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Chapitre 1 . Le Cimetière

Article sélectionné par Laurie lors de sa semaine de rédac’ chef ! 

Ce matin là, le ciel était sombre comme l’œuvre de Shi-ito. Les nuages avaient la couleur de l’encre de Chine et ils semblaient dégorger sur ce tableau morose à la manière de l’aquarelle. Droite comme un « i », les jambes tendues et la tête penchée, Mastéma ne cessait d’observer les fleurs de mauvais goût qui ornaient le cercueil.

Chapitre 1 . Le CimetièreElle sentit une douleur le long de sa colonne vertébrale car la position dans laquelle elle se trouvait était inconfortable. Elle massa doucement sa nuque et son attention se porta sur ses talons aiguilles qui s’enfonçaient dans la terre molle. Elle avait cette désagréable impression de se faire engloutir par le sol. Une pluie fine se mit alors à tomber.

Elle ajusta son grand chapeau noir et pressa son écharpe contre son visage. Elle n’écoutait plus le prêtre depuis une bonne heure déjà, il semblait s’éterniser dans ses prières divines. Combien de temps encore allait-il glorifier la puissance et la bonté de l’Eternel alors qu’il n’avait laissé aucune échappatoire à Pétra ?

La pluie se mit à tomber de plus belle, noircissant un ciel déjà sombre. Elle leva les yeux dans la crainte d’y apercevoir des Gouverneurs, anges-soldats de l’armée de Dieu, les plus sanguinaires, mais aucune aile ne se montra. Leur guerre allait bientôt commencer, il ne lui manquait que quelques initiés pour entamer cette bataille. Elle regarda autour d’elle, ils n’étaient que cinq à pleurer la mort de Petra, l’amie d’enfance de Van, un ancien soldat de l’Elite. Le prêtre termina de prêcher sa bonne parole et quitta les lieux solennellement.

Alors qu’ils retournaient au sein du Dragodakhos, un vaisseau de guerre appartenant à Van, elle s’arrêta un instant, bouleversée par le décès de son amie et par l’ambiance générale du lieu. L’odeur omniprésente de la mort la paralysait toute entière et à contrecœur Mastéma jeta un dernier regard derrière elle. Les arbres morts semblaient sillonner le cimetière comme des défunts à la dérive, leurs bras tortueux arrachaient au ciel leurs dernières prières. La mousse verdâtre avait réussi à avaler de nombreuses tombes anonymes, elles paraissaient comme muettes dans ce champ de ruine qu’était le Mausolée d’Aggaïs.

Le passage au purgatoire allait-il offrir une seconde chance à Pétra ? Elle en doutait fortement car elle avait participé à la Rébellion contre l’Eternel. La pluie s’intensifia de plus belle et ils quittèrent le cimetière. Ils arrivèrent devant le Dragodakhos, un vaisseau spatial de combat de type 1H, à la fois léger et fuselé, dont le blindage en acier le rendait indestructible. Il avait l’apparence étrange d’un insecte et plus particulièrement celui d’une mante religieuse. La porte principale s’ouvrit sur le devant de l’animal et ils pénètrent à l’intérieur. Dans le cockpit central, un silence frustrant s’installa. Van se dirigea vers le bar et se servit un whisky. Il se tourna vers elle, le regard hagard et bu une longue rasade d’alcool.

Cela ne faisait qu’une semaine qu’elle les connaissait. Elle s’était brusquement réveillée d’un long coma dans un monastère reclus au sein de la Terre Blanche. A son éveil, elle ne s’était souvenue de rien, quelques éléments lui étaient revenus en mémoire mais rien de bien concluant. Les sœurs à son chevet lui avaient dit que cela faisait des siècles qu’elle dormait, bien entendu elle avait pris ça pour une hyperbole. Elles avaient soigné ses ailes mais lui avaient signalé qu’elles ne pouvaient rien faire de plus. Elle demeurait un ange aux ailes brisées et honteuse de sa condition s’était empressée de les faire disparaître aux yeux de tous.

