La conquête est une fiction retraçant le parcours politique de Nicolas Sarkozy entre 2002 et 2007. Il s’attache à suivre l’itinéraire de « cet animal politique » qui s’est au fil du temps forgé un destin d’homme d’Etat. Lui qui a toujours rêvé de devenir Président de la République, il l’est depuis le 6 mai 2007. The star is born… The President is born. D’ailleurs il y pensait en se rasant.
La vie de Sarkozy : une télé-réalité ?
Homme de son Ă©poque, il connaĂ®t par cĹ“ur les codes mĂ©diatiques. Il manie d’ailleurs son image avec dextĂ©ritĂ© et s’est donnĂ© et continue Ă se donner en spectacle. Il manipule les mĂ©dias autant que les mĂ©dias le manipulent. Chacun y trouve son compte. Nicolas Sarkozy y trouve une notoriĂ©tĂ© et une existence mĂ©diatique. Quand aux mĂ©dias, ils ont trouvĂ© en Sarkozy un bon client. Il fait vendre et rapporte de l’audience. On pourrait appeler ça « l’aubaine Sarkozy ».
Comme un roman feuilleton, ce film révèle certains épisodes importants de la vie politique de Sarkozy qui l’a mené du ministère de l’Intérieur au perron de l’Elysée. Ainsi nous connaissons la fin de l’Histoire. Tel un empereur, il s’est fait couronner, enfin élire, le 6 mai 2007 ! Certains voient en lui un petit Napoléon quand d’autres parlent de monarchie présidentielle voire d’omniprésidence.
Dans l’histoire, seuls les citoyens peuvent se sentir lésés. Travailler plus pour gagner plus, oui mais la réalité est toute autre. Qu’on n’y ait cru ou pas, il incarnait le changement et la modernité. Il a suscité l’espoir et le renouveau, aujourd’hui il symbolise le désespoir et l’échec d’une politique qui n’a pas porté ses fruits. Il a voulu donner un nouveau souffle à la politique française et la dépoussiérer.
Son destin politique très médiatique a été rattrapé par sa vie privée mouvementée. Mais nous ne sommes pas là pour rentrer dans la chambre à coucher de notre cher président. Pourtant il a partagé son intimité aux yeux de tous. Plus qu’un homme politique, il s’est transformé en « people ».
On dit souvent que la réalité dépasse la fiction mais ici c’est la fiction qui dépasse la réalité. Le film participe donc à la création du «mythe Sarkozy ». D’ailleurs la citation suivante ne fait que renforcer cet aspect : « Je n’ai pas choisi la politique mais c’est la politique qui m’a choisi ». Il ne pouvait donc pas échapper à son destin de président. Ainsi, il se présentait comme l’élu.
La conquête ou comment créer la légende de SarkozyFilm tourné dans le plus grand secret, la Conquête a fait couler beaucoup d’encre bien avant sa sortie. Sa projection à Cannes était attendue par tous. On s’attendait à beaucoup de choses mais peut-être pas à ça. L’attente a fait naître l’espoir. Mais comme dit l’adage « Trop d’espoir tue l’espoir ». A trop en attendre, on finit parfois par être déçu.
Le but n’était pas forcément d’être tranchant ni de se montrer méchant. Il n’était pas non plus de suivre l’opinion publique en proposant un film qui insisterait sur les points négatifs de la personnalité de cet homme politique. Mais il était de nous faire revivre la manière dont il est parvenu au pouvoir. « Je salue la France qui se lève tôt et qui ne demande pas de subventions ». Cette citation montre à quel point il a cherché à rassembler tout le monde. En allant dans une usine il cherchait à convaincre, les ouvriers qui habituellement se tournent plutôt vers la gauche. Elle peut renvoyer donc à la fameuse phrase de Sarkozy : « Travailler plus pour gagner plus »
Entre trahison politique et trahison personnelle, sa réussite n’était pas écrite d’avance et pourtant ce film traduit le contraire. Ainsi il a même su convaincre son pire ennemi Jacques Chirac qu’il était essentiel pour faire gagner la droite en 2007. Ce film tend à le désigner comme le héros. On pourrait considérer cette œuvre comme une chronique épique. A chaque seconde le personnage principal se trouve grandi. Pas à pas il s’affirme, s’affranchit des autres. Puis, il vainc son pire ou ses pires ennemis. Il remporte enfin l’ultime consécration. Sarkozy apparaît comme le héros de sa vie. Aurait-il des pouvoirs comme Superman ? En tout cas il a été là pas forcément où on l’aurait attendu.
Comme tous les hĂ©ros, il a mis ses origines en avant. Cette citation le prouve : « Oui, je suis un enfant d’immigrĂ©, fils d’un Hongrois, petit-fils d’un Grec nĂ© Ă Salonique. » Cet aspect peut nous faire penser au mythe du self-made man amĂ©ricain. Lui aura fait fortune en politique. Dans tous les cas, cette multitude d’origines valorise Sarkozy et traduit la rĂ©ussite d’intĂ©gration de sa famille. En plus ce mĂ©lange permet aussi d’insister sur le fait qu’il est europĂ©en.
