La cinéphilie, même si le terme est particulièrement galvaudé par l’arrivée des nouvelles technologies dans les foyers, peut débuter par un simple poster de James Dean ou de Marilyn Monroe sur un mur de chambre ; et on ne sait jamais trop où ça s’arrête. Mais on sait que l’on fait partie du sérail le jour où certains titres ou certains noms nous deviennent familiers.
Dans les années 60, la Nouvelle Vague française fonde même un véritable courant idéologique autour de la cinéphilie, avec ses propres codes.
Aujourd’hui, aimer le cinéma a une vocation plus modeste, mais parfois tout aussi passionnée. S’attacher à des stars oubliées, qui ont échappé à la sur-médiatisation. Ne pas hésiter à veiller tard, même en période d’examens, pour suivre le « Ciné-Club » sur Antenne 2 ou le « Cinéma de Minuit » sur FR3. Kiffer un film japonais en N&B sous-titré en anglais. Collectionner tous les articles sur ses acteurs favoris et snober les magazines grand-public en se passant sous le manteau des films inédits en DVD. C’est aussi défendre la « salle obscure » comme seul lieu privilégié du cinéma. Et tenter des trucs parfaitement imbéciles, comme se faire poser les implants de Demi Moore ou la couleur de Rita Hayworth.
Et c’est surtout tomber en pâmoison devant des visages comme ceux de Gene Tierney, un prénom d’homme pour une des actrices les plus célébrées pour sa beauté racée, et dont son rôle-titre dans Laura (1944) d’Otto Preminger fut le terreau de son mythe, sur une mélodie lancinante de David Raskin.
Lors d’une de mes visites à la cinémathèque de Montpellier, je tombe justement sur son autobiographie* (co-écrite à l’âge de cinquante-huit ans avec Mickey Herskowitz, célèbre chroniqueur américain qui a collaboré à de nombreuses autobiographies de célébrités, dont également celle de Bette Davis). Le livre est préfacé par Marie-France Pisier, qui vient de nous quitter à l’âge de soixante-sept ans, ce qui vaut au livre cette mise en avant.
Et, en sincère cinéphile, j’ai eu envie de vous parler de cette star, symbole des amours irrationnels du cinéphile, inconnue du grand public aujourd’hui malgré ses succès de l’époque et qui a laissé son nom à l’une des deux mille étoiles de la célèbre « Walk of Fame » sur Hollywood Boulevard.
A l’instar d’Elizabeth Taylor, Gene Tierney est une véritable figure de l’âge d’Or du cinéma hollywoodien et de l’époque des grands studios, ce qui m’a valu le plaisir de plonger dans une évocation glamour de la vie hollywoodienne des années 40 et 50.
Tout en incarnant une beauté troublante et fragile sans artifice (elle se spécialise dans les rôles de jeunes beautés « exotiques » au début de sa carrière), elle a aussi traversé de nombreuses épreuves dans sa vie personnelle, dont la naissance de sa fille handicapée et de nombreux séjours en hôpitaux psychiatriques, où elle subit, à sa demande, des dizaines d’électrochocs, traitement particulièrement prisé dans les années 50.
La jeune Gene est découverte en 1938 à l’âge de dix-huit ans par le réalisateur Anatole Litvak alors qu’elle visite avec sa famille les studios de la Warner Bros. D’où le titre français de son autobiographie : « Mademoiselle, vous devriez faire du cinéma », phrase couramment utilisée pour appâter les jeunes beautés et renouveler le sérail.D’ailleurs, cette émouvante autobiographie s’en ressent. Le style reste plat : pas de révélations tonitruantes, pas de remarques déplacées sur ses collègues, acteurs et réalisateurs, pas de vie sexuelle débridée (elle prône la virginité avant le mariage), malgré la fréquentation de quelques-uns des grands séducteurs de l’époque, comme Howard Hugues, le célèbre producteur récemment incarné par Leonardo di Caprio (The Aviator), qui tenta en vain de la séduire et qui resta un ami fidèle et généreux, John Fitzgerald Kennedy, jeune capitaine de vaisseau, avant sa rencontre avec Jacqueline Bouvier, ou Ali Khan, playboy international qui venait de divorcer de Rita Hayworth. L’abandon du domicile conjugal par son père et le divorce de ses parents alors qu’elle débute à peine sa carrière la perturbe même à un plus haut point, remettant en cause les valeurs morales qu’on lui a inculquées.