Elle avait ensuite passé quelques jours au monastère lorsque Van, Chance, Gabriel et Andromeda étaient venus à sa rencontre. Ils l’avaient emmené ici, près du Royaume d’Aggaïs où elle avait fait la connaissance de Pétra, fille du roi Yeratel. Après quelques temps passés ensemble, Pétra avait convenu d’un rendez-vous avec le roi Yeratel mais décéda peu après. Les conditions de sa mort leur étaient encore inconnues. Cette perte avait grandement entravé le moral de Van, il était temps pour elle de leur parler.

- Ecoutez, je sais que le moment est mal choisi, pourtant, il faut que nous agissions au plus vite et dans la plus grande discrétion.

- Il est évident qu’un enterrement à Aggaïs est le lieu rêvé pour assurer notre discrétion ! ajouta Andromeda d’un ton sarcastique.

- Je te signale que c’était les derniers vœux de Pétra. Les Pro-Androginis[1] ne sont pas intervenus durant la cérémonie, du coup je te prie de te taire !

Les yeux bleus d’Andromeda s’obscurcirent brusquement. Elle rejeta ses cheveux blond roux en arrière et lui lança un regard foudroyant. Son corps, vêtu d’un body moulant, était recouvert d’une armure aux symboles celtiques tandis que ses épaulettes en métal lourd lui donnaient une carrure de soldat. Ses mains glissèrent jusqu’à ses deux fourreaux, à l’intérieur se trouvaient deux tonfas en arc de cercle dont la lame en acier était extrêmement tranchante. Mastéma ne répondit pas à cette provocation et se détourna de la jeune fille. Elle avait appris à connaître Andromeda malgré elle. Ses humeurs étaient certes versatiles mais généralement négatives.

L’histoire d’Andromeda était vague et imprécise. Van, Chance et Gabriel l’avaient rencontrée sur la Sphère de Tonkra. Une petite planète avoisinant Lynka dont la réputation était sans précédent. En effet, selon la politique Lynkaenne, tout être qui commettrait un des sept Péchés Capitaux et qui enfreindrait les règles instaurées par l’Eternel serait expulsé de la sphère sans retour possible.

Les êtres qui trouvaient le moyen de revenir sur Lynka étaient considérés comme des Heleiréides, des hors-la-loi. Si ces derniers avaient le malheur de croiser les Soldats de l’Elite, ils étaient directement envoyés à l’échafaud, ce qui compliquait leur tache vu qu’ils étaient tous des hors-la-loi. Qui plus est, Andromeda était impulsive ce qui provoquait de nombreuses confrontations sulfureuses empêchant toute discrétion possible.

Mastéma se tourna vers Chance dont le regard inquiet en disait long. C’était un jeune garçon charismatique, de nature avenante, aux cheveux blonds et aux yeux brun foncé. Dès leur rencontre, ils avaient tous deux créé des liens d’amitié très fort. Chance lui avait beaucoup parlé de Lynka, des relations politiques et culturelles qui résidaient entre les différents royaumes de la sphère. Grâce à cela, elle s’était acclimatée plus vite à son environnement. Ses yeux se posèrent alors sur ses gants qu’il ne quittait jamais et au moment où elle allait le questionner, Van s’imposa :

- Qu’as-tu en tête ?! Je ne pense pas qu’Yeratel soit d’humeur à nous accueillir aujourd’hui. Il doit pleurer sa défunte fille et prier au Temple Sacré. Même si nous avons une entrevue avec lui, son esprit ne sera pas présent.

- Que devons-nous faire ? dit-elle abattue.

Après un long silence, elle quitta la pièce agacée, oppressée par cette atmosphère générale. Une solitude profonde l’envahit soudain, elle arpenta le couloir et appuya sur le bouton de l’ascenseur. Après avoir rejoint sa chambre au premier étage, elle se précipita dans la salle de bain et se passa de l’eau sur le visage. Son reflet dans le miroir lui arracha un pincement au cœur. Elle ne s’était toujours pas habituée à son étrange apparence, à la fois frêle et incolore.

