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“Polisse” : L’horreur est humaine, bis

Il y a quelques années, j’avais déjà écrit sur LR que je considérais la pédophilie, et d’autant plus l’inceste, comme le crime le plus abject que l’on puisse connaître dans le genre humain. Le fait que ma mère soit enseignante et que ma soeur travaille dans le social influe énormément sur ce jugement de valeur. Ma mère m’a d’ailleurs parler du Bouclier, association belge qui a mis en place le système de veille aujourd’hui en place dans le système judiciaire français pour repérer les contenus pédopornographiques.

« Polisse » : L’horreur est humaine, bisTous ces prolégomènes pour vous dire que ce soir, j’aurai du mal à dormir. En effet, je suis allée voir Polisse, de Maïwenn. Ce film qui a soufflé tout le monde au festival de Cannes 2011, au point de remporter le prix du Jury. La presse est unanime : le film est décrit comme un film coup de poing. Et en effet, cette incursion dans le quotidien d’une Brigade de Protection des Mineurs à travers le regard d’une photographe bourgeoise est juste à couper le souffle.

Pitch Allociné :

Le quotidien des policiers de la BPM (Brigade de Protection des Mineurs) ce sont les gardes à vue de pédophiles, les arrestations de pickpockets mineurs mais aussi la pause déjeuner où l’on se raconte ses problèmes de couple ; ce sont les auditions de parents maltraitants, les dépositions des enfants, les dérives de la sexualité chez les adolescents, mais aussi la solidarité entre collègues et les fous rires incontrôlables dans les moments les plus impensables ; c’est savoir que le pire existe, et tenter de faire avec… Comment ces policiers parviennent-ils à trouver l’équilibre entre leurs vies privées et la réalité à laquelle ils sont confrontés, tous les jours ? Fred, l’écorché du groupe, aura du mal à supporter le regard de Melissa, mandatée par le ministère de l’intérieur pour réaliser un livre de photos sur cette brigade.

Mon humble avis
Du début à la fin, on tremble, on pleure, mais on rit également face à ces héros du quotidien qui essaient tant bien que mal de se confronter à la misère humaine tout en se détachant tant bien que mal de leur travail dans leur vie intime. Une partie d’entre eux ont une famille et des enfants : ce sont ceux qui traitent les cas avec le plus d’affect. Le cas d’Iris (Marina Foïs), anorexique en mal d’enfant et ne supportant plus son compagnon, est en cela intéressant : elle traite l’horreur avec une professionnalisme glaçant. Mais c’est elle qui, au final, s’avérera la plus affectée…

Certaines scènes sont tout simplement insupportables. Notamment la scène de la mère africaine jetée à la rue qui se sent obligée d’abandonner son fils pour le protéger de la rue. Les policiers se démènent pour essayer de trouver une place en foyer pour la mère et l’enfant, mais ne trouvent au final qu’une place pour l’enfant. J’ai fait des remplacements en tant qu’aide-maternelle, et je ne me laisse pas dominer quand les enfants pleurent pour des caprices. Mais être confrontée de manière aussi crue à la détresse de l’enfant que sa mère est forcée d’abandonner continuera de me hanter longtemps. D’ailleurs, le spectateur est tout aussi choqué par la réaction et le constat d’échec des membres de la BPM, notamment de Fred (Joey Starr) qui essaie de calmer l’enfant.

L’implication des membres de la BPM est telle qu’il est même montré leur réaction quand une affaire aboutit. Y sont également filmés les rires, les moments de fête, les engueulades… Tout cela avec l’oeil de Mélissa (Maïwenn), photographe “en couple libre” avec un galeriste italien, avec lequel elle a eu des jumelles. Jouant à la bourgeoise distanciée avec son objectif au début, elle tombe sous le charme de Fred, qui la malmène au début. À mesure que leur histoire prend de l’importance, elle s’implique de plus en plus dans les affaires, au point d’être mutée dans un service où l’affect prend moins de place.

Ce qui est également fabuleux dans ce film, c’est que tous les cas de figure de la maltraitance d’enfant et de la pédophilie sont développés. Il est également question de toute la naïveté de certains adolescents par rapports à certains jeux sexuels malsains. La diversité des cas abordés fait en réalité toute la richesse du film. Certains cas sont véritablement dramatiques, parce qu’odieusement criminels. Mais certains cas sont au contraire comiques – la jeune demoiselle qui se fait charrier par ses camarades, se sentant obligée de faire des fellations pour récupérer son portable.

Quoi qu’il en soit, Polisse est un film d’une violence psychologique parfois insurmontable, mais nécessaire. Quant aux acteurs – même Joey Starr –, leur niveau est homogène : extrêmement bon. Ce film, à l’image de beaucoup de films en 2011, m’a donné envie de surmonter mon hyper-émotivité au cinéma. 

3 Responses to ““Polisse” : L’horreur est humaine, bis”

  • C’est “drôle” parce que tu m’as vraiment donné envie de voir le film alors que habituellement, je ne suis pas friande de ce type de scénario. La preuve, j’ai préféré aller voir The Artist hier soir…

    Bref, le propos n’était pas de raconter ma vie, mais plus de dire que je trouve le scénario vraiment intéressant. Pour avoir été une bonne partie de la journée dans un commissariat (et pas des moindre puisque c’était celui du Forum des Halles…) pour des raisons bien moins graves il y a peu de temps, j’avoue en avoir oublié mes petits malheurs en voyant le théâtre qui se jouait devant moi. Il règne dans les commissariats une atmosphère absolument incroyable.

    Des policiers jeunes qui rigolent de choses improbables à ceux plus vieux qui paraissent usés et fatigués… Et que dire de la multitude de gens qui se pressent au comptoir et qui déballent leur histoire sans pouvoir la cacher aux autres, qui patientent en attendant leur tour.

    C’est un drôle de métier, et pour tout ce qu’ils font (malgré ce que l’inconscient collectif français veut faire croire) et notamment enquêter sur des histoires sordides de pédophilie (entre autres !!), je crois qu’on devrait leur décerner une médaille…

  • Hello Storia!
    Autant te dire tout de suite que je n’irai pas voir le film… Je ne me rappelle même pas le dernier film que j’ai vu… Il faut dire que payer une babysitter pour aller au cinéma ça fait un peu cher ;-)!
    En plus pour être honnête avec toi, depuis que je suis mère, j’ai du mal à soutenir ce qui attrait aux enfants.
    Mais rien que de lire ton article j’ai les larmes aux yeux!
    Heureusement que la technologie est venue à mon secours, je vais me le louer en VOD, comme ça je pourrai pleurer tranquillement chez moi!
    Merci de jouer les critique ciné!
    @+

  • @Loou : C’est sur qu’on a une image de la police un peu comme les connards de service. Mais toujours est-il que les gendarmes sont un peu plus cool…
    @Nouvelle 30naire : Je te conseille aussi de lire la critique de mon ex http://camera-critique.blogspot.com/2011/10/polisse-sensibiliser-et-divertir.html
    Lui, contrairement à moi, ne va pas dans le pathos, mais a un oeil aiguisé.

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