Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

20. mai 2013

Mot de passe oublié

La poupee russe

Confession d’une accro à la médecine esthétique

Alors que ma copine Plipli découvre la face cachée de la lutte contre le capiton, je dois faire mon coming out esthétique. J’ai commencé ce texte il y a déjà plusieurs mois, mais je préférais avoir pris un peu de recul par rapport à mon expérience pour le finaliser.

accro.jpgFinalement un article dans le « 20 Minutes » du 10 avril dernier m’a décidé à le mettre en ligne, pour me permettre de rebondir sur l’annonce par le Ministère de la Santé de la publication dans les prochains jours d’un décret visant justement à encadrer les pratiques de médecine esthétique et plus particulièrement la lipolyse ou lyse adipocytaire.

C’est un procédé qui consiste à injecter un liquide (sérum ou autre) dans le tissu adipeux des zones à traiter (cuisses, fesses, ventre, etc.) qui « dilue » les cellules adipeuses. La lipolyse peut également se faire de manière non invasive, grâce à des ultrasons focalisés, laser, infrarouge… en association avec des massages. Cette technique s’est largement répandue ces dernières années grâce à un coût bien moins onéreux que la liposuccion, de 300 à 600 € la séance contre 2.000 à 10.000 € pour une intervention de chirurgie plastique.

Elle se rencontre sous couvert de diverses appellations comme la lipotomie, la mésothérapie, la medisculpture, la morpholiposculpture, l’ultrashape, l’hypodermologie, …notamment pratiquées par les instituts de beauté ou les kinés.

Je tombe un peu des nues : il y a encore quelques semaines, un grand site d’achat groupé faisait une proposition de séances dans un institut parisien. Un peu risqué quand on sait que le décret était déjà sur le feu depuis un moment… A l’origine de mon article, je voulais apporter une réponse à Johanna qui s’interrogeait sur les « petits arrangements » avec l’âge et sur le maquillage permanent, et, par extension, à toutes les filles qui s’interrogent sur l’esthétique.

Je suis une zappeuse, je suis une testeuse, je suis une véritable consommatrice de cosmétiques. Comme nous toutes, j’ai commencé à l’adolescence par religieusement collectionner les échantillons qui m’étaient remis à la fin de chaque descente chez Sephora ou Parashop. Mais contrairement à certaines de mes copines plus conservatrices que les numismates ou les philatélistes les plus aguerris, je les ai toujours essayés avec avidité, ayant ainsi accès à des marques et des produits largement au-dessus de mes moyens et, avec le temps, prenant goût à ce que certains pourraient appeler une attention particulièrement égocentrique.

Avec le temps, je me suis constituée une trousse de produits fétiches qui ne me quitte plus : le baume Lèvres de miel de Nuxe, la Touche Éclat de Yves Saint Laurent, le gel douche amande de Rogé Cavaillès, le gel buste de Biotherm, la crème abricot pour les ongles de Christian Dior… Quelques beaux produits de marque, mais qui sont loin de représenter ma ligne de conduite en achats de produits. Parce que je dépense aussi dans les services esthétiques.

Comment tout cela a-t-il commencé ? Comme vous le verrez dans ma nouvelle rubrique, j’ai été nourrie aux vieux films noirs américains et j’ai fait très jeune une fixation sur les sourcils des actrices des années trente et quarante, ce qui explique mon choix pour l’article de Scarlett Casati pendant ma semaine de rédaction en chef. J’ai donc pratiqué très tôt le maquillage permanent (qui ne l’est que dans l’appellation) chez Carole Franck, une des pionnières en France de la méthode, puis auprès de différents instituts, la pratique s’étant généralisée et les prix s’étant tassés.

Quelques années et quelques abonnements en salle de gym partiellement amortis plus tard…

Mince pendant longtemps, j’ai commencé à m’empâter passés trente cinq ans et je suis comme la plupart des filles encline à la rétention d’eau et donc à la cellulite. J’ai alors craqué pour le Cellu M6 ou endermologie, le palper-rouler mécanique, qui désengorge les tissus « sans douleur ». Pour ne pas être en reste, j’ai aussi testé le Cellu M6 visage, pour stimuler la production de collagène et retarder le vieillissement de la peau. Tout cela chez mon esthéticienne.

Frisant les 38 ans, j’ai en effet commencé à m’intéresser aux techniques de « rajeunissement ». Il faut savoir que la prévention est la meilleure des armes pour ne pas avoir à se lancer dans des travaux d’envergure (la chirurgie !) la cinquantaine sonnée. Farfallegirl nous en donne déjà un aperçu :

- démaquillage obligatoire, d’autant plus en zones urbaines, même si vous ne vous maquillez pas ;

- application de crèmes ciblées (contour des yeux, crème de nuit) dès 25-30 ans ;

- protection solaire en toute saison ;

- soins réguliers chez l’esthéticienne, notamment nettoyage de peau ;

Et carte d’abonnement chez un médecin esthétique.

Qui sont les médecins esthétiques ?

En règle générale, des généralistes ou des dermatologues qui ont suivi des formations spécifiques à la lutte contre le vieillissement de la peau et qui, dans le meilleur des cas, adhèrent à des groupes associatifs. A Montpellier, à la fois mon ophtalmo et ma gynécologue proposent, parallèlement à leur activité principale, des services de rajeunissement, principalement des injections.

Suis-je une addict ?