Ses cheveux d’un blond très clair encerclaient un visage fuselé aux pommettes hautes. Deux trous béants faisaient office d’yeux car elle n’avait ni pupilles, ni sclérotiques. Elle dégagea une mèche de cheveux de son visage et dévoila une longue entaille qui traversait sa joue droite jusqu’au coin de sa bouche, symbole inévitable de sa « naissance » brutale dans ce nouveau monde.

Mastéma s’assit sur le rebord de la baignoire, un frisson incontrôlable parcourut sa colonne vertébrale au contact du sol carrelé. Elle s’empara de son couteau habituel à la pointe aiguisée et commença à travailler son épaule gauche comme l’aurait fait un menuisier sur une chaise. Elle y grava d’étranges symboles qui se mirent à suinter la mort. Curieusement, la douleur n’arrêtait pas son rituel. Elle devait purifier son corps du sang de Liberté pour garder un tant soit peu le contrôle de son âme disloquée. A la manière du mécanisme d’une horloge, on avait tenté de ressouder son âme avec des pièces inadaptées.

« Réincarnation », « partage et union d’un corps et d’une âme étrangère », avec cette impression constante de n’être jamais seule dans ce corps-objet. Ce visage était-il le sien ou celui d’une autre ? Comment son âme s’était-elle retrouvée dans cette enveloppe corporelle ? Tant de questions sans réponses… Et pourtant, elle avait trouvé la parade pour se débarrasser de cet intrus : vider ce corps de tout liquide organique et le substituer à la sécrétion macabre de sa volonté. A cette pensée, les sillons fraîchement creusés se remplirent d’une substance sombre et visqueuse à l’image d’une éponge qui aurait absorbé une longue trainée de pétrole.

Elle se sentit brusquement fatiguée, quelque peu vacillante, comme après une poussée d’adrénaline puissante. Elle se demandait parfois si ce rituel allait un jour se terminer, même si inconsciemment s’était développée l’idée contraire, droguée par la sensation d’extase que lui procurait chacune de ses saignées.

- Mastéma ?

Personne ne devait connaître son secret, ils ne devaient pas savoir qu’elles étaient deux dans un même corps.  Quelqu’un tapait à la porte de la salle de bain. Elle ne se souvenait pas de l’avoir refermée, ni comment elle était arrivée ici. L’amnésie partielle et ses troubles de la mémoire persistaient encore. Elle releva la tête et vit le visage de Gabriel dans l’embrasure de la porte.

Van termina son troisième verre et regretta presque aussitôt l’idée saugrenue qui l’avait amené ici. Une promesse valait-elle réellement toutes ces prises de risques ? Le décès de Pétra était-il accidentel ? Étrangement, il savait bien que non. Leur quête était en marche, il n’y avait plus de retour possible et la mort de Pétra avait été un dommage collatéral impardonnable. Il s’empressa de se resservir.

- Van… murmura Chance sur le ton d’un reproche.

- Laisse-moi.

Et il quitta le cockpit central pour se rendre dans ses appartements où il continua à boire. Tout dans cette pièce était dénué de chaleur ce qui approfondit davantage son sentiment de malaise. Des lignes géométriques, épurées, encadraient une chambre aux tons gris, presque vide, qui était meublée d’un lit rond et d’une commode en acier. Alors qu’il s’enivrait dans sa solitude, des souvenirs lointains refirent surface.


1504Lorsqu’il descendit de son cheval, Pétra le prit dans ses bras. La fillette comptait tellement à ses yeux qu’il ne put s’empêcher de pleurer. Allaient-ils un jour se revoir ? Il connaissait si bien Pétra que de ne plus voir son visage lui brisait le cœur, à moins que ce ne soit le décès de ses parents ? Non, sa séparation avec Pétra était différente de la douleur démesurée qu’il éprouvait à l’égard de cette récente perte. Il se détacha de l’étreinte rassurante de son amie à laquelle se substitua un vide intense. Pétra lui lança un dernier regard et partit avec son père, Yeratel.

