Comme d’habitude, il fait beau et chaud, mais la chaleur est aujourd’hui particulièrement accablante. Alors que le jour est levé, les moustiques ont encore pris possession de la douche (ne sont-ils pas sensés, selon mon guide, ne sortir que la nuit ?). De toute façon, le temps de rallier l’IFP pour retrouver Jimmy et ses potes, je ressemble déjà plus à rien.
Ici, la très large majorité se déplace en scooter ou en moto. Je n’ai pas encore investi, et très franchement, j’hésite un peu : la circulation est bordélique à souhait. En attendant, je me fais balader. Nous voilà donc à trois sur la moto de Jimmy, sans casque, bien sûr, en direction du restaurant. C’est une petite gargote en extérieur avec un toit en cocotier. Notre groupe est assez nombreux, on se répartit sur les tables libres, et c’est parti pour mon premier repas indien en terre indienne.
N°1: Se laver les mains. Ah oui, c’est vrai, on mange avec les doigts.
N°2: Mon assiette est une feuille de bananier. Sans trop savoir, je fais comme les autres : je verse un peu d’eau sur la feuille et l’étale vaguement. Pour la nettoyer disent-ils. On ne m’ôtera pas de l’idée que c’est purement psychologique.
N°3: Choisir son plat. C’est facile, il n’y a que deux options : Byriani avec poulet ou Byriani sans poulet. J’opte pour ce dernier. Le serveur arrive avec une grande casserole et nous balance à chacun deux louches de riz sur notre feuille de bananier. Suivent une petite louche d’oignons, d’une sauce qui arrache à base de je-ne-sais-quoi, d’un truc où il me semble reconnaitre de la patate douce, et de sauce sur le riz. Et c’est parti.
N°4: Manger proprement. Si je n’ai qu’une chose à dire, c’est que c’est pas simple. En tout cas pas la première fois. Le riz n’est pas collant donc il se barre, la sauce aussi, j’ai l’impression de m’en foutre partout (et ce n’est pas toujours qu’une impression). Au bout de trois bouchées j’ai la bouche en feu. J’ai sous-estimé le pouvoir des patates douces. Mon palais est à un état de saturation optimal, mon estomac est envahi d’une douce chaleur. C’est un peu comme un shot de vodka. Mais c’est bon. Il faut évidement n’utiliser que sa main droite, la gauche étant réservée à un usage tout différent, ce qui ne me facilite pas la tâche. J’en suis à la moitié de mon plat quand les autres ont fini le leur. Tant pis, je lâche l’affaire.
N°5: Après avoir replié la feuille de bananier vers moi, pour dire que j’ai aimé le repas, un petit coup de moto et hop, nous voilà dans une des rues transversale au front de mer, pour boire un chai à l’ombre d’un arbre. Je repars ensuite de mon coté me balader sur le front de mer.
Ce n’est pas une plage. Les vagues éclatent ici contre les rochers noirs. La mer est d’un bleu magnifique, le vent rafraichissant, la promenade suffisamment délicieuse pour me motiver et je pars acheter le garant de mon salut dans ce monde hostile : de l’anti moustique.
J‘ai quand même réussi a me perdre au milieu de rues sans nom ou indiquées exclusivement en tamoul. Et pour moi, le tamoul, c’est du chinois.
Que faire ? En tant qu’handicapée sévère de l’orientation dans l’espace (je sais que certains ont des boussoles dans la tête, mais pas moi), j’ai un panel de possibilités en stocks. La première solution, donc, c’est celle qu’on apprend quand on est petit : « restez là où vous êtes jusqu’à ce qu’on vienne vous chercher » Notez que seule dans une ville étrangère, je doute que quiconque me cherche, donc je peux attendre longtemps. Passons à l’option numéro deux : essayer au hasard jusqu’à trouver un point de repère connu. Et là aussi, ça peut peut-être durer un bon moment. Troisième idée, certainement la plus efficace à mon avis : demander son chemin.
Pas si simple. Les trois premiers commerçants à qui je m’adresse ne parlent pas anglais, c‘est sans appel, même avec des gestes et des yes/no questions. Et d’un coup, c’est l’illumination : un chauffeur de rickshaw ! Naïvement, je pense: « Il connait la ville, et conduit aussi bien les indiens que les occidentaux, donc parle au moins un minimum anglais ».
A chacune de mes questions (par là ou par là ?) je me heurte à une réponse étrange. Je ne sais pas s’il existe un terme spécial pour désigner cette manière d’opiner négativement… Je ne vois pas comment décrire autrement ce mouvement.
Cet homme en face de moi en chemise kaki pale me répond par une sorte de mouvement de tête impossible à interpréter, à mi-chemin entre le positif (de haut en bas), et le négatif (de gauche à droite). En fait c’est exactement comme si le cher homme dessinait des huit en l’air avec sa boite crânienne. Et ce, quelque soit la direction que j‘indique. J’en conclus, au choix, que soit tous les chemins me conduisent chez moi, soit qu’aucun ne le fait. Et ça me fait simultanément penser à Lost et à Alice au pays des Merveilles… Et si j‘habitais dans une guest house coupée du reste du monde ? Droite ou gauche ? Oui ou non ? Impossible de savoir.
J’ai laissé tombé et j’ai fini par retrouver mon chemin grâce à l’option deux. Mais j’ai observé un peu plus. Les indiens font ce mouvement si particulier très souvent lorsqu’on leur pose une question. Au restaurant, au marché, pour négocier le prix d’un rickshaw…. Pour moi ça ressemblait à un mouvement signifiant « p’tet ben qu’oui, p’tet ben qu’non »… Mais c’est en fait un signe d’assentiment !
Autant vous dire que je m’entraine ferme, mais ce n’est pas encore acquis. J’ai un peu mal à la nuque à force, mais je ne désespère pas. Un jour moi aussi je pourrai emmerder des occidentaux paumés avec un geste neutre et inconnu pour eux mais cependant gracieux et fluide.
Quand au chemin à prendre, la question n’est pas réglée pour autant : la route que je demandais menait-elle à chacun de ces bouts à ma destination ? Peu probable. A moins que, bien plus qu’à Rome, toutes les routes mènent à Pondichéry.
 (cc) abhiomkar
posté le 23/03/2011 | 495 vues | aucun commentaire | tags: lointain compréhension destination pays langage inde Ailleurs voyage Culture
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