Pendant la seconde guerre mondiale, Gene contracte la rubéole pendant le premier trimestre de sa grossesse à l’Hollywood Canteen, club offrant divertissement et restauration aux militaires de retour de mission et où les starlettes de l’époque travaillent bénévolement. Sa première fille, Daria, nait handicapée mentale, sourde et partiellement aveugle. Elle devra très rapidement la confier à une institution et restera obsédée toute sa vie par la nécessité de subvenir à ses besoins.
En 1961, alors qu’elle entame une nouvelle hospitalisation, elle rencontre un millionnaire texan, W. Howard Lee, ancien mari de Hedy Lamarr (c’est d’ailleurs avec elle que nous le voyons sur la photo ci-contre), magnifique actrice brune de la même époque à qui elle ressemble beaucoup, qui lui apporte enfin la vie paisible à laquelle elle aspire. Elle restera auprès de lui jusqu’à sa mort en 1981 et lui survivra dix ans. Elle finira par décéder d’un emphysème, grave maladie des bronches liée au tabagisme. Gene Tierney, qui prenait son métier très à cœur, commença à beaucoup fumer après son premier film pour rendre sa voix plus grave. Voulant toujours bien faire, elle suivi également toute sa vie un régime recommandé par le Harper’s Bazaar, suite à une réflexion d’un caméraman sur la rondeur de son visage.- Le ciel peut attendre d’Ernst Lubitsch (1943)
- Laura (1944) et Mark Dixon détective (1950), d’Otto Preminger, avec Dana Andrews comme partenaire dans les deux films
- Leave her to heaven (Pêché mortel) (1945) de John Stahl
- Le Château du dragon (1946) et L’Aventure de Mrs Muir (1947) de J.L. Mankiewicz, avec Rex Harrisson.
Elle tourna aussi avec Spencer Tracy et Clark Gable dans des films plus confidentiels.
(1) Mademoiselle, vous devriez faire du cinéma, Gene Tierney (Self-portrait, 1979), Hachette, Paris, 1985, traduction de Françoise Caetano, préface Marie-France Pisier
(2) Artiste : Etienne Daho/ Paroles de « Poppy Gene Tierney »
Swimming, swimming, swimming
Looking for your ship, swimming
Ellen, Laura, Poppy
Laura, Poppy Gene Tierney
Other side of the word
Walking, walking, walking
Looking for your smile, walking
Ellen, Laura, Poppy
Laura, Poppy Gene Tierney
And the screen filled with cold blue eyes
Where you take everything that’s yours
From icy deserts to frozen palaces
From toxic loves in the ShanghaĂŻ hell
Never do I tire of your travel
And then you close your lovely blue eyes
I think of other places and skies
And then you close your lovely blue eyes
And your cold blue eyes
On the screen, there’re your cold blue eyes, cold blue eyes
Ellen, Laura, Poppy, Laura Poppy Gene Tierney
And the screen filled with cold blue eyes
And the screen with cold red lips
From icy deserts to frozen palaces
From toxic loves in the ShanghaĂŻ hell
Never do I tire of your travel
And then you close your lovely blue eyes
I’m in love, I’m in love with Gene Tierney’s eye.
* un quizz sympa sur les grandes actrices de la même époque
posté le 27/06/2011 | 810 vues | aucun commentaire | tags: gene tierney cinéphilie rubrique cinoche t'as vu ta bobine La poupée russe
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