Histoires

Décider d’être heureux.

Article sélectionné par Tevouille lors de sa semaine de Rédaction en Chef.

Quand je suis allée au Cambodge, il y a maintenant deux ans, j’ai adoré passer du temps avec mon père pour visiter les grands monuments historiques khmers et l’écouter comme s’il était un guide touristique. Quand nous sommes arrivés à Angkor Wat, le temple d’Angkor le plus connu, je regardais un peu partout autour de moi et papa a pris le temps de me donner une explication pour chaque chose sur laquelle je posais les yeux. A un moment, je regardais les pierres qui pavaient le chemin pour se rendre au temple, et je remarquais que chaque pierre avait trois trous d’environ 5 centimètres de diamètre et assez espacés les uns des autres, mais toujours avec la même symétrie. Il me dit alors que la légende raconte que les hommes qui avaient construit ce temps étaient si forts qu’ils prenaient ces pierres avec trois doigts, comme une boule de bowling, et qu’ils les empilaient comme si elles étaient de vulgaires allumettes.

Décider d’être heureux.Bien sûr, quand j’ai entendu cette histoire, ça m’a fait marrer. J’ai posé ma petite main au milieu des trois trous gigantesques, et je me suis dit que bien sûr, c’était une légende. Il est très difficile de se dire qu’on est capable de tout. Qu’en un seul instant, on peut faire basculer sa propre vie en prenant une décision qui nous était impensable quelques temps auparavant. On se dit qu’on n’est pas capable. Pas capable de trouver l’homme qui correspond à nos idéaux, de trouver un travail bien payé près de chez soi correspondant à notre conception du monde du travail, de partir en voyage alors qu’on n’a pas un rond, d’apprendre une nouvelle langue, d’élever ses enfants, de renouer des liens sains et heureux avec sa famille. De se sortir de la misère. De sortir de chez soi. De survivre. On se dit que nos rêves ne sont pas accessibles, que le bonheur n’est pas pour nous. On se dit que ce qu’on aimerait voir se produire ne l’est pas non plus, en fait. Et finalement, on se dit qu’à quoi bon lutter contre la vie, puisque notre destin est déjà tout tracé et qu’on ne peut rien changer.

Pour ma part, je me suis toujours sentie capable de faire beaucoup de choses, et je n’ai jamais eu très peur d’essayer, puisque j’avais toujours un plan B. C’est la méthode du « toujours s’attendre au pire pour ne jamais être déçu ». Par exemple, je n’avais pas peur de rater mes études, parce que je savais ce que j’allais faire si jamais je les ratais, j’avais un plan de rechange et une idée en tête de ce que j’allais faire après, que mon plan aboutisse ou pas. Et si je ratais mon plan B, j’avais un plan C, et ainsi de suite, et quand le plan Z arrivait, je m’accordais le droit de pleurer un bon coup. Heureusement pour moi, ça n’a jamais été le cas. La faille de cette méthode, c’est que finalement, faire des plans, ce n’est jamais vraiment prendre une décision, et aller jusqu’au bout. On pense toujours au moment où ça va foirer. Dans un coin de notre tête, on ne se dit pas « j’ai une sécurité avec un plan B si jamais ça foire », on se dit plutôt « ça va foirer, alors autant prendre un plan de rechange ». Cette méthode ne laisse pas de place à la réussite de sa décision. Mais par contre, elle m’a toujours laissé m’envahir de peurs et de doutes, et je pense même que je me foirais pour me prouver que ma façon de faire marchait bien. A quoi bon avoir un plan B, finalement, si c’est pour ne pas l’utiliser ? Sans que je m’en rende compte, toute ma méthode n’était plus basée sur la réussite, mais sur l’échec. J’avais un esprit positif et je me disais que de multiplier les échecs m’apprenait quelque chose de positif que je pourrais utiliser plus tard, mais je ne me rendais pas compte que tous mes plans B étaient en réalité des plans A.

Et puis à un moment, on se dit qu’on en a marre de se laisser porter par la vie. Qu’on en a assez de tirer des bonnes conclusions de nos propres échecs. Je me suis dit que j’en avais ras le bol des plans B, ou A, que j’en avais marre des plans. Et de toutes ces lettres qui n’avaient plus aucun sens. Il n’était plus question de sécurité. Il n’était plus question de faire des plans sur la comète, il était question de commencer à relever des défis et d’arrêter de surmonter les difficultés. Je ne suis plus une enfant, et j’ai passé l’âge de faire du vélo avec des stabilisateurs. Je dois prendre le volant. Aller sur l’autoroute de la vie. Parce que finalement, je suis capable de prendre des décisions sans avoir de plan B. Je suis capable de changer de route. Je suis capable de faire se produire ce dont j’ai vraiment envie. Et je suis capable aussi de réaliser mes rêves. Et ce, comme chacun d’entre nous.

