Que savons-nous de Nicolas Sarkozy ? Son élection en 2007 a apporté un vent de nouveauté. Toujours conquérant, il est monté à la première marche du podium. Il est devenu Président de la République. Il y pensait même en se rasant. Qu’il soit adulé ou détesté, il représente une bête médiatique.
Il maîtrise les médias. Vrai homme de télévision, il en connaît les codes. Les journalistes le suivent au quotidien. 18 correspondants à Paris pour différents médias étrangers reviennent sur son quinquennat.
“L’Etat, c’est moi”
Cette citation imputée à Bossuet renvoie à la monarchie absolue de Louis XIV. Bien évidemment, on ne peut pas comparer le pouvoir d’un roi dont le pouvoir émane de Dieu, à un Président élu démocratiquement. En France, il est élu au suffrage universel. Le peuple est donc souverain. Les pouvoirs judiciaire, législatif et exécutif sont séparés.
Normalement, le Président de la République ne dispose donc pas de tous les pouvoirs. L’Assemblée Nationale et le Parlement jouent le rôle de contre-pouvoir, quand il le faut. Mais le Président de la République peut dissoudre l’Assemblée Nationale. C’est l’option choisie, par exemple, en 1997 par Jacques Chirac.
“C’est un roi élu”, confie Paul Bremer, journaliste au Times (Royaume-Uni). Certains reprochent à Nicolas Sarkozy d’être un hyperprésident. Il monopolise le pouvoir. Son gouvernement reste autonome mais il intervient souvent pour remettre un ministre en place. On a d’ailleurs souvent qualifié le couple Sarkozy-Fillon du sobriquet de « la carpe et du lapin ». Cette réflexion en dit long sur l’attitude de l’ancien maire de Neuilly.
Pour renforcer son propos, il ajoute que « La France est une république monarchique. » D’après lui, les contre-pouvoirs n’ont pas vraiment de puissance. Dans tous les cas, cette personnalisation du pouvoir arrange bien les affaires de l’ancien ministre de l’Intérieur. De premier flic de France, il est passé chef de l’Etat. Il les surpasse tous. Tel un roi, il a su s’entourer d’une cour d’adorateurs.
Mais ce phénomène existait déjà lors des autres présidences. Sophie Pedder (The Economist) ironise et rappelle que la France « aime les monarchies, n’est-ce pas ». La France a connu une Révolution en 1789 mais garde un aspect monarchique. L’Elysée fonctionnerait comme une cour. Lorsqu’un favori commence à agir contre le roi, il s’en débarrasse. Il en va de même pour Sarkozy. Cette volonté de tout contrôler se retrouve aussi dans la manière dont il se représente à la télévision.
Sarkozy ; une bête médiatique
La télévision, c’est le média qu’il connaît le mieux. Il la pratique comme personne. C’est un homme de la télé. Il manipule parfaitement les codes des médias de masse. Il cherche à attirer l’attention et fait souvent le buzz. Tout devient politique. Il brouille les codes de la communication. Il est autant politique que people. Il utilise sa vie privée pour s’humaniser.
« Carla et moi, c’est du sérieux », cette phrase semble l’avoir décrédibilisé. Cette intervention ne paraît pas digne d’un chef de l’Etat. Ce mélange des genres théâtralise un peu plus la fonction présidentielle. Cette médiatisation à l’américaine fait penser à John Fitzgerald Kennedy.
D’après Jean-Philippe Schaller (TSR, télévision suisse), « c’est Shakespeare tous les jours ». Les journalistes jouent aussi le jeu. Ils ne cessent pas d’en parler. A chaque instant, on peut suivre les faits et gestes de cet homme politique. Il agit sur tous les fronts. Jamais rassasié, il en redemande. Quitte à trop en faire parfois.
Très tôt, cette surexposition médiatique lui a valu des critiques. La rupture s’est consommée dès lors qu’il s’est affiché avec ses riches amis. Le côté “bling bling” a été mal perçu en ces temps de crise. Les correspondants disent aussi qu’ils participent à l’information spectacle. Pour eux, Sarkozy représente le client idéal. Pas un jour sans qu’on ne parle pas de Mr Sarkozy. Le but est de convaincre le plus de monde possible. Séduire vaut parfois mieux qu’agir. Il faut à tout prix réussir à obtenir la voie de la ménagère. Rien de mieux que de parler aux Français.
