musique

Improvisations

Ce jeudi 19 mai 2011, je suis allée voir Jean-François Zygel et Antoine Hervé à l’église Saint-Germain-des-Prés avec Tiny. Ce fut un grand moment de joie partagée : une acoustique pas trop dégueulasse malgré mes craintes, mais surtout l’expression d’une complicité vieille de plus de quarante ans.

ImprovisationsCe Lundi 23 mai 2011, j’étais à attendre mon atelier de batucada à la Blanchisserie de l’hôpital Charles Foix (Ivry/Seine) quand j’entends un tambour. Dans une des pièces voisines du studio, Nono, un de mes mestres, jouait du rebolo et accompagnait de la sorte deux danseurs. Chacun semblait se nourrir de la vibration de l’autre, et ils ont fini par écrire une très belle histoire…

À quelques jours d’intervalle, j’ai donc assisté à deux spectacles d’improvisations où la musique était la partie prenante. J’avais besoin de ces bols d’air pour me rafraîchir un peu les idées. J’ai en effet un peu trop tendance, dernièrement, à me glacer dans des classiques un peu figés. Tout dans mon entourage m’exhorte à la nouveauté, à la redécouverte, à ne plus réfléchir, mais à laisser parler mes sensations les plus intimes… Bref, il me faut redécouvrir la musique dans tout ce qu’elle a de plus créatif.

Je discutais justement dernièrement avec un ami très cher, et nous nous disions : On dirait qu’à partir des années 1980, la musique telle qu’on nous la vend n’a plus cette vigueur de création, que tout est formaté pour l’ « entertainment »… Force est de constater que, si l’improvisation a toujours droit de cité dans l’art, c’est justement pour éviter que l’art ne tombe totalement dans la logique du formatage. Certes, la création in vivo demande une certaine compréhension de l’art et des mécanismes de création, mais c’est une joie renouvelée lorsqu’on assiste à la formation de l’idée à sa source.

Parlons maintenant des deux expériences d’improvisation que je viens de vivre en une semaine :

Deux pianos, mais une seule partition. Jean-François Zygel et Antoine Hervé ont fait leurs gammes ensemble étant petits, mais chacun a pris sa route : l’un vers l’austérité et le classicisme, l’autre vers la folie et le swing. Lorsqu’ils se sont retrouvés en 2007, pour animer un dimanche sur deux Le cabaret de France Musique, leurs jeux d’enfants leur sont revenus à la mémoire. Et ils ont donc décidé de rejouer ensemble, chacun apportant tout ce qu’il avait appris de la vie durant toutes ces années. Cela donne une série de concerts de duettistes où aucune partition n’est autorisée. Ils se disent juste avant : Tiens, ce soir, on improvise sur ça… Et cela peut être une approche nouvelle du morceau, voire quelque chose de totalement inédit…

Ce qui est formidable, c’est que, depuis quatre ans que la formule est proposée, ils n’ont jamais fait deux fois de suite le même concert. Le résultat est extrêmement étonnant, JF assurant les harmonies de base et Antoine la mélodie supérieure. Du point de vue classique, Antoine est le grain de sable qui vient titiller JF dans ses mélopées aériennes. Du point de vue jazz, JF est le big band qui accompagne Antoine. Dans l’attitude de chacun des pianistes, l’antagonisme était également de mise : Antoine, costume blanc, était véritablement libéré de son corps, tandis que JF, tout de noir vêtu, tranchait par son attitude quasi-monacale devant son piano, ne s’autorisant que quelques fantaisies dans son attitude quand l’émotion qu’il ressentait devenait trop forte. Au final, une complémentarité joyeuse, preuve que la musique se fout bien des classements.

Trois corps, mais un seul cœur. Tout a commencé quand, lundi soir, j’ai vu une administratrice du collectif Les Mêmes discuter avec deux personnes que je ne connaissais pas. Il s’avère que c’est un couple de danseurs qui répètent dans les locaux de la Blanchisserie. Tranquillement, je m’installe au studio, et je m’aperçois que d’autres membres de mon orchestre sont dans la grande salle. Je les rejoins, persuadés que c’est eux qui jouent depuis un moment. Et non, ils ne font que discuter. J’entre dans un autre studio, d’où venait le tambour. Et je vois Nono avec son rebolo, comme fasciné par les deux danseurs qui évoluent sur le tapis de danse. Lui-même marquait un rythme assez transcendantal. Tantôt, il accélérait. Tantôt il s’arrêtait.

Les danseurs étaient en parfaite harmonie, ils racontaient une histoire avec leur corps. J’étais notamment émue de voir Nono quasiment sortir de lui-même pour deviner la suite de l’histoire, tandis que la danseuse restait animée par le fil que construisait le musicien. Nono m’a expliqué par la suite qu’il était parfois désarçonné, ne sachant pas parfois si c’était à lui d’intervenir ou à eux d’amorcer l’histoire. En tout cas, le spectacle que j’ai eu à voir m’a permis de me rassurer sur le caractère vital et viscéral de la création et de la rencontre.

L’improvisation peut être l’histoire d’un instant, que l’on oublie très vite. Mais lorsqu’elle est vectrice de rencontre, notamment en musique, ce sont des expériences qui marquent à jamais. 

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