Hier, avait lieu une soirĂ©e exceptionnelle au Festival de Films de Femmes Ă la Maison des Arts de CrĂ©teil : La performance “Scum” de Catherine Corringer et la projection de “Mutantes” Film documentaire rĂ©alisĂ© par Virginie Despentes.
20h30, commence, dans une salle dont le nombre de spectateurs est restreint (70 personnes) crĂ©ant ainsi une certaine intimitĂ©, “Scum”. Cette performance trouve son origine dans “Scum Manifesto“, cĂ©lèbre pamphlet Ă©crit par ValĂ©rie Solanas, fĂ©ministe amĂ©ricaine.Vous avez d’ailleurs pu lire sur un petit Ă©criteau (pour celles qui ont Ă©tĂ© Ă l’exposition “elles@pompidou” du Centre Ă©ponyme) un extrait de ce texte : “Le mâle est un accident biologique ; le gène Y (mâle) n’est qu’un gène X (femelle) incomplet, une sĂ©rie incomplète de chromosomes. En d’autres termes, l’homme est une femme manquĂ©e, une fausse couche ambulante, un avorton congĂ©nital. ĂŠtre homme c’est avoir quelque chose en moins, c’est avoir une sensibilitĂ© limitĂ©e. La virilitĂ© est une dĂ©ficience organique, et les hommes sont des ĂŞtres affectivement infirmes…“.
Le texte est rĂ©citĂ© sur une bande audio dont la voix a subi des dĂ©formations, ponctuĂ©e d’Ă©clats de rires ou de slogans scandĂ©s. En parallèle, Catherine Corringer utilise son corps accessoirisĂ©, mettant en scène des jouets (une poupĂ©e Barbie, une autre poupĂ©e mâle, un char militaire, tous customisĂ©s) faisant office de mĂ©taphore.
Une performance qui peut ĂŞtre mal interprĂ©tĂ©e. En effet, il est, Ă mon avis, obligatoire de connaĂ®tre le phĂ©nomène Solanas avant de pouvoir Ă©mettre un avis objectif. Son Ă©crit est un pamphlet qui met Ă mal les mĂ©canismes des rapports hommes/femmes dans la sociĂ©tĂ©, surtout en ce qui concerne la domination masculine. Bien qu’Ă©crit en 1968, il est toujours d’actualitĂ©. Excessif, il s’agit lĂ de dĂ©crypter le message et non de s’emporter contre la violence des propos dĂ©bitĂ©s.
22h30, c’est au tour de “Mutantes” de Virginie Despentes de jouer les vedettes. Ce film documentaire est une cartographie du fĂ©minisme porno punk de la fin des annĂ©es 70 Ă aujourd’hui. Riche en rĂ©fĂ©rences : livres, films, auteures, performances, activistes prosexe, rĂ©alisatrices… français, espagnols, amĂ©ricains… “Mutantes” a provoquĂ© dans le public (majoritairement fĂ©minin) des applaudissements et Ă©clats de rires tout au long de sa projection.
La projection finie s’ensuivait un dĂ©bat, que je n’ai pas suivi, avec Virginie Despentes et Catherine Corringer. Le dĂ©bat, je l’ai eu avec ma moitiĂ©. Son avis donnĂ©, j’Ă©tais amenĂ©e aux rĂ©flexions suivantes.
Le fossĂ© se creuse entre les fĂ©ministes prosexe et les fĂ©ministes abolitionnistes. J’ai l’impression que deux camps se sont formĂ©s : d’un cĂ´tĂ© les lesbiennes, trans, gouines, queers, pansexuelles qui se retrouvent dans le discours fĂ©ministe prosexe et de l’autre les hĂ©tĂ©rosexuelles dans le camp des fĂ©ministes abolitionnistes. Le problème ? C’est qu’en tant que fĂ©ministe prosexe majoritairement hĂ©tĂ©rosexuelle, on ne se retrouve ni dans l’un ou l’autre camp.
Je dĂ©plore de constater dans “Mutantes” que peu de fĂ©ministes prosexe hĂ©tĂ©rosexuelles tĂ©moignent. Pourquoi ? Parce qu’il y en a peu, surtout en France. Aujourd’hui, beaucoup de femmes fĂ©ministes, prosexe et hĂ©tĂ©rosexuelles ne trouvent pas de modèle ou d’inspiration en quelques icĂ´ne reprĂ©sentatives de leurs attentes et leur courant de pensĂ©es. Certes, on s’y retrouve plus dans “Mutantes” que dans l’association “Ni putes, ni soumises“.
Il ne me semble pas incompatible d’ĂŞtre hĂ©tĂ©rosexuelle et prosexe. Cependant, plus que la communautĂ© Lesbiennes & Trans, les hĂ©tĂ©ros doivent faire face directement aux critiques des hommes et se battre de front contre le schĂ©ma traditionnel du couple et tout ce qu’il implique implicitement. Quand celles-ci seront plus visibles et se manifesteront, elles donneront un sacrĂ© coup de pouce au travail dĂ©jĂ rĂ©alisĂ© par la communautĂ© Lesbiennes & Trans.
Le tapis rouge nous est dĂ©jĂ dĂ©roulĂ©, il ne reste plus qu’Ă marcher dans les traces de nos aĂ®nĂ©es et de nos amiEs. Qu’attendons-nous ?
posté le 03/04/2011 | 737 vues | aucun commentaire | tags: mutantes manifesto pro solanas scum corringer despentes pheno feminisme sexe
NB : Avant de commenter, rendez-vous sur la charte des commentaires
Vous devez vous identifier pour pouvoir laisser un commentaire.
Belles et Rebelles Retrouvez le dernier édito de Laurie pour sa semaine de rédac' chef, une spéciale rébellion !
Some kind of unreal music #17 : Nécrologies Petit retour sur les carrières de deux figures emblématique de la musique.
Doc BBC #18 : Boenbotte, un ami qui nous veut du bien… Docteur Britbrit Chérie remonte les bretelles d'une Lady et vole à la rescousse de Boenbotte !
J'en ai tellement entendu parler que je voulais voir ça par moi-même. Je parle de Paulette, bien sûr, le magazine communautaire lancé par Irène Olczak. En 2010, c'était la version web, puis plus...
Bref, programme court ou shortcom, est diffusée sur l’antenne de Canal + depuis septembre 2011. Ce n’est pas la première série de ce genre. Un gars une fille avait aussi eu un grand succès...
Ce jour-là , j'avais mis trois heures à me préparer pour le concert qui m'attendait et j'ai bien fait. Habituée des petits concerts de ma ville, frêle esquif aimant la bière, j'étais encore une fois parée...
Parfois, je me sens proche des idées de Brigitte Bardot. Je ne parle pas de cette obsession pour la choucroute ou l’aigreur haineuse, mais plutôt de la croyance en un monde animal...
C’est sous la pluie battante que je le regarde partir, la nuit tombe doucement ce soir, timidement. Dois-je le rattraper pour lui dire ce que je ressens ou laisser faire la vie qui peut-être le ramènera à moi ? Je n’ai pas le courage...
Travaillant depuis peu dans le domaine du droit, une collègue m'a conseillé de lire le roman d'Autres vies que la mienne d'Emmanuel Carrère afin de mieux appréhender le monde de la jurisprudence...