L’émission « Paroles de Français » est remarquablement caricaturale. Sarkozy répond à des questions organisées et formatées, il apporte des réponses stéréotypées. Cette opération de communication avait été faite pour se rapprocher des Français. Lors des interviews télévisuelles, il se montre parfaitement à l’aise. Les journalistes paraissent parfois insignifiants. C’est eux qui viennent à lui et non pas l’inverse. Il mène trop souvent la danse. Cette omniprésence et cette mise en scène permanente agacent et ne jouent pas en sa faveur.
Si l’image est importante, les idées le sont tout autant. Les observateurs soulignent que les déplacements de Nicolas Sarkozy ne sont suivis que par une seule caméra. Ensuite, les images sont distribuées aux autres médias. Il a même nommé le PDG de France Télévision. Sans vouloir museler l’opinion, il veut garder un œil sur les médias.
Très proche de certains journalistes et patrons de presse, il revendique la liberté d’expression. Mais il ne se gêne pas pour contacter une rédaction lorsqu’un article lui déplait. De temps en temps, Nicolas Sarkozy appelle les correspondants étrangers quand ils publient des articles déplaisants. D’après leurs dires, ils se méfient d’eux car ils se montrent à priori plus véhéments envers lui.
Ces reproches feraient presque oublier sa gestion exemplaire de la crise européenne. Il s’est aussi illustré avec brio sur la scène internationale.
Une vision gaulliste du pouvoir
Il se réclame de Charles de Gaulle. Il souhaite donc redorer l’image de la France à l’étranger : « Je veux redonner aux Français la fierté de leur pays ». Il a prononcé cette phrase le jour de son investiture. Il s’est vite présenté comme le Président du Monde. Il s’est illustré sur la scène européenne. Tous les observateurs admettent volontiers qu’il a su gérer la crise européenne. Il a pris la tête de la présidence tournante de l’Europe.
Bien qu’il ait entretenu des rapports houleux avec Angela Merkel, il a su agir quand il le fallait. Organisateur et promoteur du G20, il a fait entendre la voix de la France à Bruxelles. Il est intervenu dans la crise russo- géorgienne. Ces deux moments politiques montrent un Sarkozy actif et volontaire. Il a aussi joué un rôle dans la libération des infirmières bulgares. Ces réussites politiques lui ont valu un certain prestige, même s’il n’a été que de courte durée. Ces interventions plutôt bonnes feraient presque oublier ses bévues.
Trop d’excès nuit à l’image de la France
Ces quelques points positifs n’effacent pas les faux pas de Nicolas Sarkozy. Certains ont terni l’image de la France à l’étranger. La rupture s’est consommée rapidement. Le premier couac s’est produit au fameux discours de Dakar. Le 26 juillet 2007, c’est-à -dire deux mois après son élection, il a tenu des propos blessants pour l’Afrique. Ils ont choqué les Africains. Dès lors, Sarkozy a perdu toute sa crédibilité à leurs yeux.
« La France n’a pas besoin économiquement de l’Afrique. » Ces mots résonnent encore. Ils montrent que le président de la République française aime utiliser des slogans. Ces phrases toutes faites prouvent que la communication politique est bien rôdée. Écrite par ses conseillers, cette intervention bien pensée est en fait une erreur de communication. Ces paroles révèlent le manque de considération qu’éprouve Nicolas Sarkozy pour ce continent. Selon lui, « l’homme        africain n’est pas encore rentré dans l’Histoire. » Cette méconnaissance apparaît comme une insuffisance de maîtrise du dossier. Pour ses détracteurs, ces dires font écho aux palabres coloniales.
Un autre discours a marqué les esprits : celui de Latran. Lors de cet évènement, il a rencontré le Pape. Il a surtout rappelé que « les racines de la France étaient essentiellement chrétiennes. » Si cet exposé a satisfait une frange importante de son électorat, il n’a pas séduit tout le monde. Cette constatation est véridique mais aujourd’hui l’Islam est la deuxième religion la plus importante. Par cette déclaration, il a pu bouleverser certains non-chrétiens. Il a surtout surpris les défenseurs de la laïcité. Pour Charles Bremmer du Times, le chef de l’Etat ne se comporte pas un Président de la République.
