C’est la question que je me suis posĂ©e hier soir, en allant dĂ®ner avec mes parents au restaurant. C’est une chose plutĂ´t rare finalement : souvent, nous allons en week-end chez eux et l’homme et moi allons dĂ®ner ensemble au restaurant en laissant notre fille, mais aller au restaurant avec mes parents est une chose peu frĂ©quente.
Alors, j’avais oubliĂ© comment Ă©tait mon père “dehors”, dans la “ville”. J’avais oubliĂ© qu’il se tenait mal, parlait fort, faisait des blagues pas drĂ´les, Ă©tait spĂ©cialement pĂ©nible en sociĂ©tĂ©. J’avais oubliĂ©, parce que je fais l’effort de l’aimer, que tout ceci je n’ai pas toujours envie de le voir.
Mon père est un paradoxe vivant : c’est un surdouĂ©, au sens vrai du terme, profondĂ©ment dĂ©bile en terme de communication. Il donne un avis sur tout, pas toujours de façon bien informĂ©e, il a toujours raison, il n’Ă©coute personne parler (puisque de toute façon il a raison), coupe la parole, boude si on ne l’Ă©coute pas…
Hier soir, donc, il a commencĂ© Ă chanter dans l’entrĂ©e du restaurant (après m’avoir dit toute mon enfance “on ne chante pas Ă table”…), avant de tenter de faire rire la serveuse par des blagues incomprĂ©hensibles, puis de couvrir son manteau (qu’il n’avait pas enlevĂ©, car il avait mal au cou… Je ne saurai jamais quel lien il y avait entre ces deux faits…) de sauce en mangeant (son manteau Ă©tant dĂ©jĂ bien sale - mon père n’est pas un fou d’hygiène, il est sans doute auto-lavant)…
Ce spectacle, car c’en Ă©tait un Ă n’en pas douter, Ă©tait bien fatigant. J’ai fini par lui dire de se calmer un petit peu, chose qu’il a bien prise (comme quoi il a Ă©voluĂ©, quelques annĂ©es plutĂ´t il me retournait la tĂŞte sans hĂ©siter…). Ma mère ne dit jamais rien, elle rĂ©ussit mĂŞme par un tour merveilleux de domptage de sa pensĂ©e Ă trouver tout ceci drĂ´le et rafraichissant…
Toute mon adolescence, j’ai entendu qu’il ne fallait pas avoir honte de lui, que c’Ă©tait moi qui avais un souci avec le regard des autres. Mes amis le trouvaient drĂ´le (Ă petites doses, peut-ĂŞtre ?) et ne comprenaient pas ma difficultĂ©. En rentrant, l’homme me dit : “Il est gentil, ton père, mais complètement frappĂ©”. Ah oui, tiens, tu as raison.
Figurez-vous que ça m’a fait du bien : enfin, je ne suis pas la seule Ă porter ce regard-lĂ sur mon père. Enfin, ma pensĂ©e n’est pas dĂ©viante Ă son Ă©gard. Enfin, oui, je peux dire que son attitude est complètement inadaptĂ©e.
posté le 22/11/2011 | 404 vues | 2 commentaires | tags: surdouance inadaptation adulte relations parents Ego trip
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