtes aussi des ados. Et parce que ce serait triste de ne plus l’être.

Alors je vous souhaite des papillons dans le ventre, des rencontres improbables, des SMS ratés de ceux que l’on regrette, un peu de sérieux mais pas trop, un peu d’irresponsabilité mais pas trop, des chansons à crier très fort dans la rue, des verres qui se lèvent et des jupes qui se soulèvent. Bref, restez ado et surtout, battez-vous pour.

Revoir Les Chroniques Menstruelles d’Ovary #1

Revoir Les Chroniques Menstruelles d’Ovary #2

Revoir Les Chroniques Menstruelles d’Ovary #3

Revoir Les Chroniques Menstruelles d’Ovary #4

One Response to “Les chroniques menstruelles d’Ovary #5”

  • Merci de me faire me sentir moins seule quand à bientôt 28 ans, j’ai l’impression d’en avoir toujours et me sentir concernée par tous les reportages sur l’adolescence :-)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>