Parce que j’ai la conviction que la réussite n’est pas destinée qu’à une élite. Que le bonheur n’est pas un privilège que seuls certains peuvent se payer. Je pense que si une femme amputée des deux jambes peut devenir mannequin, si un aveugle noir dans des États-Unis encore soumis à la ségrégation peut devenir une légende de la musique, si un sourd peut écrire la plus belle symphonie de la musique classique encore à ce jour, si une femme battue et sous l’emprise de son mari peut le quitter et refaire sa carrière de chanteuse à cinquante ans passés, et aussi devenir une des plus grandes chanteuses rock de son époque, et bien d’autres peuvent réaliser leurs rêves, alors tout le monde le peut. Nous ne sommes pas si différents d’eux. Je peux donner des dizaines d’exemples de gens que je connais et qui me sont proches qui ont surmonté des épreuves qui paraissent insurmontables (des cancers, l’autisme, la guerre…) et qui s’en sont sortis avec beaucoup plus de bienfaits que quiconque aurait pu l’imaginer.

Tout ça est bien plus fort qu’une bête confiance en ses propres capacités. Tout ça est bien plus compliqué qu’une putain de posture de yoga et qu’un régime aux graines germées. Il est temps d’arrêter de se limiter et de commencer à avoir la conviction que nous sommes capables de nous rendre heureux. Je sais que c’est difficile. J’ai pris cette décision et je suis pleinement consciente que la vie ressemble parfois beaucoup plus à une tartine de merde qu’à une sucette à la fraise. Il est difficile de se dire que l’on peut réussir, que l’on doit réussir. Qu’on n’a pas le choix. Mais tout est en soi. Bien sûr, je sais que la vie n’est pas une chose que l’on peut maîtriser du début jusqu’à la fin. Je sais qu’on ne peut pas connaître le cours des évènements, à moins d’être extra-lucide. Et ce que je sais aussi, c’est que mes comportements à moi, je les contrôle. Et que chacun est maître de ses propres actions. Que les actions passées ont fait le présent que nous vivons, et que ce sont les actions d’aujourd’hui qui feront le futur que nous vivrons.

Alors je pense qu’il est sérieusement temps de prendre notre vie en main. Décider d’être heureux. Décider que nous sommes capables de tout faire, et que, même en ayant vécu le pire, nous pouvons décider de vivre le meilleur. Je crois sincèrement qu’il est possible pour chacun d’être réellement heureux si on en prend la décision, et qu’on doit se déculpabiliser quand on ne l’est pas, parce qu’on a toujours la possibilité de l’être. Prenons cette possibilité. Prenons-la, et devenons enfin ce que nous voulons être : des gens heureux, des artistes, des plombiers, des bijoutiers, des gens pleins de ressources. Des gens heureux. Et même capables de prendre des blocs de pierre énormes avec trois doigts et de les empiler les uns sur les autres comme des allumettes.

(cc) Camdiluv ♥ AmmyLynn

6 Responses to “Décider d’être heureux.”

  • Ca fait du bien cette touche de positif mais qui n’est pas bisounours non plus parce qu’il met bien en avant le rôle de chacun dans tout ça. Merci Tevouille pour ce petit rayon de soleil.

  • Et bah de rien @TiteProf! Les bisounours, c’est suspect, c’est ontent tout le temps. Personne n’est tout le temps content, a part Mika sous ecstazy.

  • L’une des premières leçons que m’ont apprises mes convictions et la vie, c’est que le bonheur n’est pas le but, mais la voie. Je te citerai encore l’exemple de l’Homme qui a décidé d’être heureux au prix de la sécurité de l’emploi. C’est un risque à prendre, il est énorme dans notre société, mais au moins, il n’est plus aussi renfermé que lorsque je l’ai rencontré.

  • @Storia, effectivement, c’est un parcours ambitieux, et ce n’est pas facile, mais hey, si la vie l’était elle serait vraiment trop chiante.

  • Sublime. Merci beaucoup. Ça, c’est de la très belle ouvrage.

  • Et bien je vous en prie, mademoiselle H! Tout le plaisir est pour moi :)

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