Culture

“L’adulte surdoué” de Monique de Kermadec : découverte du livre et rencontre avec l’auteur

NDLR : Nouvelle 30naire s’est rendue au cabinet de Monique de Kermadec avec la rédaction de Ladies Room pour une entrevue autour de son nouvel ouvrage, L’adulte surdoué, dans les librairies depuis début octobre.

Tout a commencé en juin dernier lors de mon passage sur le grill de BBC… A la remise de mes réponses, Rose H. à qui rien n’échappe, avait tout de suite réagi sur mon souhait d’engagement pour les enfants HP (à Haut Potentiel)… Elle m’avait demandé à quel point cela m’intéressait et, si l’occasion se présentait, si je serais intéressée de lire ou rencontrer Monique de Kermadec.

« L’adulte surdoué » de Monique de Kermadec : découverte du livre et rencontre avec l’auteurVous imaginez ma réponse et nous voilà 4 mois plus tard avec la sortie du dernier livre de MdK sur l’adulte surdoué. La lecture du livre fut passionnante, même un peu dévorante ;-). J’avais tout lu, pris des notes, préparé mes questions pour la rencontre… Devant l’imposant immeuble, je n’en menais pas large… Même avec le soutien de Loou et Rose H., je me sentais toute petite… Je ne connais pas votre opinion sur les psys, mais moi j’ai toujours l’impression qu’ils vous passent aux rayons X… Et cherchent en vous la faille…

Mais oh surprise ! L’entrevue avec Monique de Kermadec fut très loin de ce cliché ! Reçues autour d’une sélection de thés et de viennoiseries, elle nous a tout de suite mises à l’aise… Bien sûr, nous avons abordé toutes les questions mais sous forme de conversation, peu avare en détails et cherchant toujours plus loin, nous avons passé un excellent moment.

Loin de moi l’idée de vous faire un gentil résumé, je vous ai repris quelques thématiques développées dans le livre et complétées lors de l’entrevue ; histoire de vous mettre à la bouche…

Tout d’abord parlons “intelligences” oui avec un S…

Il y a 3 types d’intelligences : Intelligence cognitive, l’intelligence émotionnelle et l’intelligence relationnelle. Elles sont présentes chez chacun d’entre nous (la bonne nouvelle ! et il y en a d’autre à ce sujet dans le livre). Chez l’adulte surdoué, il s’agit d’une équation précaire. Lors de notre conversation à ce sujet, nous avons rapidement glissé sur le sujet des enfants, car quand il s’agit de construction, c’est dès le plus jeune âge…

L’intelligence cognitive (QI) est souvent surinvestie par les parents au détriment des 2 autres. Quand le « talent » n’est pas « sérieux », qu’il a trait à l’art, la musique, etc… Les parents ont tendance à le minimiser dans la crainte de voir leur enfant subir l’échec… Comme le disait Monique de Kermadec, pas évident pour les parents d’encourager leur enfant à être le prochain gagnant de la Star Ac !

Sujet difficile dont nous avons conclu qu’il faut stimuler tous les talents, le plus important dans la vie étant de se réaliser à travers ses « dons » « affinités » ou « capacités ». (Ceci est valable pour tous et non seulement pour les HP ;- ) !).

Mais qui est l’adulte surdoué ?

Extrait du livre : « Un adulte surdoué est un enfant précoce qui a grandi, mais on ne peut plus parler de précocité à l’âge adulte… »

Une lapalissade me direz-vous, une évidence ! Oui et non, comme si un moment, il était possible de rentrer dans le moule ! On ne peut plus être en avance quand on est un adulte, l’adulte HP (à Haut Potentiel) est juste quelqu’un qui comprend plus vite et surtout réfléchit différemment, il cherche les causes, les conséquences, et les solutions aux problèmes, quand les autres décortiquent l’équation. Il reste en décalage.

Au contraire des idées reçues, il a besoin de reconnaissance de son « don » ou de ses capacités. Il n’en est pas toujours conscient, ce qui le rend vulnérable dans ses relations avec les autres. Il est difficile pour lui d’admettre leur différence, il est né comme ça…

Lors de notre conversation, Monique de Kermadec a parlé de magie, cette magie opère facilement chez l’enfant, il ne sait pas pourquoi il sait, mais il sait… A l’adolescence ou à l’âge adulte la magie n’opère plus, ou moins bien (surtout parce que les apprentissages deviennent plus complexes), ce qui met en doute ses capacités, comme si elles avaient disparu ! Quand on n’a jamais eu à réfléchir et que les solutions viennent naturellement, cela peut être totalement déstabilisant !
Comme si la précocité disparaissait avec l’enfance…

