Article sélectionné par Baby Haussmann lors de sa semaine de rédaction en chef
Aujourd’hui, sur Ladies Room, je vous propose de dĂ©jeuner en compagnie d’Isabelle Alonso dont le dernier livre, Sexe: pourquoi on ment, vient de sortir chez PLON. Dans cet abĂ©cĂ©daire du sexe et de la sociĂ©tĂ©, Isabelle remet les pendules Ă l’heure entre le plaisir des uns et les dĂ©sirs des unes.
Elle le fait Ă©galement avec brio chaque soir au théâtre dans Et encore… Je m’retiens !, une pièce dans laquelle elle ne mâche pas ses rĂ©flexions sur l’Ă©pilation du maillot, la paritĂ©, les documentaires animaliers… Passons Ă table…
Chère Isabelle, pas trop peur de ne pas savoir Ă quelle sauce vous allez ĂŞtre mangĂ©e par les lecteurs de l’Escarpin ? (NDLR : Le ThĂ©orème de l’Escarpin est le blog de Flannie.)
Isabelle Alonso : Au contraire… J’adore ! Mangée, et croquée !
En mai a été publié votre dernier livre (chez PLON) « Sexe : pourquoi on ment ». pouvez-vous nous expliquer ce titre ?
IA : L’éditeur, Olivier Orban, voulait le mot « sexe », je voulais le verbe « mentir ». Synthèse des données, résultat !
Si ce dernier livre était un menu, qu’y aurait-il à la carte ?
IA : Que du bon ! Du consistant, du fondant, du gouleyant, du frais, de l’acidulé… Du qui fond dans la bouche, coule dans le gosier, stimule les neurones, fait du bien partout et réconcilie avec la vie.
Au regard de l’actualité et du sujet de votre livre, je me suis demandée ce que vous pensiez de l’impact de l’affaire DSK sur notre pays.
IA : J’espère que ça aura un effet positif, une prise de conscience de l’ampleur, de la gravité et de la banalité du phénomène. Que ça mette de l’oxygène dans la vie des femmes.
Si vous aviez rédigé cet abécédaire quelques temps après, quelles lettres auraient été modifiées ?
IA : Aucune. Mais il est vrai que je peux en réécrire un demain (je le ferai peut être !), puisque je me suis limitée pour celui-ci à une seule entrée par lettre. Il y a tant à dire !
Qu’est-ce qui vous a donné envie de l’écrire ?
IA : Le sentiment d’un profond malentendu sur le rapport des femmes au désir. Ce n’est pas un non-dit, c’est un non-pensé, et ce qui a été dit et écrit l’a été par une parole et une analyse masculines, à côté de la plaque…
Quel a été le déclic ?
IA : L’enquête de 2007 sur la sexualité des Français : selon leurs dires, les hommes auraient en moyenne 12 partenaires sexuelles et les femmes 4. Tout le monde ment, pour des raisons opposées. On ne saurait poser plus clairement la question de la légitimité des uns et des autres, ceux qui soignent leur réputation et celles qui préservent la leur.
Si vous deviez inviter 3 machos à déjeuner, qui seraient-ils ?
IA : Je n’ai aucun penchant pour le masochisme, alors Zemmour, David Douillet et BHL mangeraient entre eux. Mais ils pourraient être beaucoup plus nombreux, une armada médiatique, de Philippe Caubère à Michel Schneider en passant par Robert Badinter, Marcela Iacub (les machas, ça existe !) et tant d’autres !
Que leur cuisineriez-vous ?
IA : Euh… Cuisiner pour des machos ? Science fiction ! Je leur ferais servir de la soupe à la grimace, du potage aux cailloux, du tartare de crapaud au jus de serpillière, le tout arrosé de vinaigre à l’huile de foie de morue… et pas de dessert ! Un menu assorti à leur pensée !
A la lettre I, vous avez comparé Impuissance à Frigidité. Que diriez-vous d’un homme frigide et d’une femme impuissante ?
IA : Le monde à l’envers, qui remplacerait une oppression par son inverse, ne m’intéresse pas. La liberté, la mixité et l’humanisme, voilà qui me convient. C’est plus compliqué, plus subtil, mais c’est meilleur !
Vous jouez également au théâtre en ce moment dans Et encore… Je m’retiens, une pièce mise en scène par Caroline Loeb dans laquelle vous relevez avec malice les inégalités actuelles entre les hommes et les femmes. Vous y dîtes : « dans les hiérarchies du pouvoir, les ovaires, c’est comme l’oxygène, ça se raréfie avec l’altitude. »
Pensez-vous que les affaires actuelles (DSK, Tron…) vont inciter les femmes à se faire entendre au gouvernement et ailleurs ?
IA : Si on prétend vivre en démocratie, il le faut. C’est l’affaire des femmes et aussi de tout homme cohérent.
A quelle sauce définiriez-vous le féminisme au XXIe siècle ?
IA : A une sauce exaltante, épicée, exotique. La plus belle, plus grande et plus large aventure que nous offre l’avenir. La plus riche et la plus significative. Faire un monde meilleur est à notre portée. Ça fait saliver, non ?
Citez-moi un féministe que vous dévoreriez tout cru.
IA : Je ne dévore pas, et encore moins tout crus, mes hommes préférés. Je les savoure comme ils le méritent. Les hommes féministes sont nos compagnons quotidiens. Sans eux, la vie serait dégueulasse. Immangeable.
Quelle est pour vous l’une des plus belles batailles au nom du féminisme ?
IA : Celles qui restent à mener : le partage du pouvoir, le vrai pouvoir, celui de façonner nos vies avec nos propres critères. Historiquement, les femmes n’ont encore jamais rien décidé pour elles-mêmes. Inouï, non ?
La plus futile ?
IA : Il n’y a pas de bataille futile. Sous les détails les plus anodins (la persistance dans les documents administratifs du vocable « Mademoiselle ») se cachent les signes patents de notre infériorisation.
Merci, Isabelle. Un petit café ou on demande l’addition ?
IA : Un café, toujours ! Gourmand, si possible…
posté le 07/06/2011 | 896 vues | aucun commentaire | tags: Isabelle Alonso Scène sexisme spectacle sexualité bouquin
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