Le Musée du Quai Branly accueille jusqu’au 2 novembre 2011 une exposition dédiée à la civilisation Maya. Elle a été réalisée en étroite collaboration du Ministère de la Culture et des Sports guatémaltèque ; cette collection appartenant au Musée National d’archéologie et d’ethnologie de la ville de Guatemala.
Présentation générale de l’exposition
Ce n’est pas la première fois que le Quai Branly propose un évènement sur une civilisation précolombienne. Quelques années auparavant, une exposition avait retracé les grandes heures de Teotihuacán. Les cultures mésoaméricaines fascinent aujourd’hui les archéologues. Les Mayas, les Incas et les Aztèques sont les trois cultures qui dominaient l’Amérique centrale avant l’arrivée des premiers colons espagnols au 16 ème siècle.
Si les Aztèques ont rayonné dans le Mexique actuel en bâtissant par exemple la ville de Tenochtitlan (Mexico), les Mayas ont eux influencé la culture guatémaltèque mais aussi l’ensemble de l’Amérique centrale. Ils se sont imposés dans le monde mésoaméricain pendant près d’un millénaire.
Cette exposition revisite les principaux thèmes autour desquels se façonne la vie quotidienne des mayas. La cosmologie (étude du temps et rapport avec les dieux et les astres), les rites funéraires, le commerce, la religion, l’art sont des thèmes largement développés.
Les Mayas et le temps
Ils apportaient une attention particulière au temps. Le temps ne s’écoule pas d’une manière linéaire mais le temps est divisé en cycles. Chaque cycle est clos par une catastrophe. L’arrivée des conquistadors avaient d’ailleurs été annoncée par une prophétie. Encore aujourd’hui la fin du monde annoncée le 21 décembre 2012, correspond à une date importance dans la cosmologie maya.
Ils utilisaient déjà un système calendaire que l’on peut découvrir au cours de l’exposition. Trois calendriers régissaient leur vie quotidienne. L’agriculture, les rites religieux, les fêtes dépendaient du calendrier. Les dieux n’étaient jamais très loin. Tous les évènements étaient liés au culte d’un dieu. Une vidéo interactive nous explique la complexité de la numérologie maya et l’organisation de leur calendrier. Ils ont aussi créé un système chiffré à base de cordelettes. Cette civilisation a donc été novatrice dans le rapport au temps et au réel.
Les mayas et la religion
Pour parler de la religion maya, on parlerait aujourd’hui d’un culte polythéiste. Souvent les dieux disposent d’un rapport privilégié à la nature (la fertilité, l’abondance, la pluie, le Soleil, la Terre…). Ils sont présents à chaque instant de vie des mayas. L’exposition nous présente de nombreux objets funéraires trouvés dans des tombes. La richesse de l’ornement des tombeaux indiquait le niveau social de la personne décédée. Souvent les archéologues ont retrouvé des statues, des bijoux ou encore des vases. Les objets ainsi déterrés sont en très bon état. La plupart sont en céramique.
Les mayas rendaient beaucoup de cultes aux dieux. Les sacrifices les honoraient. Les Espagnols ont considéré ses actes comme des massacres. Les pyramides et le temple du Soleil symbolisent ce lien particulier qu’entretenait l’homme maya aux divinités… Malheureusement l’exposition ne révèle en aucun cas les dessous de ses rites et ne fait que mentionner leur existence sans détailler leur contenu. Tout est lié au divin. L’agriculture ne fait pas exception à cette règle.
L’agriculture
Comme dans de nombreux domaines, les mayas ont été précurseurs dans l’agriculture. Habitués à des terrains montagneux, ils ont utilisé judicieusement le relief pour instaurer une agriculture en terrasse. Selon l’altitude, le degré d’exposition au Soleil, ils choisissaient de planter tels arbres, telles légumineuses. Leur alimentation se composait essentiellement d’avocat, de pois, d’haricots, de fèves. Les rendements de leurs cultures n’étaient pas énormes (agriculture extensive). Leur bétail comptait majoritairement des ovins (moutons…). Les troupeaux se déplaçaient de façon nomade.
