Histoires

Petit traité de survie en milieu polaire

Article sélectionné par Laurie lors de sa semaine de rédac’ chef !

Encore une fois motivée par une irrépressible envie de découvrir le monde, j’ai préparé sac et guide, en me disant qu’après la Norvège et l’Islande, il était temps de découvrir les contrées chaudes et humides situées près de l’Équateur. Voilà comment je me suis retrouvée au Canada en plein mois de novembre. Oui, vous avez bien lu. Le Canada. En novembre. Et non, je ne suis pas une telle bite en géographie que j’ai confondu Cagliari Sardaigne avec Calgary Alberta. Mais on a bien le droit de changer d’avis, non ?

Petit traité de survie en milieu polaireEnfin bref. Je me suis retrouvée à tester les joies du froid pour la troisième fois hors frontière, sans oublier quelques 25 hivers helvétiques déjà à mon actif. Alors tant qu’à se peler le jonc, autant que ça serve. J’ai donc réuni quelques situations inconfortables et déprimantes engendrées par le froid et je les ai transformées grâce au principe de la pensée positive, comme Ferran Adria le ferait avec trois chips et du gruyère, dans son antre de la cuisine moléculaire (oh-oh ça rime.) Voici le fruit de mes nombreuses heures de réflexion :

- Plus de place au frigo pour mettre des bières ? Pas de problème, le rebord de fenêtre peut accueillir 23 cannettes (j’ai compté). Et les olives pour l’apéro.

- Tu ne te rappelais plus où se situaient tes oreilles ? Maintenant tu sais.

- Tu ne sors plus sans : collants en laine + chaussettes + guêtres + pantalon + sous-pull + pull thermique + pull en laine doublé +écharpe + bonnet + gants + softshell + veste. C’est une excellente protection contre les prédateurs. Si un ours veut te bouffer, il devra te peler avant.

- Avant, tu cherchais tes fucking clefs d’appart dans ton fucking sac à main pendant ¼ d’heure devant la fucking porte d’entrée ? Maintenant, tu fais approximativement 4 secondes et 36 millièmes pour faire le trajet voiture – canapé. Et encore, tu es en passe d’améliorer le record.

- Aujourd’hui, tu sais que 32° degrés Fahrenheit, ce n’est pas comme 32° degrés Celsius. C’est plus froid, BEAUCOUP plus froid.

- Depuis que tu sais que les morses survivent à des conditions polaires extrêmes grâce à une épaisse couche de graisse sous-cutanée, tu n’as plus aucun scrupule à entamer un pot de double-crème de gruyère à la louche, un baril de Nutella en guise d’accompagnement. Ce n’est plus cochon, c’est vital.

- Tu ne comprends pas d’où vient la vénération des gens du nord aux enseignes de café à l’emporter style Tim Hortons ou Starbucks ? Tu viens de comprendre : le café à emporter réchauffe les mains.

- La proximité des métros ne te pose plus de problème. Maintenant, tu vas même t’asseoir contre le SDF de la station en attendant ta rame. De toute façon, tu ne sais pas s’il pue puisque tu as le nez bouché et tu tables sur le fait que les puces de son chien ne survivent pas en dessous de 0° degrés. « Hey mec, t’as pas 100 – ? »

- Chaque activité réalisée au froid te fait dépenser le double de calories. Ce qui signifie que tu brûles deux fois plus de graisse simplement en affrontant l’extérieur. Je ne sais pas si c’est suffisant pour me convaincre de courir à poil dans la neige, mais le concept est intéressant.

Autres conseils en vrac, lors de séjours dans un coin de notre planète qui ressemble plus à un détroit du Spitzberg qu’à une forêt luxuriante d’Amazonie :

- Évite les clichés du genre : « Hé oh, je suis pas une parisienne en sucre moi. Je viens de Suisse. Des montagnes. Tu sais, là où ça caille. Alors tu vas pas venir m’expliquer ce que c’est l’hiver hein ! » Erreur… Tu crois savoir mais tu ne sais pas. Alors tu fermes ta gueule et tu mets ton bonnet. Point.

