Backlash est un terme inventĂ© au dĂ©but des annĂ©es 1990 pour dĂ©signer un retour de bâton sur le plan idĂ©ologique ou fĂ©ministe. Je suis pas fan des anglicismes mais il faut bien avouer que backlash sonne mieux de retour de bâton, tu sens presque le gros clash dans ta face, la bonne baffe Ă laquelle on Ă©tait pas prĂ©parĂ©. Un peu comme si la sociĂ©tĂ© Ă©tait devenue complĂ©tement bipolaire et passait de l’enthousiasme fou et des applaudissements effrĂ©nĂ©s aux lancers de tomates en pleine face.
Car oui, j’ai comme l’impression que cette soi-disant “rĂ©volution fĂ©ministe” (ou “sĂ©duction fĂ©ministe” comme l’appelait plus justement Eric Fassin) est sur le point de se terminer. Zemmour et compagnons sortez de vos abris anti atomiques (et enlevez vos coques), l’heure est au backlash de l’affaire DSK.
En une semaine, l’homme est blanchi alors mĂŞme qu’on ne sait toujours pas ce qu’il s’est vraiment passĂ© Ă part un acte sexuel de 8 minutes entre le hello et le good bye (pour peu qu’il y ait mĂŞme eu Ă©change de paroles!). Autant dire dans tous les cas pas de quoi ĂŞtre fier.
La prĂ©sumĂ©e victime est bel et bien devenue l’accusĂ©e. AccusĂ©e d’ĂŞtre une fille de peu de morale et de petite vertu (ça va toujours bien ensemble). Et voilĂ qu’on entend les murmures qui se font de plus en plus distincts : “Elles nous aurons bien fait chier pour rien”, “tout ça pour ça” pour parfois mĂŞme glisser carrĂ©ment dans le discrĂ©dit des victimes de viol. Bizarrement la gĂ©nĂ©ralisation que l’on condamnait concernant DSK (tous les hommes ne sont pas de violeurs) fait tranquillement son chemin pour les victimes (une a soit disant menti = elles mentent toutes et en profitent). Â
Et voilĂ que refleurissent les articles de haute volĂ©e sur le viol, la pornographie… A titre d’exemple Slate se demande si le porno tend Ă faire baisser le nombre de viols. Pas de rĂ©ponse mais tout va bien, les choses retrouvent leur place, les hommes restent des crĂ©atures pulsionnels et avides de sexe, en rut constant qui se doivent d’avoir un exutoire. Flatteur pour eux.
Pour rappel il y a encore 75 000 femmes violĂ©es par an en France et moins de 10% osent porter plainte. Alors qu’on ose s’insurger devant la possibilitĂ© d’une erreur judiciaire concernant ce pĂ´Ă´Ă´Ă´vre DSK me fait lĂ©gèrement rire jaune. Proportionnellement, je ne crois pas que ce soit le plus gros problème de justice concernant le viol. Notamment aux EU qui, comme chacun sait, est un pays dans lequel seul un blanc riche et puissant peut ĂŞtre victime d’une machination judiciaire menĂ©e par le lobby des fĂ©ministes poilues (parce que les noirs en prison eux l’ont touuuus bien mĂ©ritĂ©).
Élargissons le sujet aux violences faites aux femmes en général.
Pour tous ceux qui diront que les fĂ©ministes nous ont lavĂ© le cerveau et que le machisme n’existe plus je leur conseille d’aller faire un tour dans les commentaires de Rue 89 qui n’est pourtant pas en soi le mĂ©dia le plus rĂ©ac’ au monde. Je lisais donc un article concernant le rĂ´le du mĂ©decin dans les affaires de violences conjugales et voilĂ ce que je trouve (de bonne foi je n’ai pas cherchĂ© bien loin première page de commentaire).
Attention florilège déconseillé aux âmes sensibles :
“Il doit bien y avoir un truc Ă©volutionniste lĂ -dessous : un type plus violent me tabasse mais aura plus de chance de me protĂ©ger en cas de danger extĂ©rieur que l’artiste sensible et maigrelet”.
“Mais dans une situation oĂą une femme reste avec un type violent, alors qu’elle a la possibilitĂ© de le quitter (rĂ©elle possibilitĂ©, je veux dire, sans perte de revenu, d’emploi, de logement, d’effets personnels..), pourquoi tenir le type responsable de cette situation, si les deux agissent bĂŞtement par instinct?”
“Il y a une responsabilitĂ© pĂ©nale du conjoint tabasseur, mais il y a Ă©galement une responsabilitĂ© circonstancielle de sa compagne qui est aussi la victime de son mauvais choix conjugal”.