Les innovations ont permis à ce peuple de ne pas disparaître totalement car ils ont su s’adapter aux évènements (climatiques, guerres, phénomène d’acculturation…). Ils ont été les premiers à réfléchir à l’irrigation de leur production. Celle-ci s’appuyait sur un système de canaux. Très peu d’objets rappellent l’importance de l’agriculture pour ce peuple indien. Cette réflexion poussée montre que les Mayas étaient un peuple conquérant et commerçant.
Le commerce et les guerres : symboles de la domination maya
La pierre de jade est un des nombreux métaux précieux exportés par les Mayas. Cette pierre précieuse ornait les vêtements des Mayas les plus riches. Mais ils vendaient aussi les excédents agricoles. Ils échangeaient leurs légumineuses et leurs bijoux contre d’autres matières premières. Certaines pierres sont exposées. La présence du commerce et de l’agriculture prouve que la société maya était organisée et structurée autour d’activités à la fois vivrières et marchandes.
Les Mayas ont utilisé la guerre pour soumettre d’autres peuples à leur culte, leurs pratiques, elles ont donc contribué au développement de l’empire. Mais la guerre n’aboutit pas toujours à une victoire. Cette volonté conquérante a conduit les Mayas à leur perte. Des trésors de guerre, des statues, des armes, des masques dépeignent la guerre comme un art. Les mayas accordent une place spécifique à l’art. L’architecture est imprégnée de mysticisme autant que la musique.
L’art maya
La musique est souvent rattachée aux rites religieux ou païens. Les tambours, les flûtes emportaient les Mayas dans une transe. Celle-ci les rapprochait des dieux. L’architecture n’était pas en reste. Des sites archéologiques comme El Mirador sont fouillés depuis le début des années 2000. Les fouilles ont percé une partie des mystères mayas.
L’architecture des maisons, des stèles nous renseignent sur l’origine sociale, tribale du maya qui les possèdait. Selon les matériaux, les couleurs, le style d’écriture, il est possible de dater approximativement l’époque où le monument a été édifié et l’objet créé. Les motifs dessinés sur les vases, les plats dépeignent des scènes traditionnelles et bucoliques. Chaque quartier de ville était occupé par une tribu indienne. Le centre névralgique du pouvoir se situait sur la place centrale.
Ces travaux ont aussi mis en lumière des hiéroglyphes et des glyphes. Ces pierres marquées sont ainsi la preuve que les mayas utilisaient une forme d’écriture pour perpétuer leurs savoirs. Les codex en font d’ailleurs mention. L’artistique et l’esthétique nous indiquent que les mayas avaient le sens du rayonnement culturel et souhaitaient que leur civilisation résiste à tout prix au temps. L’écriture a codifié une partie de la société. La culture maya est donc raffinée et multiple. Cette réalité nous éloigne de l’image que l’on a traditionnellement de ce peuple. Grâce à ces découvertes, les chercheurs, les historiens et les scientifiques cernent mieux cette civilisation millénaire.
Avis personnel :
Cette exposition apporte une vision générale sur la culture maya. Certes il était difficile de parler d’une civilisation millénaire, mais ici trop de thèmes ont été survolés. Pour aller au bout des choses, il aurait fallu développer deux ou trois thèmes et de les décliner sur toute la période. Par exemple, elle aurait pu choisir des thèmes centraux comme la religion, l’organisation sociale ou les rites funéraires.
Pour apprécier l’exposition, il faut déjà disposer de certaines connaissances. Les esprits curieux seront sûrement frustrés de ne pas avoir plus de détails à leur disposition. La variété d’objets est aussi limitée. Certains ne sont pas datés. Évidemment, le travail archéologique s’avère complexe et il n’est pas simple de pouvoir dater des fragments de stèles, de vases ou encore des restes de temple.
Mais du coup, les repères ne cessent d’être brouillés. La colonisation espagnole n’a pas été traitée. Certains éléments font écho à cette période trouble mais ils ne font que l’évoquer. Il manque presque 400 ans d’histoire. On passe de la culture maya ancestrale à la culture guatémaltèque contemporaine.
Pourtant la période sous la domination espagnole est riche et permet de comprendre le syncrétisme (mélange de rites chrétiens et des rituels mayas ancestraux) dont est imprégnée la culture maya d’aujourd’hui. Cette exposition demeure intéressante mais incomplète.
posté le 29/08/2011 | 575 vues | aucun commentaire | tags: musée du quai branly civilisation maya maya de l'aube au crépuscule jess expo
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