Parfois, je prends le train. Tant que j’ai encore droit à la fameuse carte de réduction, j’en profite, parce que c’est plus pratique que de se déplacer à cheval. Bref, la semaine dernière, j’ai pris le train. Et j’ai observé, décortiqué les comportements. C’est amusant. Un vrai microcosme, mais en beaucoup plus marrant parce que les gens sont coincés sur leur siège.
- Le roupillonneur : celui qui disparaît sous la capuche de son sweat-shirt trop grand, engoncé dans une écharpe, remontée jusqu’au dessus du nez. Généralement, il étend les jambes, croise les bras, pose la tête contre la tête et vamos, il roupille. Quand le conducteur annonce les arrêts, il sursaute, surpris d’être déjà arrivé à destination. Parfois, plus drôle encore, il se lève, persuadé d’être arrivé, avant de réaliser qu’en fait on n’est qu’au Mans et que lui, il descend à Angers. Il se rassoit lourdement dans son fauteuil, contrarié.
- La frileuse par toutes saisons : gants, écharpe, veste, la frileuse garde tout sur elle. On ne sait pas trop si c’est parce qu’elle a vraiment froid (on frôle les 25° dans le train, tout de même !), si c’est parce qu’elle ne veut pas perdre de temps à son arrêt (c’est sûr qu’au terminus on ne sait jamais, le train pourrait faire une blague et repartir en sens inverse aussitôt), ou si elle craint les microbes. Parfois, je me demande si ce n’est pas tout simplement par manque de place, entre la cage du chat sous les pieds, le Longchamp sur les genoux et le casse-croûte entre les jambes.
- L’étudiant studieux : cours d’anatomie ou de physique nucléaire, l’étudiant studieux est certes studieux mais… l’est-il tant que ça finalement ? Parce que réviser dans le train un dimanche soir pourrait révéler un sérieux relâchement durant le weekend pour l’examen du lundi. Sur-alcoolisation, grasses matinées trop grasses, nombre d’heures de sommeil au ras des pâquerettes peuvent être la cause de ces révisions dans un lieu public où l’enfermement est peu propice à moult activités. Certains autres aiment se faire mousser (”ah t’as vu voisin ? tu comprends rien à l’effet tunnel et la théorie quantique des champs ?)
- Le jeune cadre dynamique qui fait genre il travaille, mais en fait il rattrape les épisodes de Modern Family en retard : ordinateur pro, mais disque dur perso. Quatre heures de train, il peut bien consacrer 40 à 2 épisodes. Et faire une pause de 20 minutes en pleine réalisation de Power Point. Dur, dur.
- La maman angoissée : son rejeton hurle, elle ne parvient pas à le calmer, toute la rame a le regard plutôt barbare posé sur elle, les babines retroussées. Ce que personne ne sait, c’est qu’elle aussi rêve secrètement de posséder une muselière. Mais elle ne peut pas le montrer - elle n’est pas une mère indigne tout de même. Et puis, on ne peut pas museler un enfant de 2 ans. En attendant, un Pitch dans la bouche et hop ! Il se tait (jusqu’à ce qu’il l’ait gobé, mais bon, on rentrerait trop dans le détail).
- Le musico qui partage sa musique, mais en gardant les écouteurs sur les oreilles : de préférence du gros son que ses voisins, à 360°, détestent. Citez-moi une fois où vous avez apprécié la musique que votre charmant voisin de train écoutait à fond les ballons ?
- Le lecteur à lunettes : un livre de poche, Le Point, et le lecteur s’occupe pendant tout le trajet. Pile poil le temps de lire les 141 pages restantes et de lire Le Point de bout en bout, même les annonces immobilières de la fin.
- Et puis il y a moi, la concierge : elle observe, note tout, sourit, feuillette quelques pages de magazines (plus ou moins niais mais je tairai leurs noms). De la musique dans les oreilles aussi, mais pas trop forte. Un casse-croûte entre les jambes, une écharpe remontée jusqu’au-dessus du nez. Un petit melting pot du microcosme pré-cité, qui fait de moi quelqu’un comme les autres.
(cc) ouyea…
posté le 13/10/2011 | 901 vues | 1 commentaire | tags: voyageur trajet transport train société voyage | 3 ont aimé
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“Et puis il y a moi, la concierge…” Petite chute très rigolote. Voilà un article bien agréable, frais et bien tourné. Nous sommes les témoins de notre époque, il n’y a rien de plus passionnant que d’observer les autres et de prendre des notes.