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Facebook m’a tu-er

Nous retrouvons Alexandre des Isnards et Thomas Zuber trois ans après «L’Open–space m’a tuer » (2008), gros succès de librairie qui a dépassé les 60 000 exemplaires vendus et dont vous pourrez retrouver mon article ici, pour un état des lieux de la société de communication, vu, pas uniquement par le biais du plus célèbre des réseaux sociaux (20 millions d’abonnés en France, 60 millions dans le monde), mais par celui de l’ensemble des nouvelles technologies : sites communautaires mais aussi sites de rencontres, portables, jeux en ligne et compagnie. Car, comme pour la sphère professionnelle, notre rapport à l’autre a considérablement évolué ces dernières années.

Facebook m’a tu-erAlors que Roschdy Zem nous a récemment brillamment rappelé les origines de l’expression, les nouvelles technologies sont elles pointées du doigt et désignées coupables. Coupables de s’incruster dans notre vie quotidienne au détriment de la convivialité et du contact qu’elles nous survendent justement.

Le livre se construit de la même manière autour d’anecdotes représentatives, au gré de trente quatre chapitres expéditifs. Sans être caricaturales, elles nous semblent à la fois particulièrement familières et absolument absurdes. Pour rester au plus près de leur sujet, nos deux auteurs, comme la première fois, ont mis à contribution leurs proches et connaissances.

Et on se reconnaît forcément dans l’une ou l’autre de ces saynètes. C’est que, le nez dans le guidon ou plutôt sur l’écran, l’absurdité de certaines situations nous échappait jusqu’alors ou que nous en minimisions la portée. Qui n’a jamais souri avec indulgence à l’addiction d’un ami à son iPhone ou au déferlement des photos de naissance sur FB ?

Mais si l’humour est à la clé, l’accumulation des péripéties s’attaque rapidement au moral et, tout comme leur premier opus, on ressort du livre étourdi et vaguement écœuré.

Car nos deux compères attaquent dur : les premiers chapitres dénoncent l’abîme de solitude et la course effrénée à l’amour que les nouvelles technologies ont ouvert. Plus le monde s’élargit, plus on se sent petit et négligeable. Plus on cherche à ménager la chèvre et le chou, alors qu’il est parfaitement impossible de correctement entretenir un cheptel de plusieurs dizaines d’amis, et plus encore de centaines. C’est ce qu’on appelle une « névrose de l’abandon ». Car dans cette société de la vitesse et de l’excellence, on n’a aucun droit à l’erreur, notamment celle de ne pas répondre aux incessantes sollicitations de l’Autre, ce monstre dévoreur de la paix de l’esprit.

Ancienne célibataire acharnée de rencontres, je me suis quant à moi sentie particulièrement touchée par les épisodes où nous suivons Karen (« Karen consomme les mecs »), Jocelyn (« Un mec consomme Karen ») et Léa (« Avatar »). Rien d’exceptionnel, mais ça met le doigt là où ça fait mal.

Si on peut reprocher à l’ouvrage de s’attacher de nouveau à une population plus spécifiquement parisienne et privilégiée, il a de nouveau réussi à allier divertissement et intelligence du propos. Loin de l’ouvrage de référence sociologique mais qui se glisse avec plaisir dans son sac de plage en attendant le retour à la Civilisation… et au réseau !

A consulter : http://facebookmatuer.com/

One Response to “Facebook m’a tu-er”

  • Pour info, y a bien plus de 60 millions d’utilisateurs de Facebook dans le monde… J’crois qu’on a dépassé allègrement les 750 millions d’utilisateurs… C’est quand même pas tout à fait la même chose…

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