Pour moi, c’est une question d’ »hygiène ». Comme se laver les dents. Aller chez le coiffeur. Faire régulièrement son épilation maillot, même quand on n’a pas de petit ami. Je m’autorise une série de soins par an, car une séance isolée ne sert strictement à rien. Pour le visage, je n’ai commencé qu’après mes trente ans, notamment parce que je sortais beaucoup et subissait un tabagisme passif non négligeable. Je ne me suis jamais sentie l’otage d’une société de l’image.

Avant le cellu M6 visage, parce que le monde moderne est source de beaucoup de tracas, en particulier pour les blondes, j’avais déjà testé une séance de botox ou toxine botulique. Après deux jours de tension dans le front (comme un très léger mal de crâne), j’ai pu en effet constater l’effet magique du produit par la paralysie des muscles. C’était à son arrivée en France début 2003 et à l’écoute de nombreux publi-reportages.

Depuis, je n’ai pas réitéré : le prix d’une injection, c’est-à-dire d’une seringue, se compte entre 300 et 400€, trop cher pour mon budget, et vous savez qu’elle doit être renouvelée une à deux fois par an. Mais je me réserve le droit d’y revenir peut-être plus tard.

Après cette expérience qui date d’il y a quelques années, je suis plus récemment passée à la Lumière Pulsée, qui est à la fois utilisée pour l’épilation définitive et le rajeunissement du visage. C’est une technique d’émission de lumière à une très forte intensité et par très brèves impulsions. La durée de ces impulsions est de l’ordre de quelques millisecondes. La Lumière Pulsée, par son spectre étendu, est donc une technologie adaptée à plusieurs applications et plusieurs types de peaux. Et d’une utilisation beaucoup plus aisée que le Laser avec des résultats souvent meilleurs. Elle permet ainsi de restaurer l’éclat, la tonicité et la souplesse de la peau en lui donnant un véritable coup de jeune.

Il ne faut pas s’attendre à un changement transcendantal : on est plus fraîche, moins fatiguée, mais ça c’est déjà pas mal à mon âge et après plusieurs années à avoir écumé des lieux de perdition et ça ne modifie en rien l’expression du visage. Je me suis donc sentie particulièrement concernée quand j’ai appris que la lipolyse présenterait un “danger grave” pour la santé, justifiant son interdiction selon la Haute Autorité de la Santé, organisme public indépendant à caractère scientifique créé en 2004. Pour les techniques utilisant les ultrasons ou le laser, pas d’effet secondaire observé mais une « suspicion de danger grave ». Les médecins s’inquièteraient en effet des conditions de réalisation, la formation du personnel et l’homologation du matériel.

Ce qui est vraiment problématique avec ce décret, c’est qu’au lieu d’encadrer ces différentes pratiques de médecine esthétique en légiférant sur les diplômes (les DU et DIU actuels restent incomplets, avec un volet pratique insuffisant) et les protocoles (autorisation de mise sur le marché des produits injectés et environnement adapté), on les interdit purement et simplement, ce qui entérine la théorie d’une volonté de main mise des chirurgiens esthétiques sur les marchés de la minceur et de la beauté, juste avant l’arrivée des beaux jours.

Car la médecine esthétique est plus qu’un simple succédané de la chirurgie, elle en est une véritable alternative : by-bye l’anesthésie générale ou locale et ses risques (non négligeables), l’hospitalisation et les devis de plusieurs milliers d’euros. La beauté et la minceur à portée de (quasiment) toutes les bourses.

L’étude de quarante neuf pages, qui date de décembre 2010, avec la collaboration de représentants de médecine et de chirurgie esthétiques, et de dermatologues, se base sur des données issues de la littérature scientifique et de rapports de sinistralité des compagnies d’assurance. Données transmises par le demandeur (que je n’ai pu identifier) de l’étude. La recherche a porté sur la période de décembre 2004 à décembre 2009, une veille a été réalisée jusqu’en septembre 2010. Un questionnaire a également été renvoyé par onze professionnels sur vingt interrogés ! Les résultats dénoncent des « complications graves » pour vingt-trois patients (pour une population globale inconnue) ayant eu recours à des injections de solutions, une intervention chirurgicale ayant été nécessaire pour dix d’entre eux.

Face à des échantillons aussi ridiculement faibles, on peut également reprocher à cette étude son absence de parallèle avec la chirurgie sur le même type d’opérations, alors que les accidents de liposuccion sont loin d’être négligeables (mais impossible de trouver des statistiques). Mais bien sur c’est toujours vingt-trois victimes de trop.

Pour moi, il ne s’agit pas d’un énième discours sur la dictature de la minceur ou de la beauté, mais d’une question de santé, et aussi de lobbying. Aucune pratique n’est sans risque : le marché de la médecine esthétique a explosé ces dernières années dans une anarchie totale. Si la démarche de l’HAS est une conséquence logique et bénéfique, il est dommage que ne soient pas plus pointées du doigt les dérapages de la chirurgie (en dehors des émissions de télé) : délocalisation hors CE, manque de statistiques, … De mon côté, toujours à l’affût de nouveautés, mais avec circonspection.

(cc) by Janine

 

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Alors que le 11 Avril 2011, le ministère de la santé publiait un décret visant l’interdiction de la lipolyse suite au rapport rendu par la HAS (Haute Autorité de la Santé), ce décret est finalement suspendu par le juge des référés du Conseil d’Etat, via une ordonnance rendue le 17 Juin 2011. Il s’agit donc d’une annulation provisoire qui pourrait aboutir à une annulation définitive après jugement. Les techniques de lipolyse, dont la lipocavitation fait partie, sont donc de nouveau autorisées.


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