Évidemment vers la fin de l’entrevue et suite à tout ce que nous avions appris, je n’ai pu m’empêcher de poser La question fatidique…

« Avoir un Haut Potentiel ; chance ou handicap ? »

Pour Monique de Kermadec, il s’agit sans aucun doute d’une chance inouïe, certes il peut y avoir de la souffrance, mais un don ou un talent, cela ne se refuse pas… Loou la rejoignait, pour Rose H. et moi c’était plus compliqué, nous étions plus dubitatives sur le fait d’être différentes et des conséquences de la différence…

Je vous laisse trouver votre réponse, en vous donnant cette citation du livre… « La perfection intérieure de l’homme consiste en ceci : qu’il ait en son pouvoir l’usage de toutes ses facultés pour le soumettre à sa volonté libre. » Emmanuel Kant

Et je vous ai gardé le meilleur pour la fin… Une histoire de Ladies…

Citation du livre : « La femme intelligente est un plaisir d’homosexuel » Baudelaire

Encore une fois, il y a une différence entre l’homme et la femme dans ce cas précis… Première chose par notre statut de femme, notre corps nous apprend l’humilité, de plus, les femmes sont plus consciencieuses et elles sont plus appliquées dans leurs études…

Et non des moindres, elles portent en elles (pas toutes, bien sûr !) la responsabilité de la sauvegarde de l’espèce, la maternité leur demande parfois des sacrifices, des mises entre parenthèses… Sans oublier, que le monde est encore majoritairement régi par des hommes, ont-ils réellement envie de voir ces femmes brillantes prendre le dessus… A méditer…
Monique de Kermadec nous a confié avoir beaucoup de notes à ce sujet et de réactions de la part de femmes suite à la publication du livre et des émissions auxquelles elle participe… Elle ne nous a pas caché son envie de les rassembler pour peut-être en faire un livre sur les femmes surdouées…

Au plaisir de vous lire Madame !

3 Responses to ““L’adulte surdoué” de Monique de Kermadec : découverte du livre et rencontre avec l’auteur”

  • Quid de la conscience, version active et surtout, “autonome”.
    Incohérences, questionnement(s) puis perceptions de “différences”, c’est d’ailleurs l’étape de blocage sur les difficultés, pas évidente a percer, même si.
    Sur le concept, j’ai beau adoré le principe des [url=http://en.wikipedia.org/wiki/Slan]slans[/url], des sur, c’est gênant, d’autant que pour le coup, si intéressant, ça n’apporte pas de changement pragmatique que de définir différence et prépondérance. (temps, lieu et nom = réalité) (décision>réalisation; sur base de volonté, toujours ou peut être, jamais.)

    Intéressante lecture, bon courage a toi.

  • Je suis mitigée. Etant HP moi-même (“detectée” au collège, passé la batterie de tests de QI et de personnalité), je ne peux que me demander si la détection et la prise en charge différenciée des enfants HP n’est pas, en réalité, carrément nocive. Dans mon cas, elle a été faite avec beaucoup de maladresse, par une psychologue complètement fascinée par notre “Talent”, qui nous voyait comme une poignée d’enfants exceptionnels. Il reste que nous étions simplement des adolescents avec leurs problèmes, comme tous les adolescents, et que savoir que j’étais HP ne m’a jamais, au grand jamais, aidée en quoi que ce soit, au contraire. Ayant chopé (malheureusement pour ma tronche de freak) la période “expérimentale” du programme, toute l’école était au courant de ma HPtitude et les surnoms du genre Handicapé Profond ont fusé. Souvenirs d’humiliations collectives. Ensuite, une sorte de Club HP s’est formé, un petit groupe de QI130+ de gens imbus de leur petite intelligence tellement plus subtile que celle des autres, dont beaucoup étaient mes amis, et qui méprisent infiniment les autres à l’intelligence grossière. Voilà en pratique ce que les belles idées à propos du soutien aux “HP” a donné en pratique. (Certes, je suis un peu de mauvaise foi puisque ce programme en particulier était mortellement maladroit)

    Néanmoins, cette fascination pour les HP a quelque chose de condescendant qui m’agace. Cette façon de dire “oh les pauvres, ils sont tellement complexes, tellement compliqués, ils prennent tellement de temps à se prendre la tête pour quelque chose de simple” (cfr. la petite illustration)… c’est en partie vrai. Mais nul besoin de s’attarder là-dessus : comme tout être humain, on trouve tôt ou tard un point d’équilibre, certains moins facilement que d’autres, parfois avec un décalage par rapport aux gens ou à la société, parfois pas.