Le plus marquant reste son aparté lors du salon de l’Agriculture. « Casse-toi pauvre con » rabaisse le niveau de langage d’un homme d’État. Aucun homme politique de cette envergure n’avait prononcé de tels mots. La stature de Nicolas Sarkozy en a pris un coup. Cette altercation s’apparente à un « pétage de plombs » d’après Stephen Simmons du Der Spiegel. Stephen Merseburger (ZDF) assure qu’avec ce style d’expression, le chef de l’Etat « a désacralisé la fonction de Président de la République ».
Mais la palme d’or de l’ignominie revient au discours qu’il a tenu à Grenoble. C’est dans cette diatribe qu’il a annoncé le démantèlement des camp de Roms. Cette réalité est vue comme « une dégueulasserie » d’après le journaliste Suisse Jean Philippe Shaller. Pour tous ces journalistes, cette prise de position rappelle l’extrême droite. Pour une correspondante du Soir à Paris, « plus besoin de faire d’alliance. » Cette prise de position contre une minorité a clairement atteint la crédibilité de la France à l’étranger.
Il a aussi mal géré le Printemps arabe. Le pouvoir n’a pas voulu voir. Quand il en a pris conscience, la machine était lancée. S’en sont suivis des dérapages et des scandales ; des liens avec des dignitaires de Ben Ali ont été reconnus. Michèle Alliot-Marie a d’ailleurs démissionné. Cette situation prouve que Nicolas Sarkozy n’a qu’une vue à court terme.
Ce documentaire à charge contre Nicolas Sarkozy arrive en période pré-électorale. Certains diront que ce n’est pas un hasard. Mais grâce à ce documentaire, nous pouvons mieux cerner cet “inconnu”. Il nous éclaire sur personnalité controversée de Nicolas Sarkozy.
Documentaire “Looking for Nicolas Sarkozy”, diffusé mercredi 13 décembre 2011 sur la Une RTBF et sur Arte le 21 décembre 2011 à 20h35
posté le 20/12/2011 | 545 vues | 3 commentaires | tags: " Looking for Sarkozy : le portrait d’un inconnu " rtbf arte nicolas sarkozy documentaire actu
Merci Mély pou ce commentaire plein de bon sens. J’aime la citation que tu as choisi; Au fin
Au final elle résume très bienmon propos. Je trouve aussi qu’elle correspond à Nicolas Sarkozy; Il y a tellement a en dire. C’est clair que les journalistes sont adeptes des petits phrases qui font mouches. La peur parfois nous pousse parfois dans nos pies retranchements. Mais je pense que rien n’est joué. Les élections peuvent nous apporter des surprises. Espérons qu’elles ne soient pas mauvaises. Mais rien n’est fait. Plus qu’ à agir pour éviter le pire. C’est à nous de jouer
wait and see.
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Sauf que n’est pas JFK qui veut. Et comparer à Shakespeare cette mascarade ambulante ne me semble pas approprié (mais les journalistes aiment bien les phrases choc…)
Je dirais qu’il représente malheureusement une grande partie de la France.
Ce type est un publicitaire. Je suis d’accord. Nous sommes dans une société où celui qui parle le plus fort et se sert du misérabilisme a raison, parce que chacun veut garder son petit bout de rien du tout. Affligeant. Il joue sur la peur de perdre une identité, que notre perte profite à d’autres. Elle lui sert à gagner.
Très bon article résumé de l’émission Jess!
“Dans sa forme la plus insidieuse, la peur prend le masque du bon sens, voire de la sagesse, en condamnant comme insensés, imprudents, inefficaces ou inutiles les petits gestes quotidiens de courage qui aident à préserver respect de soi et dignité humaine. Dans un système qui dénie l’existence des droits humains fondamentaux, la peur tend à faire partie de l’ordre des choses. Mais aucune machinerie d’État, fût-elle la plus écrasante, ne peut empêcher le courage de ressurgir encore et toujours, car la peur n’est pas l’élément naturel de l’homme civilisé.”
Aung San Suu Kyi