Il remonta lentement l’allée en tremblotant. La lettre qu’il avait reçue la veille ne cessait de lui revenir en mémoire. Ses parents étaient-ils réellement morts le jour de son dixième anniversaire ? Il essaya de se rappeler leurs dernières paroles mais quelque chose l’empêchait de se souvenir. Fiévreux, il eut soudain du mal à respirer, son cœur s’emballait si vite qu’il éprouva une douleur au thorax. Lorsqu’il releva la tête, il aperçu Raï Ko sur le perron de son palais.

L’homme le regardait avec un sourire bienveillant, il le connaissait bien, il s’agissait du meilleur ami de son père. Il y avait chez cet homme quelque chose de rassurant et il ne put s’empêcher de le dévisager bêtement. Une fois qu’ils furent près l’un de l’autre ce dernier l’accueillit avec toutes les attentions et lui murmura : « Je suis d’ores et déjà ton tuteur, considère toi comme mon propre fils. »

A l’instant même où ces paroles furent prononcées, un autre homme sortit du palais avec fureur. Jamais, il n’avait vu pareille colère sur le visage d’un homme et tandis que ce dernier dévalait les marches de l’escalier, Van ne put s’empêcher de regarder ce qu’il tenait au bout de sa laisse…

Un jeune garçon, battu au sang, était attaché tel un chien par une chaîne massive. Son visage tuméfié, parcouru de bleus et de cicatrices, ressemblait plus à un amas de chair qu’à une figure humaine. Sa bouche, sèche et fissurée de toute part, mordait une pomme gâtée qui laissait couler sur son menton du jus pourri. Ses bras semblaient cassés par l’angle étrange qu’ils formaient tandis que ces genoux brisés traînaient lamentablement sur le sol. Le jeune garçon lui lança un regard sans vie lorsque l’homme le fouetta brutalement.

- Ne daigne même pas lever la tête tant que je ne t’en donne pas l’ordre, sale monstre !

L’homme tira d’un coup sec sur la chaîne qui arracha un peu plus la chair du jeune garçon. Van ne cessait d’observer la victime avec horreur lorsque ses yeux rencontrèrent ceux de l’homme au masque rouge. Ce dernier sembla stupéfait par cet acte car il jeta violemment la chaîne sur le sol et se dirigea vers lui. Sa cuirasse de métal n’entravait en rien sa démarche déterminée. Il s’arrêta à quelques centimètres de lui et le poussa brusquement du doigt.

- Ne me regarde plus jamais dans les yeux…

Et le « Cavalier Rouge » s’empressa de quitter les lieux.

1527

L’épée s’enfonça dans la nuque de son ennemi spontanément. Van ne lui avait laissé aucune chance. Il arracha son arme du cadavre et la glissa dans son fourreau. Ce dernier meurtre signait la fin de la guerre au sein de Karthel-Ianus. 

La cité faisait référence au double visage de la divinité Ianus[2] et donc de la ville Karthelienne, à la fois bonne samaritaine et traite. Les anges infidèles avaient choisi Karthel comme bastion pour mener à bien la Rébellion contre l’autorité suprême de l’Eternel. Leur folie destructrice avait amputé de nombreux anges au dieu souverain et le sang avait été déversé injustement sur Lynka, leur terre natale à tous. Le devoir de leur Elite était de stopper cette guerre inutile qui dégénérait en guerres civiles. La paix éternelle devait régner en ces lieux saints et aujourd’hui enfin, ils avaient mis un terme à tout ceci. Il allait pouvoir retrouver l’épouse qu’il n’avait pas vue depuis des années.

La neige s’abattit sur son armée alors qu’ils rejoignaient le campement. Il rehaussa sa cape en fourrure de loup et salua son chef de la main. Puis, d’un pas décidé, il se dirigea vers sa tente. A l’intérieur, la chaleur d’un bon feu l’attendait. Il se lava les mains dans une large coupe remplie d’eau et s’assit dans son fauteuil. Son domestique lui apporta du vin chaud et il but si vite qu’il se brûla légèrement la langue. Ses pensées étaient tournées vers Liberté, son épouse. Il songea à sa demeure à Gentra, un petit village situé près de Seheirah la Grande, à ses champs de blés qu’il cultiverait dès son retour.