Arrrgh !
Mais oui les femmes aiment ĂŞtre dominĂ©es et choisissent des hommes forts et violents ! C’est leur nature, leur “instinct”! Et que dire de cette magnifique invention juridique de la “responsabilitĂ© circonstancielle” ? Il faudrait l’Ă©tendre Ă d’autres domaines : “Accident du travail : le choix de l’employĂ© pour son emploi dangereux et sous payĂ© mis en cause”.
Ben oui on fait tous des choix dans la vie mais malgrĂ© ce que voudraient nous faire croire les tenants du libre arbitre et de la responsabilitĂ© individuelle, ils sont tous plus ou moins conditionnĂ©s par d’autres facteurs. Non l’individu n’est pas toujours libre de ses choix. De partir. De porter plainte. De fuir sa ville, sa vie, ses enfants, son travail. D’entamer une longue procĂ©dure judiciaire. D’affronter les agents d’accueil, les mĂ©decins, les policiers… A croire que certains n’ont jamais entendu parler un minimum de la notion d’engrenage psychologique des violences. Pourtant très Ă©tudiĂ©e dans le cas des violences conjugales.
Une femme sur trois bordel ! Morte tous les jours sous les coups de son conjoint ! Il faut rĂ©affirmer que les violences faites aux femmes sont un flĂ©au social et non le fait de sombres individus ou de mauvais choix. C’est un phĂ©nomène lĂ©gitimĂ© et qui s’appuie sur un système complexe de domination et de valeur. La force et le pouvoir sont encore des valeurs masculines et la soumission une attitude enseignĂ©e aux petites filles dès leur plus jeune âge.
Et qu’on ne vienne pas me sortir la rengaine des hommes battus qui est certes un triste phĂ©nomène mais jamais au grand jamais comparable en nombre (d’autant plus que la majoritĂ© sont victimes de violences rĂ©ciproque ou en lĂ©gitime dĂ©fense) et en mĂ©canisme. Et je sais plus ou moins de quoi je parle travaillant sur ce sujet et sur le terrain. Mais bon tout va bien et certains trouvent mĂŞme le moyen d’utiliser les violences conjugales Ă des fins publicitaires :
Affiche pour un coiffeur “Sois belle/aie bonne allure malgrĂ© tout”
LOL. Backlash donc.
Et que dire du Figaro qui nous sort son dossier sur les “diffĂ©rences entre hommes et femmes” avec une interview dĂ©licieuse du nom moins dĂ©licieux StĂ©phane Clerget intitulĂ© “Il faut sauver les garçons” (hum dĂ©jĂ rien que le titre ça promet !). Rue 89 a fait une rĂ©ponse assez complète (et j’ai pas lu les commentaires cette fois) ; quelques dĂ©tails en plus cependant.
“Parce que l’Ă©cole n’est plus adaptĂ©e aux garçons. Il y a plusieurs explications Ă cela, mais la principale est que le corps enseignant est majoritairement fĂ©minin, surtout dans le primaire et au collège, et les garçons ont du mal Ă s’identifier Ă des « sujets supposĂ©s savoir » (3) fĂ©minins”.
DĂ©solĂ© StĂ©phane il y a des femmes dans la sociĂ©tĂ© et majoritairement dans certains domaines (peu et la plupart du temps ce qui sont moins bien payĂ©s et dĂ©valorisĂ©s d’ailleurs). Donc si je comprends bien l’Ă©cole n’Ă©tant pas adaptĂ© aux garçons car les enseignants Ă©tant majoritairement fĂ©minin doit on en dĂ©duire que la sociĂ©tĂ© en gĂ©nĂ©ral n’est pas adaptĂ©e aux femmes car masculine dans quasiment tous les autres domaines (politique, monde du travail…)?
Mais ça, peu t’importe, ce qui t’importe c’est de sentir le “pouvoir” Ă©chapper aux hommes dans un des rares domaines dans lequel la suprĂ©matie masculine n’est plus tangible (en tout cas dans le nombre de personnes car dans les valeurs vĂ©hiculĂ©es ça reste Ă prouver).
“L’imprĂ©gnation d’hormones mâles sur le fĹ“tus influe sur le cerveau, ce qui explique les diffĂ©rences - certes beaucoup moins nombreuses qu’on ne l’a longtemps cru - entre le cerveau des garçons et celui des filles. Cette imprĂ©gnation hormonale favorise l’agressivitĂ© des garçons, ce qui encouragerait leur esprit cartĂ©sien (…) Les garçons doivent faire plus d’efforts que les filles pour maĂ®triser leur agressivitĂ©, ils sont dans le contrĂ´le permanent, obligĂ©s de se raisonner. C’est aussi la raison pour laquelle ils sont souvent plus obsessionnels.
