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La Dumb Blonde est-elle si écervelée que ça ?

Simon Liberati a publié à l’automne 2011 Jayne Mansfield, 1967, un livre dans lequel il retrace les derniers jours de la célèbre actrice jusqu’au crash mortel sur une route de Louisiane. Le livre, à l’esthétique superbe – les 40 premières pages qui décrivent l’accident sont très morbid chic et frôle l’érotisme – n’est pas une autobiographie.

La Dumb Blonde est-elle si écervelée que ça ?C’est un livre qui décrit l’univers de Jayne Mansfield, l’entourage et les apparitions publiques des dernières heures. C’est aussi une réflexion sur le star-system de la fin des années 60 et sur la descente de Jayne Mansfield.

J’ai une sorte de fascination pour ces stars déchues, qui sont belles et saines pendant un temps, puis qui dérivent alors qu’elles commencent à sortir de l’anonymat, détruisent leur santé à force d’ingurgiter antidépresseurs et alcool, pour finalement sombrer dans la décadence.

Marylin Monroe, bien avant Jayne Mansfield, était devenue elle aussi une de ces stars déchues. Quoi que le cas Marylin fut un peu différent. Un peu comme Marylin, Jayne Mansfield n’était pas si bonne que ça à l’écran quoi qu’on en dise, à Jayne aussi, comme à Marylin, on avait dit qu’elle ferait une grande tragédienne et qu’elle pourrait exceller dans des rôles dramatiques.

Mais au fond, on n’attendait pas d’elles qu’elles soient de grandes actrices, elles faisaient naître tous les fantasmes, cela suffisait. Blondes et terriblement sexy dans leurs tenues qui cachaient à peine ce qu’elles avaient à montrer, c’est dans leur image publique que résidait la clé de leur célébrité. Une image que Jayne, comme Marylin, a travaillé sans en avoir l’air.

Le blond décoloré d’abord, presque blanc, les décolletés profonds ensuite, les poses devant objectif jusqu’à overdose, un sourire par ci, un autre par là, et surtout les multiples rôles, pour la presse, les photographes, les journalistes, les réalisateurs, les acteurs, le public, Hollywood, le reste du monde, les proches, la famille. Pas si bonne actrice que ça Marylin et Jayne ? Pas si sûr. Elles ont fait de leur vie le grand rôle que personne ne leur a confié.

Sauf qu’à un moment donné, la star se retrouve prisonnière de ce rôle, de cette image même qui lui a permis auparavant de sortir du lot et de se faire un nom dans le circuit très fermé de Hollywood. Marylin, c’est un peu différent. Prisonnière certes de l’image de la plus belle femme du monde alors qu’elle désirait simplement être actrice. Elle avait tout de même réussi à garder une certaine fraîcheur.

Jayne Mansfield, de son côté, est allée beaucoup plus loin dans l’image de la blonde sexy. La pin-up laissait bientôt place à une actrice trash. Les navets qu’elle enchaînait, les shows dénudés dans les clubs. Bientôt elle n’aurait plus rien à montrer. Et puis les cheveux. Étaient-ils vraiment inexistant à force de peroxydations ?

En s’affublant de perruques d’un blond incendiaire, Jayne faisait preuve d’une belle ironie “Voyez, la blonde comme vous la voulez n’existe pas, c’est une pure invention”. Effectivement, elle n’existait pas cette blonde, Jayne était brune au naturel et timide disait-on. Elle a fait de son physique et de sa vie l’image de la blonde telle qu’on l’attendait, ou telle qu’elle l’imaginait, ou bien encore telle qu’elle imaginait qu’on imaginait la blonde.

Au bout du compte, elle a fini par tuer le personnage qu’elle avait elle-même créé en le jouant à l’extrême. La blonde attire mais finit toujours par écœurer quand on s’aperçoit qu’elle joue vraiment son rôle. Comme bien d’autres par la suite, Jayne ne serait pas la dernière blonde célèbre déchue de son piédestal. Prise dans un engrenage, il était devenu trop tard pour revenir en arrière, elle n’aurait jamais pu se refaire une image clean. De star, Jayne avait basculé freak. Une espèce de bête curieuse fabriquée, autrefois si désirable, aujourd’hui si repoussante.

En refermant le livre de S. Liberati, on se demande qui a été berné. Jayne ? Manipulée et se retrouvant à faire n’importe quoi ? Ou le public ? Alors que Jayne savait pertinemment ce que les autres attendaient d’elle et s’en fichait, ramassant le pactole d’où il venait ? A moins qu’elle ne se soit rendue compte trop tard qu’elle était prisonnière de son personnage et aurait continué à se produire dans des shows désastreux car elle savait qu’elle ne pourrait plus se produire ailleurs ?

Aujourd’hui, on peut se demander dans quelle mesure Pamela Anderson, Paris Hilton et autres filles du même acabit sont maîtres de l’image qu’elles ont renvoyée. Quelle est la part qui appartient à la star et celle que détient les médias, le public ? Où s’arrête le contrôle que la star a sur son image ?

Un matin de juin 1967, une Buick bleue allait s’encastrer brutalement sous un semi remorque. Une perruque resterait accrochée à l’intérieur de la voiture, créant le mythe de la décapitation. L’actrice qui avait des talents de tragédienne inexploités, allait terminer en beauté et jouer son rôle jusqu’au bout. Jayne Mansfield tirait sa révérence. Une fin explosive digne de celle qui annonçait à ses débuts “Je crois aux entrées flamboyantes”.

2 Responses to “La Dumb Blonde est-elle si écervelée que ça ?”

  • Il me plaît bien cet article, vraiment ! En même temps, ça me rappelle forcément un joli moment autour de cocktails Marilyn dans un bar des plus graou, mais ceci mis à part, ça donne vraiment envie de se pencher sur la vie de Jayne Mansfield (que je connaissais pas du tout auparavant) et de se poser légitimement la question de la blonde cruche…

    Mais je pense que toutes ont au moins l’intelligence de réaliser que ça fait vendre, cf en France Frédérique Bel ou avant elle Judith Godrèche.

  • Ce livreest génial, je le recommande.

    Et vive Le buste !

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