De mémoire de Baby, le fait de donner son numéro de téléphone à un(e) illustre inconnu(e) a toujours été pour moi une pratique obscure, le genre de truc qui ne se produisait qu’entre cette dévergondée de Brenda et un vieux quinqua dégueu dans Beverly Hills, à l’époque où porter des vestes à épaulettes et des pulls Bart Simpson était encore dans le vent (d’ailleurs, puisqu’on en parle, nota bene pour le petit brun baraqué du troisième : le port de baskets de running trop serrées avec un jean taille haute est prohibé depuis 1983. Merci).
Et puis un jour, je suis tombée malade. Un curieux et foudroyant virus s’est emparé de mon pauvre corps engourdi dans ses amours d’enfance : j’ai attrapé le célibat. Mais pas le célibat de 18 ans, hein, pas celui où ton univers regorge de petits lycéens aux fesses rebondies partageant les mêmes centres d’intérêt. Non, non, non, ma bonne dame, je parle du célibat de 25 ans, quand tes bonnes copines du collège se marient ou pondent des mouflets à la chaîne, et que tes collègues de boulot ont la petite quarantaine, 3 enfants, 2 maris, une caravane et un Golden Retriever qui s’appelle Puducu « parce que ce sont Théo et Arthur qui ont choisi ». Dans ce nouveau monde, point de riche pompier polytechnicien qui traîne, c’est le désert du potentiel, le no bachelors’ land.
Alors que le désespoir me gagne, un soir de débauche avec les copines où l’on envisage de poster une petite annonce de location pour nos vagins respectifs, je suis frappée par la vérité (enfin par ma copine C., qui aime les métaphores anales, big up ma belle) : il est temps de se sortir les doigts du fondement, d’aller taquiner l’ingénieur, de racoler du mâle, de baratiner du bonhomme, en un mot, d’aller à la pêche aux 06. Les critères sont féroces mais tous les moyens sont bons, et du Bal des Pompiers aux sites de rencontres, tenez-le vous pour dit, mes Vieilles Meufs et moi on en a vu de belles.
Il y a d’abord le relou de boîte de nuit. Après vous avoir abordée en vous disant que vous avez « un joli dos et un corps vigoureux » (WTF ?), le RBN, fort de ses 4 grammes de mauvais whisky dans chaque bras, dégaine son iPhone comme on sort son badge du FBI pour prendre votre numéro. Pas folle la guêpe, vous préférez gentiment prendre le sien, et à grand renfort de « Mais si je t’assure, j’ai une super mémoire Kévin… Brian… Robert ? », vous vous débarrassez du colis ni vu ni connu je t’embrouille.
Il y a aussi le prétexte professionnel, technique particulièrement prisée du mignon VRP en Audi ou du capitaine de police, qui, arguant du fameux « au cas où, on ne sait jamais », vous donne sa ligne directe, son portable, son fixe, et l’adresse de Mamy en Isère à qui il va souvent rendre visite. Une approche discrète et finalement charmante, lorsqu’elle ne s’accompagne pas d’un clin d’œil cochon et d’un hochement de tête entendu.
C’est toujours mieux que le gougnafier des sites douteux, qui se contente d’un « Ti1 c mon 06, a utilizé unikman si t’m la bite lol », auquel vous répondrez gentiment d’aller se faire mousser le spaghetti sur YouPorn, ou pourquoi pas sur la planète Mars, vous avez entendu dire qu’on y parlait sa langue.
Mon préféré reste quand même le « coup de l’autoroute », lieu de drague de haute voltige pour les minettes qui effectuent seules de longs trajets les week-ends d’été. Ainsi, le prétendant pourra au choix passer devant vous et laisser à votre intention sa carte de visite à la gentille dame à barbe du péage. Cette option vous aura paru plus que charmante, avant que vous ne découvriez sur Facebook que l’aspirant en question est un gros porc marié qui a trois enfants. Il pourra aussi placarder son numéro griffonné maladroitement sur la vitre de son bolide, et ainsi, pendant quelques heures au moins, vous faire vous sentir aussi belle et intéressante que Kate Middleton le soir où elle a pécho Willy.
Pour être toute à fait honnête, quelle que soit la technique éprouvée, la sensation qu’un homme s’intéresse à vous est toujours un peu grisante. Mais ce n’est pas parce qu’on aime un bon verre de vin de temps en temps qu’on s’offre un vignoble : un sondage parmi mes amies a révélé que peu d’entre nous rappelle finalement le téméraire donateur. Est-ce par peur de n’être qu’un numéro dans l’annuaire d’un serial cavaleur ? Par peur que cette rencontre ne soit que le fruit du désespoir d’un loup qui n’aurait pas trempé son biscuit depuis plus de deux semaines ? Probablement.
Toujours est-il qu’un soir d’été, dans un élan de témérité, c’est moi qui ai refilé mon 06. Depuis j’ai trouvé mon petit vignoble de caractère, et je sombre doucement dans l’ivresse.
OBHA, pour vous servir.
(cc) Sabino .
posté le 13/09/2011 | 568 vues | 5 commentaires | tags: vous avez un message téléphone baby haussmann drague | 4 ont aimé
Mais je n’aurais rien Ă Ă©crire sans vous, ma petite poule ! C’est vous, mes Vieilles Meufs adorĂ©es, qui m’inspirez chaque jour ! ♥
♥ … et oui, toute la diffĂ©rence entre “vignoble” et “l’Ă©picier du coin” voir mĂŞme simplement “le cubi” ! Je te laisse mĂ©diter !
Excellent! Toutes les excuses sont bonnes!
Mon chĂ©ri m’a fait le coup du “J’ai vu que vous cherchiez du travail, je peux prendre votre cv si vous voulez”. Alors que les effectifs Ă©taient au complet et que c’Ă©tait mĂŞme pas lui le patron. Et en plus, il m’a jamais appelĂ©e…
Ah ah ! L’homme sait ĂŞtre futĂ© quand il a repĂ©rĂ© sa proie !
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Quel style!!! je suis toujours aussi fan de toi ma Ginette!!!!!!