Avant je pensais que dans les troquets, il existait trois catĂ©gories de protagonistes : les va-et-vient, les habituĂ©s et les piliers. Les premiers ignorent les seconds, les seconds se rassurent en observant les troisièmes, et les troisièmes en ont rien Ă foutre des deux premiers. Batifolage, engagement, accoutumance ; il fallait choisir son camp. Une sorte de relent sentimental qui ferait rendre un enfoirĂ©, affectif. Sur les banquettes dĂ©chirĂ©es ou sur les tables dĂ©jĂ tâchĂ©es. A l’effigie de leurs clients.
Alors bien sĂ»r je ne parle ni des narrateurs de monologues narcotiques, ni des Christopher des “Into the Wild” radotĂ©s, ni des yeuxteurs ici avant tout pour ĂŞtre vus, ni des avant-gardistes dĂ©passĂ©s mais obstinĂ©s, ni des moitiĂ©s rĂ©unies redivisĂ©es par l’ennui, ni des optimistes du “grand soir” rĂ©volu, ni des engagĂ©s des combats qui n’en sont plus, ni des baudelai-rien, ni des Ă©panouis accomplis Ă alopĂ©cie, ni des ordinaires fantaisistes en mal de talent d’inspiration, ni des poules d’ornement, ni des Mastercard allant jusqu’Ă soudoyer leur vendeur de PQ pour bien vouloir torcher leur pauvre…. Et j’en passe et des brochettes.
Non, les Autres. Ceux qu’on condamne Ă avoir perdu femme-boulot-mĂ´mes-bagnole. Et pourquoi pas, le mĂŞme jour Ă la fois. Les ratĂ©s de la vraie vie en somme koatuvoa (soyez rassurĂ©s, viendra : comment ne pas passer Ă cotĂ© de son existence, selon le pur(in)iste qui croque sa vie Ă pleine dent) (et qui vous bouffe la vĂ´tre par la mĂŞme occasion). Comme Edmond.
S’il est libre, asseyez-vous sur le deuxième tabouret du comptoir. En partant de la gauche. Toujours. Ni voyez aucune orientation politique lĂ -dedans. Ça serait bien trop simpliste. Commandez deux Affligem. Et, patientez. Vous le verrez peut-ĂŞtre. VĂŞtu d’une veste en jean dĂ©coupĂ©e aux manches, un jean aux ourlets rendoublĂ©s. Les cheveux bouclĂ©s, grisonnants, retombant sur les Ă©paules. Les yeux mouillants, n’ayant regard pour personne. Pas d’Ă©loignement ni d’attachement. Pas d’ennui ni d’envie. Pas de raison ni de passion. Pas de tristesse ni d’allĂ©gresse. Pas d’agressivitĂ© ni de sĂ©rĂ©nitĂ©. Pas d’anxiĂ©tĂ© ni d’intrĂ©piditĂ©. Pas d’affront ni d’admiration. Une coquille vide accrochĂ©e Ă son rocher ?
Vous et moi oui car le roc(k) entre nous, c’est bien lui. Le pilier de sa propre vie. Trinquez “A Nous, aussi aseptisĂ©s que des chiottes publiques” et vous en prenez pour dix ans de thĂ©rapie. Ou bien, vous claquez une paye dans les cafĂ©s et c’est pliĂ© ! Mais… pilier, quant Ă lui, ne sera jamais pliĂ©.
(Affligem, Havana Club, Gibson’s, J&B, les Martini et tous leurs amis ont la douleur de vous faire part de cet article.)
(cc) Robert S. Donovan
posté le 12/10/2011 | 770 vues | aucun commentaire | tags: pilier soir bar décalé café alcool hommes rencontre | 3 ont aimé
NB : Avant de commenter, rendez-vous sur la charte des commentaires
Vous devez vous identifier pour pouvoir laisser un commentaire.

Belles et Rebelles Retrouvez le dernier édito de Laurie pour sa semaine de rédac' chef, une spéciale rébellion !
Some kind of unreal music #17 : Nécrologies Petit retour sur les carrières de deux figures emblématique de la musique.
Doc BBC #18 : Boenbotte, un ami qui nous veut du bien… Docteur Britbrit Chérie remonte les bretelles d'une Lady et vole à la rescousse de Boenbotte !
J'en ai tellement entendu parler que je voulais voir ça par moi-même. Je parle de Paulette, bien sûr, le magazine communautaire lancé par Irène Olczak. En 2010, c'était la version web, puis plus...
Bref, programme court ou shortcom, est diffusée sur l’antenne de Canal + depuis septembre 2011. Ce n’est pas la première série de ce genre. Un gars une fille avait aussi eu un grand succès...
Ce jour-là , j'avais mis trois heures à me préparer pour le concert qui m'attendait et j'ai bien fait. Habituée des petits concerts de ma ville, frêle esquif aimant la bière, j'étais encore une fois parée...
Parfois, je me sens proche des idées de Brigitte Bardot. Je ne parle pas de cette obsession pour la choucroute ou l’aigreur haineuse, mais plutôt de la croyance en un monde animal...
C’est sous la pluie battante que je le regarde partir, la nuit tombe doucement ce soir, timidement. Dois-je le rattraper pour lui dire ce que je ressens ou laisser faire la vie qui peut-être le ramènera à moi ? Je n’ai pas le courage...
Travaillant depuis peu dans le domaine du droit, une collègue m'a conseillé de lire le roman d'Autres vies que la mienne d'Emmanuel Carrère afin de mieux appréhender le monde de la jurisprudence...