On sait depuis le Moyen Age que le verbe est fĂ©minin et l’acte, masculin. On sait aussi que les garçons ont statistiquement plus de mal que les filles Ă exprimer leurs Ă©motions, ils sont moins Ă l’aise dans le verbe”.
Ou comment mettre sur le compte des hormones le comportement acquis socialement et en faire une généralité immuable. Un vrai discours essentialiste comme on les aime.
Il faut lire Catherine Vidal. Une vraie neuro chirurgienne qui montre et dĂ©montre sans relâche Ă l’aide du concept de plasticitĂ© cĂ©rĂ©brale que les cerveaux se construisent tout au long de la vie (seules 10% des connexions sont faites Ă la naissance) et que les diffĂ©rences innĂ©es sont minimes. Idem pour les hormones qui jouent certes dans le domaine de la reproduction de façon diffĂ©rente mais c’est tout.
Elle montre aussi que les recherches tendant à prouver le contraire sont surmultipliées et sur-médiatisées sans être les plus sérieuses et les moins biaisées. Les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus ça passe toujours mieux.
“Selon moi, l’enfant pense aussi en fonction de son corps et de sa gĂ©nitalitĂ©. Les filles perçoivent très vite que leur gĂ©nitalitĂ© est Ă l’intĂ©rieur d’elles, c’est-Ă -dire qu’elle auront plus tard un bĂ©bĂ© dans le ventre. Cela ne favorise-t-il pas les activitĂ©s introspectives, l’imaginaire ? Les garçons, eux, rĂ©alisent que leur gĂ©nitalitĂ© est extĂ©rieure. Ils sont plus dans la projection : ils lancent des projectiles, tirent au pistolet ; tandis que les filles, elles, tirent davantage pour ramener Ă elles : elles tirent les cheveux, par exemple. Pour moi, c’est la mĂ©taphore de leur corps sexuĂ©.
Et pourquoi les garçons jouent-ils Ă la guerre et pas les filles ? Lorsqu’ils rĂ©alisent, vers 4 ans, qu’ils ne pourront jamais avoir un bĂ©bĂ© dans leur ventre, qu’il ne pourront pas donner la vie, c’est un drame. Ils dĂ©cident alors de donner la mort, qui est un pouvoir Ă©quivalent Ă celui de donner la vie”.
Mouaha !
LĂ encore très bel exemple de renversement de la logique. Faire croire que les dispositions physiques influent sur la psychĂ© alors mĂŞme qu’on sait maintenant grâce Ă de nombreux travaux anthropologiques (notamment ceux de Françoise HĂ©ritier) que ce type de valeurs et de reprĂ©sentations ont Ă©tĂ© construites et inventĂ©es sous forme de cosmogonie ou de mythologie par les peuples pour instaurer un certain modèle de sociĂ©tĂ©.
Au moins le but avouĂ© est clair : faut-il remettre en cause la mixitĂ© ? Ce serait une mauvaise solution, car la mixitĂ© a d’Ă©normes avantages : elle favorise les liens entre les hommes et les femmes. Mais ce serait mieux que la situation actuelle. Rien que ça. Heureusement il y a la Suède.
Sinon tout va bien dans le meilleur des mondes, les femmes aiment les playboys car leur instinct leur dicte de vouloir ce que les autres femelles veulent (un homme fort et beau avec qui elles pourront procréer), la politique russe se porte mieux que jamais, Axe organise des campagnes toujours aussi classes, et les magazines féminins nous prennent toujours pour des pintades.
P.S : Et comme un post sans une rĂ©fĂ©rence Sex Actu ne serait plus un post, MaĂŻa a justement poussĂ© un bon coup de gueule sur les magazines fĂ©minins et le monde de la mode c’est ici.
P.P.S :Dans un autre style, Lady Gaga est un homme aux MTV Music Awards, on peut en penser ce qu’on veut (qu’elle sait plus quoi faire pour se faire remarquer notamment) mais vu la tĂŞte du public et des journalistes, on peut surtout en dĂ©duire que beaucoup de gens restent perplexes quand on touche aux normes de genre.
(cc) tigerlillyshop
posté le 31/08/2011 | 721 vues | aucun commentaire | tags: backlash retour de bâton différence hommes-femmes Inégalité polémique société feminisme râleuse
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