Culture

La mort aux trousses : quand informer est synonyme de mort en Syrie

Le constat est accablant. Reporters sans frontières avait d’ailleurs tiré la sonnette d’alarme il y a de ça quelques mois : la Syrie dirigée d’une main de fer par Bachar Al Assad est loin d’être un paradis pour les journalistes.  Le 22 février 2012 ressemble à un jour noir pour la liberté d’expression dans ce pays.

La mort aux trousses : quand informer est synonyme de mort en SyrieRémi Ochlik et Marie Colvin : figures emblématiques du photojournalisme

Rémi Ochlik et Marie Colvin sont morts lors de l’attaque d’un bâtiment à Homs dans le quartier de Baba Amro. Ce lieu faisait office de centre de presse. Comme à l’accoutumée, ils exerçaient leur profession. Ils souhaitaient seulement donner de la voix à ceux qui n’en n’avaient pas. On peut se demander s’ils n’étaient pas visés volontairement par l’armée syrienne.

D’ailleurs Reporters sans Frontières s’est posée cette question. « L’armée syrienne connaissait très bien la localisation de cet immeuble » affirme Soazig Dollet, responsable Moyen-Orient de RSF. « Pas moins de onze obus auraient touché le bâtiment et ses environs ce matin », renchérit-elle. Cette constatation affligeante
 certifie que la liberté d’informer reste menacée dans les zones de conflits.

Journaliste : métier à risques

Dans une Révolution, les civils sont des premiers à subir les mesures répressives voulues par le pouvoir en place. Mais les journalistes ne sont pas en reste bien au contraire (voir l’article suivant de Reporters sans Frontières). Victimes collatérales des affrontements des oppositions fratricides, bien souvent ils marchent à tâtons pour prêcher le vrai du faux. Ils s’embarquent parfois sur des terrains glissants. Dans tous les cas, leur mission première est d’informer quelles que soient les conséquences.

« La liberté d’expression ? A ça, jamais ! »

La Syrie d’Al Assad n’a jamais accordé une once de liberté à son peuple. Aucune critique n’est recevable. Parler, se révolter ou simplement s’exprimer peut conduire à la mort. La Syrie n’est pas la terre d’accueil idéale pour les professionnels de l’information. Considérés comme des intrus par les autorités syriennes, les journalistes occidentaux sont pris pour cible.

Mais les blogueurs et journalistes professionnels locaux subissent aussi les affres de cette dictature. Beaucoup sont victimes de menaces. La police politique veille au grain. Pour les empêcher de nuire, ils sont arrêtés, torturés voire ils disparaissent mystérieusement. Les journalistes restent néanmoins des témoins privilégiés pour retranscrire tous ces évènements.

Les photoreporters et les reporters : des super héros de l’info

De Homs à Damas en passant par Hama et Alep, ils vivent le même enfer. Touchés par des balles perdues, certains périssent quand d’autres se remettent de leurs blessures. Ces morts trop nombreuses nous accablent. Elles nous montrent que face à la barbarie humaine, les journalistes demeurent des hommes.

Ils sont nos yeux, nos oreilles et surtout notre source d’information. Sans eux nous ne saurions rien. Nous ne serions pas grand chose non plus. Par leurs objectifs, leurs regards parfois subjectifs, ils nous offrent une ouverture sur le monde.

Quand l’Onu ferme les yeux, les journalistes les ouvrent

Ouvrir les yeux correspond au crédo de tout journaliste qui se respecte. Il se doit de dénoncer les problèmes et autres dysfonctionnements. Parler pour faire réagir. Souvent les situations politiques apparaissent bloquées. Pourquoi est-ce plus facile de déclarer une guerre sous de faux prétextes que de sauver un peuple du massacre ?

Des milliers de Syriens ont été massacrés depuis le début des révoltes. Si des voix s’élèvent à l’ONU, cette institution n’a pas pris de réelles mesures pour venir en aide aux Syriens. Des sanctions ont été votées mais la liste des morts s’allonge chaque jour.

