Humeurs

Les chroniques menstruelles d’Ovary #3

Le dernier mardi de chaque mois, retrouvez les chroniques menstruelles d’Ovary sur Ladies Room !

Les chroniques menstruelles d’Ovary

L’histoire d’une fille qui a ses règles. Avec des humeurs dedans.

3
Mon « Girl Power » est mort

Les chroniques menstruelles d’Ovary #3J’étais là. A écrire au gros feutre sur un carnet mignonnet mes bonnes résolutions 2012. C’est moche au gros feutre mais c’est un rituel né de mes dix ans. Plus l’écriture est ronde, plus je m’applique. Plus je m’applique, plus j’ai foi (quelque chose comme ça).

L’homme est rentré. Je lui ai montré tous mes carnets, toutes mes bonnes intentions. Je lui ai expliqué comme il était important de repartir à zéro chaque année. Et comme il était aussi très très important de passer un très bon réveillon. Il s’agit d’un passage d’une année à l’autre, il vaut mieux ne pas se planter.

C’est pour ça qu’on va passer le 31 avec Cléophée, ai-je ajouté.

Il a vomi.

Je ne comprends pas ce qu’il a contre Cléophée. Je ne comprendrai peut-être jamais.
C’est comme ça qu’on a déclaré la guerre et qu’un gros feutre à la main, munition de taille pour aborder ma vie future, je lui ai fait un point sur le nez en lui disant : si, tu vas m’écouter un point c’est tout. On ira chez Cléophée.

Retourne à ton coloriage, a-t-il dit. Et pour le réveillon avec ta super copine, c’est non ou c’est sans moi.

Soudainement, les bonnes résolutions m’ont paru moins urgentes. Et, étant physiologiquement faible, je suis devenue rouge de colère, tenant mon feutre comme on tient une poignée de porte qui nous échoue là. J’étais dans une colère monstre, de celle qui vous fait faire votre valise en hurlant un truc hyper ridicule type : je choisis ma meilleure amie, salaud !

Et vas te piffrer de foie gras tout seul !

Ridicule quoi. J’ai rien dit. J’ai pleuré. Physiologiquement faible, c’est tout à fait ça. Je me suis donc retrouvée là, avec cinq jours pour le faire changer d’avis. Mais cinq jours de règles.

Complexe.

J’ai décidé de préparer un dîner au top du top, pour lui exposer tranquillement pourquoi et comment Cléophée est une fille bien et que les gens potentiellement présents à la fête sont très respectables. Battle d’arguments déclarée.

Je suis passée par tous les types d’éloges : fille super, fille sage, fille drôle, fille fun, fille diplômée, amis de la fille ultra funs, amis de la fille ultra diplômés, zéro ennui, minuit confettis, alcool à volonté, musique de dingue, clopes à gogo, toasts divins, blagues par l’absurde, appartement de rêve.

Il a vomi.

J’ai repris, d’un autre type : humour noir, humour raciste, pas loin de chez nous, manger à l’œil.

Il a vomi.

D’un troisième type : mais qu’est-ce que t’es sauvage ! Et puis c’est quoi le problème ? Tu t’es vu toi ? T’es super ? T’es sage ? Fun ? Tu manges des confettis et tu prépares des toasts divins ? Tu habites un super appartement ? T’as vu la poubelle ? Quand est-ce que tu repeins les murs de la salle de bain ? Mon cocooning garçon, dans l’affaire, il se fait baiser ?

D’une vulgarité.

Tu mélanges tout, a-t-il renchéri.
J’ai mes règles, ai-je défendu.

Pour que je me calme, l’homme m’a proposé simplement de poser les choses. Il m’a demandé de m’installer dans le fauteuil. J’adore ça, qu’il me prenne par la main et fasse mine de s’occuper de moi. Indisposée, donc sensible, j’ai eu comme un sixième sens. Une révélation, quelque chose qui m’assurait qu’il allait accepter pour le 31 décembre chez Cléophée.

Il m’a dit : mets-toi en situation. Imagine que je te propose un réveillon avec Jean-Herbert.

Ah, effectivement, pas évident évident.

J’accepterais, ai-je murmuré. Bien sûr que j’accepterais ! Je serais prête à faire ses concessions. D’accord, je ne m’éclate pas avec lui mais j’ai l’intelligence d’accepter les différences au même titre que tu devrais les accepter avec Cléophée. Nous devons accepter le fait que nos amis ne se ressemblent pas.

J’ai menti avec classe pour sauver mon réveillon.

Bien entendu, il l’a vu : tu mens, ou tes règles te perturbent ma grande. Tu hais tellement Jean-Herbert, pourquoi ferais-tu une concession pareille ?

Pour toi, ai-je dit en m’étouffant.

Parfait, alors on va chez Jean-Herbert, a dit l’homme, satisfait en tapant ses deux mains sur ses genoux et en se relevant comme si de rien n’était.

Voilà comment je me suis fait empapaouter en deux minutes. L’homme est d’une ruse qui me dépasse.

Gros feutre, carnet mignonnet, résolution de taille : reprendre le pouvoir !
Jean-Herbert de mes deux.

Revoir Les Chroniques Menstruelles d’Ovary #1

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