Au dĂ©part, je ne l’aimais pas trop. Raconter mes problèmes devant un inconnu au visage impassible qui me questionnait d’un ton totalement neutre et indiffĂ©rent, commençait vraiment Ă me dĂ©stabiliser.
Mr psy, il avait des lunettes fines. A chaque fois que j’entrais dans son bureau, il Ă©tait toujours dĂ©jĂ installĂ© sur son fauteuil en faux cuir. Les jambes Ă plat, un bloc note sur ses jambes.
Son physique me dĂ©plaisait. Il avait les cheveux dĂ©sordonnĂ©s, pas du tout entretenus. Ses vĂŞtements… dataient de l’antiquitĂ©. Son look le vieillissait totalement. Ça m’irritait.
Quand j’arrivais, il ne se levait jamais pour me saluer. “Asseyez-vous”, m’ordonnait-il toujours. A ce moment-lĂ , sa voix, d’habitude neutre, me paraissait autoritaire. Pour une raison inconnue, je ne pouvais rien faire d’autre que de lui obĂ©ir docilement. Et ça m’Ă©nervait encore plus. Qui Ă©tait cet inconnu, qui plus est qui bouffait une bonne partie de mon salaire, pour oser me parler ainsi ?
Au bout de cinq sĂ©ances avec lui, je commençais Ă en avoir marre. Pour le lui montrer, je rĂ©pondais Ă ses questions aussi vaguement et brièvement que possible. Je sais c’est bĂŞte : ce n’Ă©tait pas lui qui avait besoin d’aide, mais moi. Mais comprenez-moi… Il m’irritait pour je ne sais quelle raison.
Je me rappelle ce jour. J’avais passĂ© une horrible journĂ©e Ă mon travail. Non seulement ma timiditĂ© absolue me valait de n’avoir parlĂ© Ă personne -Ă se demander Ă quoi servait ce psy pour ne pas avoir rĂ©ussi Ă me changer au bout de tant de temps -, mais en plus mon boss avait passĂ© tout l’après midi Ă me hurler dessus. Alors, quand le soir après le boulot je rencontrait Mr Psy, sur son F-A-U-X fauteuil habituel avec son look habituel de grand-père et son bureau si habituellement morose, ma colère atteint un pic sans prĂ©cĂ©dent. Je ne le saluai mĂŞme pas. J’allai directement m’asseoir, sans mĂŞme lui laisser le temps de me donner son ordre “habituel”. Son visage demeura neutre.
Observer sa chemise à grosses fleurs multicolores, ses mocassins datant du XVème siècle, son journal sur ses jambes et tout le décor qui va avec, ne contribua pas à me calmer.
Je sentais son regard sur moi. Pour le dĂ©fier, je le fixai dans les yeux. Mais lui demeurait impassible. Je n’eus pas la force de le soutenir et je dĂ©tournai donc les yeux. C’est bon, il avait gagnĂ©…
- J’ai passĂ© une horrible journĂ©e, lui dis-je. D’autant plus horrible que je commence vraiment Ă me demander Ă quoi vous me servez.Mr Psy sourit. Pour la première fois, son visage d’habitude impassible, laissa passer une trace d’Ă©motion. Mon cĹ“ur bondit. Ce fut comme un choc Ă©lectrique. Ma surprise Ă©tait immense. Il dĂ©posa son bloc-notes et son stylo sur la table basse qui Ă©tait Ă cĂ´tĂ© de son fauteuil, et croisa les jambes en s’installant encore plus confortablement.
Mes mains devenaient moites, et je commençais à trembler.
- Je vois que vous n’ĂŞtes pas un… extra-terrestre, dis-je d’un ton incertain, pour cacher l’Ă©trange gĂŞne qui naissait en moi.
- Et pourquoi cela ? me demanda t-il.
Sa voix, pour une raison incertaine, provoqua des étincelles en moi. Elle avait quelque chose de différent.
-Eh bien… je commençais Ă me demander si… Si ça valait vraiment le coup de dĂ©penser une aussi grosse somme d’argent sur une statue vivante.
Je ne sais pas ce qui me prit. Les mots sortirent d’eux-mĂŞme.
- ĂŠtes vous vraiment psy ? Parce que vous ne m’avez pas apportĂ© grand chose depuis. Et puis… C’est quoi cette tenue ? Avec tout l’argent que vous gagnez vous pouvez au moins essayer de faire plaisir au paysage visuel des gens.
Mr Psy sourit de plus belle. Qu’avait-il donc aujourd’hui ? Il se leva et s’approcha. Il mit les mains sur les accoudoirs de mon fauteuil, et planta son regard dans mes yeux. Il Ă©tait trop proche. Mon souffle s’accĂ©lĂ©ra. J’avais comme une boule dans la gorge. Je me redressai dans le fauteuil, cherchant une issue. Mais il n’y en avait aucune. D’une main, Mr Psy se mit Ă effleurer mes cheveux. Puis il joua avec mes pointes. Enfin, il se mit Ă me caresser le visage du bout des doigts. Ses doigts progressèrent jusqu’Ă mes lèvres, sur lesquelles ils s’attardèrent.
J’Ă©tais pĂ©trifiĂ©e. Je n’osais pas rĂ©agir. Mr Psy sourit, comme pour me dire qu’il s’en Ă©tait rendu compte. Puis il dĂ©posa un baiser sur mes lèvres, avant de dire :
- Eh bien mademoiselle, je crois que nous pouvons enfin commencer. Rendez-vous ici demain Ă la mĂŞme heure.
 A suivre…
(cc) Josh Liba
posté le 14/05/2011 | 949 vues | 3 commentaires | tags: londi_miel personnage analyse anecdote psy
Imaginer ce genre de chose, ça s’appelle le tranfert. De la part du patient, c’est normal. Si le psy joue ce genre de jeu, par contre, il faut fuir.
Cette fiction est très bien Ă©crite et prenante, mais en tant que patiente assidue, tout comme Anna, je tiens Ă rappeler que ce genre de “dĂ©rapage” est totalement proscrit dans un relation patient-psy. Sans le baiser, tout Ă©tait parfaitement ad-hoc.
Donc attention, dans la rĂ©alitĂ©, il faut fuir et prĂ©venir le Conseil de l’Ordre.
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