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Habemus Papam ?

Je suis catholique et pas cinéphile, vous le savez, maintenant. Malgré tout, quand un film sort sur le sujet, ça me titille un peu de le voir. Ne serait-ce que pour la curiosité de voir comment l’art traite la religion et sa position dans la société. Remarquez tout de même, je n’ai pas vu Des hommes et des dieux.

Habemus Papam ?Mais, en termes de cinéma, j’aime bien deux visions du cinéma d’auteur qui, pour moi, se ressemblent beaucoup : je veux parler des cinémas d’auteur italien et israélien. C’est une certaine manière de filmer le quotidien, sa pesanteur, les non-dits entre les personnes qui en disent pourtant long… Bref, une manière de sublimer et de personnifier l’universel.

Je n’avais jamais vu de film de Nanni Moretti avant Habemus Papam. J’avais entendu parler de La chambre du fils,  mais je n’avais pas eu la curiosité à l’époque d’aller voir ce drame à huis clos. Mais je me rappelle de Il Divo de Paolo Sorrentino, et je me suis dit que ce serait sympa de voir ce petit film. Surtout qu’il y a Michel Piccoli dedans.

Le pitch AlloCiné :

Après la mort du Pape, le Conclave se réunit afin d’élire son successeur. Plusieurs votes sont nécessaires avant que ne s’élève la fumée blanche. Enfin, un cardinal est élu ! Mais les fidèles massés sur la place Saint-Pierre attendent en vain l’apparition au balcon du nouveau souverain pontife. Ce dernier ne semble pas prêt à supporter le poids d’une telle responsabilité. Angoisse ? Dépression ? Peur de ne pas se sentir à la hauteur ? Le monde entier est bientôt en proie à l’inquiétude tandis qu’au Vatican, on cherche des solutions pour surmonter la crise… 

Mon humble avis :

Je ne vais pas spoiler, mais tout cela pour vous dire que j’en suis ressortie dans le même état psychologique que Melancholia de Lars von Trier. Juste, en tant que croyante, avec la philosophie de la mission chrétienne que j’ai, la scène finale a dépassé mon entendement et je me suis pris des émotions très fortes en pleine face. Preuve que le film est très très bien construit.

À côté de cela, le jeu et la direction d’acteurs sont très bons. Nanni Moretti, dans les scènes de huis-clos, a su faire ressortir l’humanité des cardinaux, qui de leur questionnement face au parallélisme fait entre Bible et psychanalyse – j’ai notamment rigolé quand le psychologue essaie de faire comprendre que le Psaume 101/102 décrit parfaitement les symptômes de la dépression –, qui de leur attitude face au Saint-Père nouvellement élu et l’attente qu’il suscite… Bref, une vision qui peut paraître iconoclaste, mais pourtant tout à fait nécessaire pour tenter d’atténuer le décalage  entre sacralisation de la hiérarchie ecclésiastique et attentes du monde contemporain par rapport à la religion.

La particularité de ce film est que le huis-clos est partout. Tant dans le microcosme vatican – puisque le Pape ne se manifeste pas, le Conclave se maintient, donc les cardinaux sont tenus de ne pas communiquer avec l’extérieur – que justement, à l’extérieur. Le Pape s’est enfui, mais il reste emmuré dans ses réflexions, ne se contentant que d’observer le monde sans échanger de parole, mis à part avec sa psy. Pour marquer davantage le huis-clos intérieur qui le gagne, Nanni Moretti le fait rencontrer une troupe de théâtre qui joue La Mouette de Tchékov. Il se met alors à se libérer et à se souvenir du temps où, au lieu d’entrer au séminaire, il aurait préféré entrer au Conservatoire. Et l’on remarque ainsi une très belle analogie entre le théâtre extérieur et le microcosme vatican, lui aussi tout aussi théâtral.

Maintenant, qu’est-ce qui ressort du film ? Est-ce une diatribe contre l’Eglise catholique, incapable de prendre en compte le fait que l’on n’ait pas assez de foi pour assurer sa mission ? Ou alors un film plus universel sur le sens et le poids des responsabilités ? Je pencherai davantage pour le second choix. En effet, tous les personnages se sentent responsables d’un manquement à leurs devoirs, puisqu’incapables –pensent-ils – de remplir leur devoir correctement : le psy envers son ex-femme, les cardinaux entre eux, le Pape nouvellement élu envers les fidèles, et même l’acteur de théâtre qui pète un plomb.

Finalement, ce film m’a fait beaucoup réfléchir sur le sens que l’on donne à sa vie. On peut parfois espérer toute une vie quelque chose, mais quand on est devant le fait accompli, a-t-on le cran d’accomplir ce que l’on veut réellement ?

Au passage, l’Homme n’est plus mien, mais son blog est toujours aussi bon. D’ailleurs, il a fait une formidable critique de ce film que je vous invite à lire également.

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