Dimanche en Inde, c’est comme dimanche à Paris : presque tout est fermé, y a un marché/brocante sur Ghandi Road, les gens somnolent au soleil (ça c’est habituel), et les Français de Pondichéry profitent de leur dernier jour de week-end. Ici, c’est aussi la fin des vacances scolaires.
Après ma soirée infernale (#2 : Sweet Home India, état des lieux), une nuit méditative (mon lit est une planche avec un matelas vraiment, vraiment très fin), et un réveil douloureux (merci le soleil qui tape fort sur ma petite tête d’Occidentale), je parviens à m’extraire de mon lit de douleur et de la moustiquaire (bon Dieu, OU EST L’OUVERTUUURE ?), et je me traîne dehors. Toujours pas de gaz, donc pas de café.
Aux grands maux les grands remèdes, je vais chez mon oncle. C’est un peu loin et j’ai déjà l’air d’avoir couru un cent mètre après deux pâtés de maisons, mais l’appât de la caféine me donne des ailes. Je retrouve Matis, 5 ans, mon fan club à lui tout seul, son frère et sa sœur. Après un petit café, mon oncle et sa femme parlent d’aller au restaurant. Mon oncle va commander, et on y va tous, une demi-heure plus tard. Le restau c’est le « café de Pondichéry ».
C’est une terrasse couverte par un toit en cocotier, avec des ventilateurs au plafond. Il fait bon. Comme je suis nouvelle arrivante, je ne prend pas de jus de fruit maison, on ne va pas tenter le diable. Et le serveur apporte nos plats. Mon oncle a fait simple : brochettes frites. Au bout de deux ans et demi à Pondi, il en a marre de manger indien.
C’est en goûtant les dites brochettes que je percute : c’est du bœuf. D’un coup, mes émotions de la veille, ma nuit pourrie et mon réveil vaseux s’effacent et laissent place à un océan de bonheur et de gratitude. Peut être aussi parce qu’on est dimanche et que je n’ai rien mangé depuis mon arrivée le vendredi matin. Toujours est-il que la vie est belle, le soleil brille, et je peux manger du bœuf à Pondi si j’ai un coup de blues. Alléluia !
Le bœuf, j’avais fait une croix dessus ailleurs que dans la rue. J’avais croisé des vaches, un peu partout, quelques buffles, de temps en temps, des chèvres une ou deux fois. Mais du bœuf en temps que viande, je n’y croyais plus. La conversation est orientée « découverte de Pondi » pour la petite nouvelle, c’est-à -dire moi. Léo, 17 ans, me raconte : « Auroville (fondé par Sri Aurobindo) tient la moitié de Pondichéry, et la mafia le reste ». J’ai bien vu que beaucoup des bâtiments, peints en gris, appartenaient à l’ashram, mais la mafia… Pourtant, mon oncle confirme : « Notre installation a été infernale, rien que pour avoir le gaz et l’électricité ».
Bon, au moins c’est clair, la corruption en Inde, ce n’est pas une révélation. Et Léo continue : « les chauffeurs de rickshaw sont à la botte de la mafia et essaie parfois de te revendre de l’herbe ». De mieux en mieux, surtout qu’en Inde, selon le site du Ministère des Affaires Etrangères, se trouver en possession de cent grammes de cannabis fait encourir deux mois de prison avec travaux forcés…
Après le déjeuner, je profite du beau temps et de la chaleur (perpétuels l’un et l’autre) pour me promener un peu, et finis par me réfugier un peu plus au frais, chez Fabindia, magasin apparemment connu de beaucoup d’Occidentaux qui fait de très jolis vêtements locaux. Au programme, achat de kurta et de shalwar. Je n’ai presque plus de vêtements propres, et il est temps de s’habiller couleur locale.
Pour le retour, je décide de prendre un rickshaw. Je n’en ai encore pris aucun, mais il fait vraiment trop chaud pour rentrer à pied. J’intercepte innocemment le premier que je croise… Et s’en suit un enchainement de terreur et d’appréhension. Le chauffeur doit être alcoolique, je ne vois pas d’autre explication. Déjà , je ne comprends à peu près rien à ce qu’il me dit. Ensuite, alors que les rues sont relativement désertes, c’est l’heure de la sieste, il ne roule pas droit, et semble prendre un malin plaisir à passer au plus près des rares motos que nous croisons, et à leur couper la route au dernier moment. Au final c’est plutôt sympa, ça a un petit coté montagne russe ou train fou.
Je rigole moins à l’arrivée : il me demande 100 roupies. D’accord je suis Occidentale, mais faut pas pousser, non plus, le prix moyen d’un course dans Pondichéry, c’est 40 roupies !… Marchandage ferme, il raloche, et finit par accepter mes 50 roupies avec ce petit mouvement de tête si caractéristique qui ne veut dire ni oui ni non. Et je me sens absurdement fière de moi.
Ce dimanche soir là , je fais la connaissance de Jimmy, mon colloc. Il habite l’autre chambre qui donne sur la terrasse. Plutôt sympa, je dois le retrouver le lendemain pour déjeuner avec lui et d’autres français travaillant à l’Institut Français de Pondichéry.
(cc) ZeRo`SKiLL
posté le 23/03/2011 | 599 vues | aucun commentaire | tags: rickshaws ashram déjeuner mafia inde découverte Ailleurs
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