Les journalistes sont de plus en plus en danger. Gilles Jacquier l’a malheureusement payé de  sa vie. Tant que les plus hautes autorités mondiales ne s’accorderont pas sur la marche à suivre, les sbires du dictateur syrien continueront de réprimer cette révolution dans le sang.

Des démocraties au service de la démocratie ?

Tout ça nous semble incompréhensible. Nos grands pays, s’ils sont réellement démocratiques, ne devraient pas laisser ce genre de massacres perdurer. Sans être Superman, il existe de nombreuses solutions pour arrêter cette hécatombe. Les grands reporters devraient être reconnus par les hommes politiques comme des citoyens dotés d’une capacité à faire changer notre regard sur le monde. En Syrie ou ailleurs, il faut les protéger coûte que coûte.

On ne devrait pas mourir pour avoir informé mais on devrait tous vivre pour informer notre prochain. Ainsi le monde serait meilleur.

(cc) kevin dooley

4 Responses to “La mort aux trousses : quand informer est synonyme de mort en Syrie”

  • Le soucis c’est que les médias Français vont passer trois seconde sur le sujet . Quand tu cherche sur la toile tu as trente mille désinformation entre celle qui disent que ce sont des rebelles qui tuent les civiles de homs et ceux qui te montrent des gamins armés jusqu’au dents. Je me méfie énormément des actions des états qui prennent de force les commandes des sauvetages de certains pays . On se demande mais attend qu’es ce qu’ils vont y foutre et après t’apprend que c’est enfaite pour s’en mettre pleins les fouilles . Il y’a un moment même les meilleurs journalistes se voient confrontés à la censure car leurs propos ne correspondent pas à la ligne éditoriale de la rédac. On maudit les journalistes citoyens mais aujourd’hui c’est encore eux qui nous informe le mieux au perils de leurs vie . Par contre il est important de faire soi même ces propres investigations . Donc +1 pour ton article +100000000 pour tout ces journalistes qui font leurs métiers sur place pas comme c’est feignasse qui se contente de faire des copiés collé des dépêches AFP .

  • Tu as raison, informer en temps de guerre relève de l’épreuve.de force. Il faut trier l’info se méfier de la désinformation et éviter de tomber dans les pièges tendus par l’information politique. C’est long et fastidieux de faire le tri mais c’est comme ça que l’on arrive à faire la part des choses. Heureusement que des journalistes talentueux risques leurs vies pour nous informer. Mais c’est de moins en moins courants. Dans la course à l’info il est plus simple de faire des copiés collés des agences de presse que de faire du travail de fond. C’est moins cher, moins contraignant, moins fatiguant et plus rapide. C’est aussi plus facile de servir de l’information prêt à mâcher que chercher à approfondir. Pourtant c’est tellement plus enrichissant de chercher ce qui ne va pas et de proposer des solutions que rester en surface. Enfin ce n’est que mon avis.

  • Je suis tt a fait d accord avec Jess. Tu mets sur un piédestal un métier qui ne relève aujourdhui souvent que de dépêches AFP et vidéos postées via téléphones mobiles de jeunes manifestants pris dans la tourmente. les vrais temoins et relais dinfos sont les blogueurs manifestant locaux qui se battent tous les jours. Ici en occident cest désinformation sur désinformation et comme tu le dis si bien Jess “C’est moins cher, moins contraignant, moins fatiguant et plus rapide. C’est aussi plus facile de servir de l’information prêt à mâcher que chercher à approfondir”. tres bon papier sinon sauf le cote démagogique pro-journalisme

  • Merci pour ces compliments c’est vrai qu’il y a un petit parti pris dans mon article et je m’en excuse. Seulement je pense qu’il est difficile d’être neutre et complètement objectif quand la liberté d’expression et de de presse est autant bafouée quelque soit le pays.

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