- Empiler plusieurs couches de vêtements est potentiellement une bonne idée. Mais pas jusqu’à avoir la mobilité d’un scaphandrier. (Sans compter qu’une lap dance de 47 minutes n’émoustille plus personne.)

- Ne te fie JAMAIS aux autochtones qui se promènent en t-shirt et schlappes dehors alors que tu t’apprêtes à enfiler tes sur-chaussettes en gore-tex pour sortir du lit. Non, il ne fait pas 15° degrés dehors. Ces gens sont juste des cinglés qui s’injectent de l’antigel par intraveineuse car leur régulateur thermique est défectueux.

L’année prochaine, j’aimerais vraiment partir au chaud. Mais ne vous étonnez pas si je réserve une semaine à Nuuk au Groenland…

(cc) Pink Sherbet Photography

7 Responses to “Petit traité de survie en milieu polaire”

  • Très drôle! Me suis bien caillée en le lisant :)

  • La belle affaire ! Mais il paraît que c’est une question d’adaptation, tout ça. Une fois en vacances à Quiberon (rien à voir), des Montpelliérains ont tenté de me faire croire qu’il faisait plus froid en hiver à Montpellier qu’à Paris. Autant dire qu’on a chacun notre propre vision du froid.

    Ceci dit, dans le doute, les chiffres parlent d’eux-mêmes : aujourd’hui à Paris, 5°C. Aujourd’hui à Montréal, -15°. Oui, il fait encore nuit chez eux, et la nuit il fait plus froid, mais quand même.

  • Merci Electricalstorm. :-)

    Rose H. : Oui, c’est indéniable, chacun à sa propre vision du froid. Toutefois, passé la barre du 0° degré, je pense qu’il fait froid pour tout le monde (du moins, pour la plupart).

    En débarquant à Calgary par -22° C, j’ai compris que la scène du film “Rasta Rocket”, où le Jamaïcain débarquait en short à l’aéroport, n’était pas un mythe. J’ai fait exactement la même tête que lui en arrivant là-bas. Et moi, je n’étais pas en short.

    Si j’en ai l’occasion, je vais aller tester les dires de Montpelliérans et faire un séjour là-bas en janvier, afin de justifier un séjour à Paris par la suite. Bon plan pour justifier un article et du shopping non? ;-)

  • Deal ! Tu viendras nous raconter, on n’est jamais contre un petit article shopping de temps à autre, rattrapées par nos vils instincts d’amazones urbaines :)

  • Tu as aussi oublier de parler de cette magnifique sensation que tout le monde devrait vivre un jour…tes poils de nez qui gèlent quand tu respire :)
    Je suis au québec, la plus froide température que j’ai eue à vivre ici c’était -52….une chance en étant dans le Nord du Nord…tout s’arrête à ces températures là !

  • A propos d’Islande : pour découvrir les souhaits de Jon Gnarr, maire de Reykjavik, pour 2012…

    http://vivre-en-islande.blogspot.com/2012/01/les-voeux-de-jon-gnarr.html

  • @Saby : Malheureusement pour moi, je n’ai encore jamais vécu cette sensation. Eh oui, mon record de froid s’arrête à -25° C. Mais je te tire mon chapeau d’avoir testé et survécu au record de froid que tu affiches. Ca doit être tout simplement… givré!!

    @lislandais : Tout d’abord, ravie d’avoir à faire à l’auteur d’un blog que j’ai trouvé excellent et très instructif. Merci beaucoup de nous faire partager tout cela, c’est un réel plaisir de vous lire! Sans compter que je partage votre émerveillement pour ce pays et le prénom de votre fille ainée. C’est pas rien, lol. Et je constate grâce à votre vidéo que les Islandais ont toujours ce même sens de l’humour. Un vrai bonheur!

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