Son visage s’obscurcit à la furtive pensée de Raï Ko, son roi et père adoptif. Allait-il le laisser mener sa vie après cette longue campagne contre la Ligue Karthelienne ? Ou allait-il le forcer à suivre l’enseignement d’un futur monarque, comme il le lui avait déjà fait comprendre ? Ses craintes étaient telles qu’il eut envie d’envoyer un message à son demi-frère. Il n’avait jamais été en très bons termes avec Zachael, principalement à cause du roi qui le reniait. Une haine grandissante s’était installée entre son demi-frère et lui-même.

A cette pensée, il se ravisa donc de lui écrire et au même instant, un messager fit irruption dans la tente. Son visage blême en disait long sur le contenu de la lettre qu’il tenait.

- Qu’y a-t-il ?

- Un message urgent du frère du roi, votre fidèle ami, Haï Ko.

Il lui tendit la lettre mais ne quitta pas la tente pour autant, plus curieux encore, la présente avait été décachetée. Haï Ko l’informait que le roi était mort subitement dans son sommeil et que son testament avait disparu, laissant à l’héritier légitime le droit de monter sur le trône. Mais ce n’était pas tout, Zachael l’accusait d’une conspiration absurde contre le pouvoir royal. Il était donc, par définition, complice dans la mort du roi. Il devait être arrêté sur le champ pour être jugé et condamné à mort en territoire Luvéen, sur Tonkra. Il leva les yeux vers le messager et sa main se posa doucement sur son épée.

- Je ne suis que le serviteur de sa majesté ! dit ce dernier, craintif.

- Pourquoi avez-vous lu cette lettre ?

-

- Répondez !

Le messager se mit à trembler et se jeta sur le sol à genoux.

- Veuillez m’excuser noble seigneur, on m’y a forcé par ma vie ! Ce sont les soldats de la Frontière Est qui l’ont exigé ! J’ai pu m’échapper par miracle mais ils viennent vous chercher !    

Sans attendre, il jeta la lettre par terre et regarda à l’extérieur. Sur le campement, l’agitation était à son comble. Les soldats de son armée ne comprenaient pas pourquoi les Yevo-Genesis (soldats officiels de l’Elite Royale) étaient là. Il se détourna de cette vision d’horreur et se mit à réfléchir à toute vitesse. Il rassembla quelques affaires et quitta sa tente discrètement par l’arrière. Il équipa et cella son cheval, puis, le monta dans le silence le plus total. Il pouvait entendre les Yevo-Genesis pester contre les siens avec fureur. Il s’éloigna doucement et les vit pénétrer dans sa tente pour tout saccager. Le messager fut décapité et Van échappa de justesse à une sentence équivoque.

Alors qu’il quittait le territoire de Karthel au galop, il ne put s’empêcher de penser à Liberté et aux conséquences irréparables qu’avaient engendrées les paroles de Zachael. En quelques jours, il arriva à Gentra. A la lisière de la forêt de Hôms, il s’arrêta un instant. Affamé, épuisé et sale, il avait du mal à réaliser qu’il était dès à présent considéré comme un Heleiréide. Jusqu’à là, son parcours avait été sans embuche, mais aujourd’hui tout semblait perdu. Il descendit de son cheval et continua à pied, il mit peu de temps à atteindre Gentra.

Ce petit village circulaire avait été bâti autour du Temple Central. Les toits en ardoise couvraient de petites demeures en pierre, grandement fleuries (les saisons étant variables sur Lynka). Il emprunta une ruelle étroite et amorça une légère cote. En quelques pas, il arriva chez lui. La dague noire plantée dans la porte était un symbole funeste. Il ne put réfréner sa douleur car il ne pouvait imaginer sa femme attachée au bucher de la place publique de Seheirah. 


