Histoires

Redevenir cette étrangère

Alors que j’étais dans le tram l’autre soir en rentrant du boulot, dans ma petite vie bien réglée, avec pour objectif de ma soirée de changer de téléphone portable, une petite blonde pétillante est montée à une station avec un de ses copains et s’installant juste à côté de moi, j’ai eu envie d’être elle.

Redevenir cette étrangèreParce que cette jolie blonde était étrangère (anglaise probablement) et racontait à son pote sa journée dans notre pays. Parlant à moitié en anglais, à moitié en français, essayant de se corriger à chaque phrase. Alors oui j’ai eu envie d’être elle, de revivre à nouveau ce que j’ai vécu il y a 6 ans lors de mon année Erasmus.

Cet émerveillement quotidien d’être dans une culture différente, un entourage différent où tous tes repères sont bousculés. Parce qu’il n’y a aucune expérience plus enrichissante que d’être dans cet autre pays duquel, pour un temps, tu adoptes les codes. Rien que de pouvoir parler d’autres langages, communiquer avec les autres qui ont une histoire très différente. Au début tout est une épreuve, la moindre petite chose du quotidien te prend un temps fou, t’es tellement épuisée à la fin de la journée d’avoir parlé plusieurs langues que tu n’arrives même plus à aligner deux mots dans ta propre langue.

Et puis tu prends tes marques, tu t’appropries certains usages, tu sais plus dans quelle langue tu vis les choses. Tu as ce statut intermédiaire de « française » en terre étrangère et c’est pas du tout un défaut c’est juste une rencontre de culture, de vie, d’histoire. Tu es cette personne détonant un peu, avec un accent étranger quand tu parles « leur » langue, mais dès que tu fais des efforts pour partager leur culture, tu es accueillie à bras ouverts.

Au fur et à mesure de ton séjour, tu prends ce nouveau pays comme si c’était le tien, tu as des habitudes locales, tu te fonds dans les gens de la bas et une fois de retour dès que tu entends parler de ce pays, ou de cette ville, t’as un pincement au cœur parce que quand même, même si tu y étais étrangère, c’est devenu quand même un peu ton pays de cœur.

Alors quand j’ai vu cette jolie blonde, j’ai eu envie de tout envoyer paître de reprendre mon sac et de repartir à la découverte du monde.

(cc) Thomas Hawk

13 Responses to “Redevenir cette étrangère”

  • Tu prend ton pc avec toi quand même ?

  • @ La Chieuse : bien évidemment ! ou juste un joli carnet et un crayon ;-)

  • J’aimerais tant partir aussi mais j’ai la frousse car moi quand je pars, j’ai du mal à revenir . Un jour j’espère que je reprendrais la route, mais pas tout de suite. Merci pour ton article il m’a permis de m’évader.

  • quand je suis rentrée d’Earsmus j’ai pleuré 3 semaines et déprimé pendant 3 mois ! j’ai en effet également du mal à rentrer ;-)
    Tant mieux si cet article t’as plu. C’est le premier de la lancée ;-)

  • Tu étais dans quel pays?
    Je me souviens des étudiants Erasmus, quand j’étais à la fac. Ils avaient une espèce d’aura très attirante de par leur “exotisme”. J’étais folle amoureuse d’un italien qui m’a brisé le coeur en repartant dans son pays…
    Si j’avais continué les études d’italien, j’aurais beaucoup aimé partir, ce doit être une expérience formidable, un peu comme dans l’Auberge espagnole.

  • @ electricalstorm : j’étais à Vilnius en Lituanie. c’est une expérience exceptionnelle dont on revient transformé et j’y ai rencontré mes meilleures amies !
    C’est vrai que l’Auberge espagnole est assez proche de ce que j’ai vécu surtout au niveau de la connaissance du pays quand il dit au début que tout ces noms de rue qui évoquent rien quand tu pars t’as un souvenir au coin de chacune d’elle.

  • Moi je suis arrivée à Paris, il y a moins d’un an…
    J’y avais vécu pendant 5 ans, enfant.
    Mais je ne me lasse pas de l’émerveillement que j’ai à vivre dans cette ville… Je me sens étrangère et chez moi à la fois… Le problème des langues, je ne l’ai jamais connu, j’ai grandi dans une famille multilingue… Mais je n’ai fait que poser mes valises pour un temps, je repartirai… Je ne sais pas où, ni quand, peut-être quand je me sentirai moins étrangère ;-)!

  • @ Nouvelle 30naire : même si c’est reposant de se sentir complètement chez soi au bout d’un moment, les gens qui ont l’habitude de bouger ne peuvent s’en contenter ;-)
    Pour ma part c’est ma 6ème ville en 5 ans !

  • Des fois ca part d’un rien du tout. Toi c’etait la jolie blonde, moi c’etait ma soeur qui un jour m’a dit. “Ah bah tu voyages plus ?”. moi qui avait l’habitude de jouer les backpackers je metais installee dans une routine metro bureau dodo. Alors J’ai pris mes clic et mes claques et je suis partie m’installer a Montreal. Ca fait 1an et demi que mon histoire d’amour avec cette ville dure et jespere encore pour tres longtemps

  • @ Saroune : jusqu’au moment où tu voudras repartir à l’aventure ;-) pour ma part j’avais besoin aussi de poser un peu mes valises pour savoir de quoi j’avais envie !

  • @Laurie: ton texte me rappelle des souvenirs… surtout quand tu dis que le pays en question est devenu un peu notre pays de cœur, c’est vrai qu’on a un rapport particulier par la suite avec un pays dans lequel on a vécu. je suis rentrée de Chine il y a 3 ans et je n’ai pas eu de coup de cœur pour ce pays. et pourtant… à chaque fois que j’entends parler chinois, ça me fait un petit truc difficile à expliquer. dans quelques semaines j’y retourne pour la première fois depuis mon retour, 3 ans donc, et parfois j’ai l’impression que je vais retourner… chez moi.

  • @ Mimi : c’est top que tu puisses y retourner, et surtout avec cette impression de rentrer un peu chez toi ;-)
    Pour ma part, j’ai très souvent aussi d’y retourner mais j’appréhende que ce pays que j’ai laissé, ses endroits, ses rues ne m’évoquent plus rien ou plus les mêmes choses en y retournant.
    Mais c’est sur que je sauterai le pas !

  • j’ai vraiment aimé .. tous ces “sentiments” qui nous habitent lorsqu’on se retrouve dans un pays etranger …les vacances parfois suffisent pour vivre ces instants qui laissent un gout amer dans la bouche quand on n’est plus là bas , mais un gout sucré aussi pour tous ces souvenirs , ces rencontres , ces instants éphémères et pourtant si présents.
    on peut avoir des coups de coeur pour mille destinations différentes mais je pense sincerement sauf si c’est vraiment un pu moment de galere, que retrouver ce lieu nous remettra en mémoire cette bouffée de souvenirs .
    depuis que j’organise des excursions dans le sud tunisien pour les amis (et leurs amis !)je revis cet enchantement à travers le regard des personnes qui viennent avec nous.
    Tres joli texte qui donne envie de revivre des moments de notre passé !

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