Tu vois, petite fille, tu n’as pas un an et demi aujourd’hui, et tu n’as plus de marraine. Elle est triste, notre histoire à toutes les deux, alors qu’elle avait si bien commencé : il y a plus de deux ans de ça, tes parents nous avaient demandé de les héberger chez nous pour bénéficier d’un grand centre d’aide à la procréation.
Ils étaient nos amis, nous avions déjà notre fille, qui à l’époque avait 7 mois, alors bien sur nous l’avons fait. Nous l’avons fait, parce que l’homme et moi, même si notre logement est petit, notre coeur est grand, tu sais. Notre cÅ“ur est si grand, que nous avons tout prêté lorsque tu t’es enfin annoncée : mes vêtements de grossesse, les vêtements de notre fille, notre appartement, mais aussi et surtout nos coeurs…
Le souci, tu sais, c’est que rapidement tes parents ont commencé à profiter, à trouver ça normal. Le souci c’est qu’en échange, on se faisait dire que notre fille était mal élevée et trop gâtée. Le souci c’est qu’aux yeux de tes parents, notre fille était une sale morveuse énervante. Elle est la chair de notre chair, et nous l’aimons de tout notre cÅ“ur. J’ai pensé qu’avec ta naissance leur regarde allait changer : ils devenaient aussi parents, le temps de la jalousie était fini.
Ça a été pire que tout. Ils comparaient sans arrêt, s’énervaient contre toi car tu pleurais et que je ne les avais pas prévenus qu’un bébé ça pleurait… Combien de fois ont-ils regretté ta naissance ? Je ne saurai même pas te le dire… Nous, nous étions là , spectateurs impuissants de leur déconvenue. Et puis ils s’en sont pris à nous, alors même que j’avais déjà accepté d’être ta marraine… Comment dire non, à l’époque ?
Ils se sont énervés contre nous, qui avions (à peine) plus qu’eux, contre notre fille, qui elle avait cessé de nous réveiller la nuit, ils ont commencé à réclamer sans cesse et sans cesse : des vêtements, des cadeaux… Et ce statut de marraine, qui me liait à vie à eux, dans une inégalité totale, puisqu’eux n’offraient jamais rien à notre fille…
Quelques mois avant ton baptême, à l’occasion des deux ans de notre fille, je me suis fait insulter car nous la gâtions trop, car nous lui fêtions déjà son anniversaire alors qu’elle ne comprenait rien… Je me suis énervée, enfin. Je n’ai plus voulu être leur amie, la coupe était pleine. Il me fallait faire vite, avant ledit baptême.
Je n’ai pas pu, je n’ai pas su faire marche arrière : ta maman, petite fille, s’est mise à pleurer au téléphone, me disant qu’elle comprenait tous mes reproches mais tenait trop à notre amitié. Alors j’ai cédé, parce que mon coeur est un peu trop grand quelquefois.
La suite a été tragique : je suis venue à ton baptême, le cÅ“ur absent, je venais de perdre ma grand-mère que j’aimais tant. J’ai tout fait mécaniquement ce jour-là , je n’étais pas là . Et puis, le reste a suivi : j’étais mal et fatiguée, je venais de faire une fausse-couche (qui réjouissait tes parents : combien de fois ont-ils dit que notre fille ne supporterait pas l’arrivée du deuxième ?), je n’ai pas pu venir à ton premier anniversaire.
Les insultes ont suivi. Tout s’est accéléré. Je n’ai rien répondu, il me fallait du temps. C’est alors ton père, petite fille, qui m’a écrit une page entière d’insultes, sur ma lâcheté, ma méchanceté, mon hypocrisie, ma faiblesse. Ça en a été trop, je leur ai demandé de partir, de nous laisser. Cette amitié envahissante, prenant, au centre de tout, je n’en voulais plus.
Eux, hormis nous, n’avaient plus personne : ils ont fait le vide dans leurs familles et leurs amis. Alors je sais que je n’ai pris la place de marraine de personne. Et pourtant, comme j’aurais aimé que les choses soient différentes…
(cc) clevercupcakes
posté le 23/11/2011 | 783 vues | 3 commentaires | tags: Pardon baptême culpabilité jalousie dispute amitié enfant Ego trip
Je compati et même si sa sert surement pas a grand chose je pense que tu n’as rien a te reprocher tu les a aidé ils’ en ont profité (beaucoup trop)
Sincèrement, j’ai au début pensé garder le lien avec leur fille car je me faisais du souci pour elle… C’est dire !
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Tes propos sont très durs…
Mais j’imagine qu’ils sont à la hauteur de ta douleur…
Ce sont des gens peu scrupuleux pour se réjouir d’une fausse-couche surtout s’ils ont eu des difficultés pour avoir un enfant!
Quand on connait cette douleur, impossible de le souhaiter à qui que ce soit! En plus regretter la naissance de leur fille!!! Je suis abasourdie! Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne chose pour cette petite de vivre avec eux…
Tu as pris la bonne décision, pas d’amitié toxique, jamais!
On ne choisit pas sa famille mais bien ses amis!