Van se réveilla en sursaut et fit tomber la bouteille de whisky sur le sol. En nage, il eut l’espace d’un instant un haut-le-cœur. Il essuya son front en sueur, tenta de se calmer en réfrénant sa douleur mais fut pris de vertiges. Le souvenir de sa défunte épouse gisant sur la place de Seheirah lui était insoutenable, cette odeur de chair brûlée lui remontait encore aux narines après tant d’années. Il décida de se faire couler un bain comme pour nettoyer ce nuage de cendres imaginaire qui lui collait au corps. Il jeta sa cape et se défit de son armure, posa délicatement son arme, un magnifique sabre, sur la commode et pénétra dans la salle de bain.__________________________________________________________________________________________

Gabriel la découvrit à terre. Quelques gouttes de sang gouttaient de la lame d’un couteau, pourtant, le corps de Mastéma semblait indemne. Il s’agenouilla prés d’elle et s’excusa du comportement qu’il avait eu envers elle. Puis, il lui demanda si ça allait. Après un bref moment d’hésitation, elle hocha la tête et lui sourit. En même temps qu’ils se relevaient, il lui dit :

- Nous avons discuté de ta proposition et n’y voyons pas d’objections…En réalité, au vu de la situation, nous n’avons pas vraiment le choix…

- Je sais. Je me suis emportée aussi. La perte de Pétra est plus grande que je ne l’imaginais. Je finis de me préparer et nous pourrons y aller.

- Ne te presse pas, Van… s’est isolé un moment.

- Il a recommencé à boire ?

- Oui… Je pense qu’il n’arrive toujours pas se remettre de ses blessures…

- Et toi ? Comment vas-tu ?

La question le surprit un instant. Il n’avait vraiment jamais eu le temps de discuter avec elle. A leur rencontre, elle s’était directement tournée vers Chance et Van et il s’était instinctivement mis en retrait. Nerveux, il rajusta un bouton de son veston et s’assit sur un fauteuil près d’une immense baie vitrée. Elle le mettait mal à l’aise, de par son côté sacré et de par son physique attirant.

Lorsque Van lui avait dit que l’ange sacré de l’Eternel s’était enfin réveillé, il n’avait tout d’abord pas compris. D’après lui, seul la Clé pouvait réveillée l’Ange Sacré à un moment donné dans le temps. Cette clé, une sorte de pentacle, était en la possession de Van. Selon la légende, une fois éveillée, cet ange était le seul à pouvoir rééquilibrer les forces supérieures car l’Eternel avait engendré esclavage et fanatisme sur les terres Lynkaenne.

Leur but ultime à tous était de libérer la Terre Sainte de Kérubin[3] pour retrouver leur liberté et par définition leur libre arbitre. Ils avaient tous des intérêts personnels dans cette quête, pour sa part, seule l’absolution de son péché lui importait.

[1] Il s’agit des anges fanatiques de l’Eternel à qui ce dieu a imposé des règles de vie strictes (prières, devoirs religieux, obligations de participer aux rituels de la cité, offrandes) dans le but de devenir des anges parfaits. Leur but étant d’accéder à l’ultime échelon des Cieux, le Huitième Chœur, le plus proche de l’Eternel.

[2] Janus (ou Ianus en latin) est une divinité romaine qui préside aux commencements et aux passages. Il est représenté avec deux visages car il exerce son pouvoir sur le Ciel et sur la Terre, il a les clés des portes du Ciel, qu’il ouvre ou qu’il ferme selon ses désirs. Ici son double visage a un coté à la fois positif et négatif étant donné que Janus préside aussi au passage de la paix à la guerre et inversement.

[3] Kerubin est un pays de la Sixième Terre. Il est le refuge de tous les anges fidèles (les Pro-Androginis) de l’Eternel. Leur bastion est la Tour de Kerubin qui s’élève au-delà des Cieux (à l’image de la tour de Babylone dans la Bible).
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(cc) swissrolli

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