De juin 2008 à janvier 2010, j’ai vécu une parenthèse enchantée qui m’a permis de décomplexer mon amour du jazz, que je cachais comme une maladie honteuse avant que je m’installe à Paris. J’ai pu ainsi découvrir des auteurs comme Boris Vian, Nina Bouraoui, Albert Cohen, Roberto Saviano, Joann Sfar, avec plus ou moins de bonheur.
Depuis avril 2011, j’en vis une autre avec un cinéphile passionné qui cumule en étant fan de prog. Cela donne des débats, des petites explications, des découvertes mutuelles : jamais il n’aurait écouté du Dire Straits sans moi, jamais je n’aurais vu un Lars Von Trier – et reçu une énorme claque émotionnelle – sans lui.
Dans quelle mesure l’amour ouvre-t-il les yeux sur l’autre ? Tombe-t-on amoureux parce que l’autre a les mêmes références culturelles que soi-même ? Ou alors l’amour nous fait-il tout adopter de l’autre ?  S’il y a bien quelque chose qui paraît secondaire, mais qui influe terriblement au final sur le choix de nos partenaires amoureux, c’est bien les références culturelles de chacun.
Personnellement, au départ, je ne suis pas cinéphile. Je préfère en effet les livres à leurs adaptations à l’écran, et je préfère rêver avec des mots qu’avec des images. Et surtout, l’ambiance d’un cinéma accentue ma claustrophobie : l’écran m’oppresse de par sa grandeur, exacerbe mes émotions. C’est pour cela que, la plupart du temps, je pleure au cinéma, ce qui a le don d’énerver l’Homme.
Et pourtant, j’en viens aujourd’hui à attendre avec enthousiasme le dernier Almodovar et le dernier Sorrentino. Non pas que je me force aujourd’hui à aimer tout ce que l’Homme aime, mais juste que l’Homme a su décomplexer une part de moi-même qui n’osait pas aller au cinéma à cause de ma claustrophobie. Juste maintenant, je comprends un peu plus sa démarche personnelle et les références avec lesquelles il compte construire sa vie.
Mais il y a un danger dans le fait d’adopter l’autre à travers ses références culturelles : en effet, on en vient parfois à s’oublier soi-même, ou à se forcer à aimer des choses que l’on détestait au départ. Comprendre l’autre dans sa démarche personnelle ne veut pas forcément dire qu’on ait besoin d’être un pendant mimétique de l’autre. La richesse d’un couple vient aussi du débat que peut représenter une situation : en laissant l’autre aller jusqu’au bout de la démarche, on en vient à se remettre en question et à enrichir sa perception de la situation. Et le débat sur les références culturelles de chacun est un bon exercice pour tester la facilité de compromission dans un couple.
Un couple qui sait se faire côtoyer deux identités culturelles fortes saura se construire dans la durée. Tu n’aimes pas le métal et j’adore ça : cela peut se transformer un petit peu en échappatoire dans la fusion du couple et cela prouve à l’autre que l’on reste unique. Celui qui aime le métal est bien tombé amoureux de l’autre sans pour autant essayer de le convertir à sa passion. L’autre doit tout de même comprendre que la passion pour le métal est non négociable et accepter cet échappatoire. Cela lui permettra de cultiver son jardin secret et enrichir l’autre avec.
Mais pour que cela marche, il faut aussi certaines références culturelles communes. On ne va pas se lancer dans une aventure humaine en étant totalement différent. Il se peut même qu’à force d’argumentations, de débats, on se découvre des valeurs communes avec des identifications culturelles tout à fait différentes. C’est ainsi qu’avec mon meilleur ami, j’ai découvert qu’il défendait les mêmes valeurs que moi, mais qu’il les identifiait à travers Ken le survivant. Personnellement, je n’aurais jamais cru qu’on pouvait identifier le sens du don de soi pour le bonheur des autres à travers un manga d’une violence absolue, mais cela a permis de rapprocher deux êtres pour la vie entière.
L’ouverture culturelle dans un couple ne doit donc pas représenter une appropriation de la vie de l’autre, mais une forme de compromis entre deux identités. Car, malgré tout, il y a tant de manières d’exprimer la même émotion qu’on finit toujours par se retrouver.
(cc) Pulpolux !!!
posté le 09/08/2011 | 808 vues | 4 commentaires | tags: goûts relation Ego trip Culture | une personne a aimé
@Jean-Calin : Et l’illustration d’un propos, ça te dit quelque chose ?
C’est bien là qu’est le noeud du problème, puisque l’illustration du propos n’est pas crédible. Les métalleux, à l’instar des mormons, ne se reproduisent qu’entre eux.
De plus, personne de sensé ne se mettrait en couple avec un(e) fan de métal. C’est faire rentrer Satan dans son intérieur cosy.
True story, mon petit B. Mais si on n’a plus le droit de faire dans la science-fiction pour illustrer des propos réalistes, c’est la porte ouverte à toutes les fenêtres…
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Billevesées, c’est un ramassis de fredaines.
Personne n’adore le métal et le rock prog, à part les sourds.