Loin d’être le favori, il a su convaincre les plus réticents. Minute après minute, les images se succèdent et participent à la création de la légende finale. La dernière image marque à jamais l’apothéose de ce périple. Elle inscrit ce président dans l’Histoire et sans forcément le vouloir forge sa légende. Le titre de ce film aurait pu être « Je suis une légende » mais il existait déjà malheureusement. Cette fin pourrait servir à établir la propagande pour la prochaine échéance électorale. Mais comme nous sommes en démocratie nous ne pouvons pas parler ainsi. Cette chronique politico- sentimentale paraît malgré tout un peu mélodramatique.
Un mélodrame presque larmoyant
L’intrigue est construite autour du personnage de Cécilia Sarkozy. Cette femme qui a tout sacrifié pour son mari. Ironie de l’histoire, elle a fini par partir avec le publicitaire qui avait façonné l’image médiatique de Sarkozy. « Un mec qui ne peut pas garder sa femme, comme veux-tu qu’il puisse garder la France » Cette phrase prouve à quel point Cécilia a eu de l’impact sur son mari. Mais elle souligne aussi qu’un homme politique ne peut pas gagner sans avoir de femme. Finalement cette anecdote laisse transparaître des relents de machisme. Néanmoins on dit souvent que « derrière les grands hommes, il y a toujours une femme ». Cet angle bien qu’intéressant est trop simpliste. Même si sa vie privée à dicter certaines de ses décisions politiques, il est parvenu à réaliser son rêve.
Cet aspect mĂ©lodramatique correspond Ă l’image de Sarkozy. Le seul problème c’est qu’il n’aide en rien Ă comprendre son itinĂ©raire. En fait il n’amène rien de nouveau. Il vise surtout Ă dĂ©sacraliser Sarkozy. Comme tout homme, il a trompĂ© et s’est fait tromper. Le passage de la rupture semble inutile et larmoyant. Finalement il permet de dire qu’à être trop ambitieux, il a fini par perdre la femme qui l’a conduit au sommet. Ainsi, il montre un homme touchĂ© et blessĂ© dans son amour-propre. Ce dĂ©tail humanise Sarkozy et lui donne presque un rĂ´le de victime. Ainsi pour fixer l’attention du spectateur, il fallait un moment d’Ă©motion. Un peu de larmes fait toujours monter l’audience d’un programme.
Des acteurs au poil
On peut au moins reconnaître que le choix des acteurs a été judicieux. Bernard le Coq interprète avec brio le rôle de Jacques Chirac. Il s’est accaparé les mimiques de ce Président. Sans en faire trop, il incarne avec justesse cet homme politique qui semble dépassé. Le timbre de voix est impeccable.
Mais le meilleur choix reste le rôle de Dominique de Villepin. La ressemblance est frappante. Tout y est. On retrouve la grandeur, son côté gaulliste, sa voix, sa prestance et surtout son caractère un peu revanchard. D’ailleurs on y voit les prémices de l’affaire Clearstream. Tout comme Chirac, il représente une autre France. Malgré tous ses efforts et ses velléités, il n’a pas pu empêcher l’accession de son rival aux responsabilités suprêmes. Il aura tout essayé sans succès. Froid et calculateur, il ressemble vraiment au vrai Dominique de Villepin. Samuel Labarthe a donc frappé fort.
En revanche petite déception en ce qui concerne l’interprétation de Denis Podalydès. Bien qu’il se soit approprié la gestuelle particulière de Nicolas Sarkozy, sa ressemblance physique n’a pas été assez travaillé. Il joue bien quand même mais il manque parfois de panache.
Quant à Florence Pernel, elle a été choisie pour jouer Cécilia Sarkozy. Celle qui est partie pour un coup de cœur est en fait le moteur de l’intrigue. Femme de caractère, elle a participé au succès final de son mari. Sans elle, il y serait surement parvenu mais pas avec la même force.
Patrick Rotman s’est chargé des dialogues et du scénario. Connu pour avoir réalisé des documentaires historiques très pédagogiques, ce film rajoute une corde à son arc. Dommage que l’aspect documentaire n’ait pas été assez mis en avant. Étant une fiction, ce film perd tout son caractère. En même temps ce choix a permis à la production d’assurer ses arrières. Au moins cette réalisation ne fâchera personne. Finalement la Conquête servira peut-être à redorer l’image présidentielle. Malgré tout les spectateurs ne sont pas dupes et sauront faire la part des choses.
posté le 25/05/2011 | 536 vues | aucun commentaire | tags: La conquête nicolas sarkozy jess critique film
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