Comme beaucoup de gens, j’aime les chaussures. Comme moins de gens, je les aime colorées et confortables. J’aime celles qui permettent de faire des kilomètres sans se plaindre, sur bitume, béton ou les pavés disjoints des vieilles rues. J’aime celles qui piquent les yeux et sont assorties à ma jupe vert fluo. 
Du coup, quand j’ai découvert la marque “Eject”, en Allemagne, mon sang n’a fait qu’un tour et ma carte bleue est entrée dans une apnée nerveuse. Mais en apprenant que cette marque était portugaise, je me suis raisonnée : la France était clairement sur le trajet Portugal-Allemagne, j’allais donc trouver ces chaussures en France.
Malheureusement, à Paris, je n’ai trouvé aucun distributeur de cette marque (ou alors les magasins s’étaient cotisés pour organiser un casting des trois paires qui me plaisaient le moins dans la collection).
Quand il s’agit d’un achat de chaussures, je prends toujours mon temps. J’ai donc décidé qu’un jour j’irai au Portugal pour acheter ces chaussures. Deux ans après, j’avais un peu de temps pour voyager : c’était le moment. Et puis, tant qu’à faire d’y aller, pourquoi ne pas aller voir l’usine, prendre des photos, embarquer ma curiosité dans ce voyage à forte connotation mercantile ?
J’ai envoyé un mail au service communication de l’entreprise. Qui m’a répondu qu’ils étaient tout à fait disposés à m’accueillir pour que je puisse prendre les photos que je voulais. Joie. Dans la demi-heure, j’avais mes billets d’avion aller-retour pour découvrir le pays (et pas seulement acheter mes chaussures) : un voyage du sud au nord, de Lisbonne à Porto, l’usine de chaussures se trouvant au nord-est de Porto. Je ne savais pas encore comment, mais j’étais sûre d’y aller. Mon voyage fut excellent : il ferait même l’objet d’un autre article si j’avais le temps et le courage d’écrire tous les trucs que je trouve merveilleux sur Terre, au lieu de perdre des journées à me plaindre du reste…
L’usine se trouve dans un petit village de moyenne montagne : Felgueiras. Sympathique petite bourgade au demeurant, uniquement accessible par bus (mais j’étais motivée). De plus, j’étais accueillie par des gens avenants comme c’est pas permis, très contents mais surpris que j’ai visé leur village (peu savaient qu’il y avait une usine de chaussures dedans - et quand bien même, il leur semblait bizarre de traverser un gros bout de l’Europe rien que pour se chausser).
A mon arrivée, le responsable com’ de l’entreprise a fait son boulot très bien. C’est à dire que non seulement il a répondu à toutes mes questions, mais en plus il m’a montré des tas de chaussures de rêve, m’a emmenée visiter l’unité de fabrication… et m’a achevée en m’indiquant comment rejoindre le magasin d’usine à la sortie. J’ai donc pu visiter une usine de chaussures en Europe, donc pas encore délocalisée (YEAH Portugal YEAH), qui fabrique tout, de la semelle en cuir sans traitement chimique à la kyrielle de petites fantaisies en coton parsemées à la surface.
“Eject” a gagné plusieurs prix d’innovation technique pour les procédés de fabrication. J’ai pu voir la machine à découper les morceaux de cuir qui seront ensuite assemblés, les batteries de machines à coudre et les rubans multicolores, les boutons à ajouter, ainsi que les modèles de pieds en bois sur lesquels sont moulés les modèles. Cela constituait une première pour moi.
J’ai même vu la nouvelle collection 2012, dont je n’ai pas le droit de parler (haha). Je peux juste dire qu’elle inclut des chaussettes en plus des chaussures bariolées et originales qui font déjà le renom de la marque. Et pour ceux qui préfèreraient les plus classiques, la marque “Prophecy” est plus sage - vous aurez compris que ce genre de chaussures m’attire moins, mais comme je ne suis pas sectaire, vous avez droit au site web quand même.
Au rayon chiffres, les marques “Eject” et “Prophecy” tabassent méchamment puisque pas moins de 5 usines produisent leurs chaussures, ce qui fait 1000 paires par jour, soit environ 220 000 paires par an !
Le problème, c’est que pour être en accord avec les normes européennes, les matériaux et procédés de fabrication doivent être très cadrés, ce qui coûte cher (mais garantit la qualité du produit aussi, je ne vais pas m’en plaindre). Le prix d’une paire est donc assez élevé et le marché est surtout de la vente par correspondance à l’international (28 pays, wow ça calme pour une usine installée dans un petit village). L’Allemagne est leur premier client, la France est en second, puis la Scandinavie, le Japon, le Canada…
En France, ces chaussures sont surtout vendues dans les îles ou sur la côte, moins à Paris, comme le montre le nombre de magasins (140 magasins en France, 2 à Paris). Pas assez sérieuses peut-être ? Peut-être même trop confortables ? “Eject” se place en effet entre les chaussures orthopédiques (au look assez particulier) et celles de sport : elles ont donc rarement des talons aiguille et ce sont de vrais chaussons à l’intérieur.
Elles sont faites à la commande, en une petite semaine, puis envoyées. Paf. Vous changez d’avis ? Pas de problème, vous les renvoyez et elles sont remboursées sans frais. Attention, les collections sur Internet sont limitées et les modèles sont différents en magasins… Vous pouvez donc être assurée de l’originalité (en plus du confort) de vos pieds ! Il leur arrive même de faire du sur-mesure (que celle qui n’a jamais fait un 38 en longueur mais un 39 en largeur au pied droit me jette la première tong).
J’étais comme une gamine lâchée dans une pâtisserie quand se sont ouvertes devant moi les portes du Show-room. J’en suis repartie heureuse et bien chaussée, et en plus il a fait beau. Que du bonheur. Rendez-vous sur www.eject-shoes.com pour votre première commande (je ne suis pas actionnaire, j’ai un vrai métier chiant), ou bien prenez le bus pour Felgueiras !
posté le 11/05/2011 | 1058 vues | 2 commentaires | tags: usine eject cuir portugal visite couleur chaussures Formes Ego trip
Salut :-) je connais Camper, j’ai des baskets avec un colibris sur une marguerite, il n’y a qu’eux pour faire des trucs pareils ! Mais ils se sont assagis pour les couleurs dernièrement, dommage… y’a aussi la marque dkode ou tout plein d’autres, que je garde secrètes… pour l’instant.
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je crois qu’on partage les mêmes goûts en chaussures… j’imagine du coup que tu connais la marque camper, qui est espagnole quant à elle. je vais zieuter leur site… mmmh