Histoires

Retour de Berlin : Quelle place pour la solidarité en 2012 ?

Bonne année 2012 et excusez-moi. Ça fait un petit bout de temps sans écrire sur LR. Mais j’avais une excuse : j’étais à Berlin. Pour le tourisme assurément, mais aussi pour les 34èmes rencontres européennes annuelles de la communauté de Taizé. Je me suis donc retrouvée avec 30.000 jeunes à dormir dans des sacs de couchage, à prier trois fois par jour et à manger du goulasch au réveillon (mais ça, c’est purement anecdotique).

Retour de Berlin : Quelle place pour la solidarité en 2012 ?Que je vous explique : la communauté de Taizé, en Bourgogne, se situe entre Mâcon (au Sud) et Chalon-sur-Saône (au Nord). Elle a été fondée en 1940 par Roger Schutz (1915-2005), un théologien suisse qui avait à l’époque 25 ans. Le principe de cette communauté est de rassembler toutes les Églises chrétiennes autour d’un même lieu. Cela a permis de faire se rencontrer en temps de guerre froide et de division de l’Europe des jeunes de l’Est et de l’Ouest, puis du monde entier.

Frère Roger a été assassiné en août 2005. Depuis, c’est Frère Aloïs qui l’a remplacé à la tête de la communauté. Il poursuit donc son œuvre de réflexion autour de la parole de Dieu et son application dans le quotidien des jeunes, à travers la Lettre de Taizé qui est rédigée tous les ans à l’occasion des rencontres européennes.

Justement, Frère Aloïs, dans sa lettre de 2012, appelle les jeunes à une nouvelle solidarité. Et c’est avec ce genre de propos qu’il diffère de son prédécesseur. Alors que Frère Roger appelait à un combat intérieur à la lumière de la parole biblique pour conquérir la paix et l’amour du prochain, Frère Aloïs propose ce même combat pour acquérir une nouvelle conscience sociale basée sur le respect de l’autre, qu’il soit proche ou loin de soi.

La confiance n’est pas une naïveté aveugle, elle n’est pas un mot facile, elle provient d’un choix, elle est le fruit d’un combat intérieur. Chaque jour nous sommes appelés à refaire le chemin de l’inquiétude vers la confiance.

Voici le postulat de départ qu’Aloïs nous a proposé à réfléchir. En gros, si on veut aider son prochain, c’est bête à dire, mais il faut se mettre en condition. Il faut savoir pourquoi on a choisi la confiance avec cette personne qu’on a choisi d’aider, alors qu’elle n’a rien de plus qu’une autre, juste qu’on a été sensible à son appel de détresse.

Face à la pauvreté et aux injustices, certains sont gagnés par la révolte, ou même tentés par la violence aveugle. La violence ne peut pas être un moyen de changer les sociétés. Mais soyons à l’écoute des jeunes qui expriment leur indignation, pour en comprendre les raisons essentielles.

Il est complexe de vouloir à tout prix aider les jeunes. Le questionnement sur les diverses réformes de l’Education Nationale, l’état de fait sur l’emploi des moins de 25 ans ou les révoltes de profs nous le prouvent tous les jours. Cela ne veut pas dire non plus qu’on ne doit pas s’occuper des générations plus âgées. Mais la jeunesse est un défi tout spécifique pour le christianisme social. Parce que, par essence, c’est elle qui construira la société demain, nous chrétiens estimons qu’il est nécessaire de les écouter pour leur inculquer les valeurs du vivre-ensemble, pour des sociétés mélangées, mais pacifiées.

Pourrons-nous, sans imposer quoi que ce soit, cheminer avec ceux qui ne partagent pas notre foi mais qui cherchent de tout leur cœur la vérité ? 

Cette question, à la fin de la lettre, devrait selon moi faire partie du programme de chaque candidat de notre élection présidentielle. Car monter les populations les uns contre les autres et imposer un modèle social, comme le font certains aujourd’hui, est une pure aberration. Certes, c’est un peu naïf, ce que j’avance, mais je crois encore que certains mouvements de contestations que nous voyons aujourd’hui est l’oeuvre d’une absence de réflexion autour du vivre-ensemble dans le quotidien des peuples.

Ce que je retiens de l’enseignement que j’ai reçu à Berlin, c’est que la crise se réduit à pas grand-chose lorsque l’on avance les uns avec les autres. Et pas en ayant un œil paternaliste et “bienveillant” avec les pauvres, car les pauvres ne sont jamais ceux que l’on croit. Il faut aussi accepter soi-même que l’on est pauvre, et que, par conséquent, on a besoin d’aide. Le christianisme social ne devrait plus se construire d’après la Cité de Dieu de St-Augustin (en gros, les deux parties dirigeantes que sont la noblesse et le clergé s’occupant du peuple), mais en reconnaissant que nous sommes faits du même bois.

Voici mon constat : ce n’est pas parce que nous manquons d’argent que nous sommes pauvres. Ce n’est pas parce que les conditions matérielles dans lesquelles certaines personnes vivent ne sont pas décentes qu’elles sont pauvres. La richesse, comme la pauvreté, est un état d’esprit, qui peut parfois appeler un jugement de valeur (un peu comme la beauté et la laideur). Un milliardaire, à mon sens, peut se sentir pauvre, comme un SDF peut s’avérer être riche de son savoir. Par conséquent, la solidarité envers les pauvres me semble davantage être une compassion envers la misère humaine qu’une véritable aide matérielle aux plus démunis.

En tout cas, au regard de la lettre de Taizé que j’invite à lire, je pense qu’il est nécessaire de redéfinir la notion de solidarité. Pas avec de l’argent, on a bien vu que l’argent était détourné. Pas avec des pleurs ou des cris, car ils sont la plupart du temps peu entendus. Mais simplement avec une oreille pour écouter et un cœur pour réfléchir et reconstruire des liens entre les humains.

(cc)  ]babi]

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