    Les mots “surdoués” ou “Haut Potentiel” mêmes me font vomir. Votre Monique semble avoir quelques longueurs de retard en la matière, puisque ces termes sont en train de devenir obsolètes. On sait depuis un certain temps qu’il ne s’agit pas d’un sur-don quantitatif, façon clarté d’esprit d’un étudiant shooté aux amphétamines, mais qu’il s’agit d’une différence de qualité du mécanisme cognitif (qualité au sens neutre). D’où le sentiment de décalage. Mais bon, quelle importance ?

    Il reste que ces “surdoués” ont existé depuis la nuit des temps, certains étaient des personnes intelligentes, talentueuses et sympathiques, et d’autres, tout comme chez les gens normaux, de parfaits connards. J’en connais, des HP irrémédiablement prétentieux, bornés et égoïstes, voire même carrément cons. L’ouverture d’esprit et la curiosité n’est vraiment pas l’apanage des gens dont le QI est supérieur à 130 points.

    Dès lors, je ne vois pas vraiment l’intérêt d’essayer de placer les gens dans des catégories, fussent-elles flatteuses. Il est une petite branche morbide de la psychologie et de la psychiatrie à tout mettre dans des cases, à créer de nouvelles “normalités”. C’est bien là l’unique fonction de ces tests : catégoriser des individus, normaliser le bizarre, sous couvert d’aide psychologique… Et ça, ça me paraît carrément dangereux.

    Quant à l’étude sur les femmes intelligentes revendicatrices ou refoulées (parce que beaucoup font semblant d’être des greluches pour être mieux acceptées socialement), cela peut être très intéressant, car il s’agit d’un symptôme social très exacerbé, donc clair, cette façon d’effacer son intelligence au service d’une image de la féminité… Mais je ne pense qu’il ne faut surtout pas faire une étude uniquement sur les femmes surdouées, ce serait réducteur. Au contraire, je pense qu’il faudrait élargir au maximum l’enquête, peut-être à partir de ce point là, sur la perception (en quantité et en qualité) de l’intelligence chez la femme et chez l’homme (d’homme à homme, de femme à homme, d’homme à femme, de femme à femme), et constater à quel point elle est dirigée par des constructions sociales… Ce serait là un livre digne d’être une arme de guerre dans la guerre pour l’égalité des sexes.

    J’attends des nouvelles.

  • Je me permets de rebondir sur ton message, Yuppermuk. Je suis actuellement en train de lire l’ouvrage de Monique de Kermadec et j’étais également présente à l’entrevue. Loin de moi l’idée de me faire l’avocat du diable sur ce coup ; d’autant qu’en l’occurrence, il me semble un peu trop facile de diaboliser le travail de cette psychologue, alors qu’elle met le doigt sur des phénomènes qu’elle a étudiés, et qui n’ont rien d’une exaltation mal placée à l’égard des individus HP. Fascination, oui, mais il n’y a rien de mal à ça.
    Je comprends également ton propos, puisqu’en l’ayant vécu de l’intérieur, ton expérience te fait dire qu’être Haut Potentiel n’a rien d’un don et s’assimile plutôt à un fardeau. “L’adulte surdoué” ne dit en aucun cas le contraire et fait acte de nombre d’individus en proie à la même vision de leur douance.
    Je pense désormais pour ma part, et la lecture de cet ouvrage aidant, que les individus à HP sont des individus exceptionnels, dans le sens premier du terme. Ce qui ne les rend pas pour autant supérieurs à d’autres, plus intéressants, plus fascinants ; ils ont juste des prédispositions plus développées pour appréhender le monde qui les entoure. Mais comme toute “prédisposition”, il s’agit là de savoir quoi en faire et les utiliser à bon escient, comme tout un chacun.

    D’autre part, être HP n’est pas seulement une question de QI, à ce sujet Monique de Kermadec évoque la notion de plusieurs types d’intelligence, qui est primordiale, et qu’on a tendance à beaucoup trop botter en touche dès qu’il s’agit de parler d’individus HP.

    Tout ceci pour dire que je t’invite vivement à te procurer cet ouvrage, ne serait-ce que pour te rendre compte qu’il n’y est pas question de balayer avec enthousiasme les clichés positifs sur la douance, mais plutôt de comprendre les rouages de l’individu HP qui n’a rien à voir avec l’idée que tout un chacun s’en fait, individu HP compris.

    Merci pour ton message en tout cas.

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