Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

26. mai 2012

Mot de passe oublié

dear catastrophe

En Inde#1 : Arrivée : surprises, baignade et décalage culturel

Article sélectionné par Laurie lors de sa semaine de rédac’ chef !

J’en parlais, j’en rêvais, je ruminais… Je l’ai finalement fait ! Me voilà en Inde, à Pondichéry (Tamil Nadu), dans le sud-est, pour cinq mois… Descente de l’avion. La dame en sari qui vérifie mon passeport est très jeune, ne parle pas, ne dit ni “Bonjour”, ni “Bienvenue en Inde”, ni rien de ce genre. En fait elle n’ouvre pas la bouche. Je récupère mon sac étonnamment vite, à peine 15 minutes d’attente.

pondichery.jpgLa sortie de l’aéroport est déserte, encadrée par des barrières, au bout desquelles attendent les chauffeurs de taxi, je repère le mien, il a une pancarte à mon nom. Jusqu’ici, rien de bien différent de ce que je connaissais, mis à part la chaleur, surprenante, et la poussière, omniprésente.

Le taxi, c’est une autre affaire. Une vieille Ford déglinguée comme on n’en fait plus, sans clim, sans ceinture. Et c’est parti pour les 170 bornes qui séparent Chennai de Pondichéry. 170 bornes en 3h environ. Histoire de se rendre compte qu’ici, le révérenciel n’est décidément pas le même que dans le monde occidental. Ça serait trop long à raconter, alors, voici la liste de ce que j’ai vu et entendu durant ce trajet.

- Des motos, des scooters, des rickshaws partout ;

- Personne ne porte de casque ou presque ;

- Des femmes en sari conduisant les dits scooters ;

- Des femmes en sari en amazone à l’arrière des scooters et motos ;

- Avec parfois des enfants sur les genoux ou des bébés dans les bras ;

- Parfois jusqu’à 4 personnes sur le même scooter, enfants compris ;

- Des familles entières tassées à l’arrière d’un même ricksaw (j’ai compté trois adultes et six enfants) ;

- L’ensemble slalomant à coup de klaxon entre les voitures, roulant à gauche, à droite, au milieu, un peu dans tous les sens, mais très nonchalamment. Ils ont le klaxon paisible, je ne vois pas comment mieux l’expliquer : il sert à manifester sa simple présence, et non un danger ou un mécontentement. Nous n’avons jamais roulé a plus de 75km/h, la plupart du temps à 60km/h.

- Des hommes, des femmes, des enfants, parfois pieds nus, marchent tout le long de cette route, sont assis, coupent des watermelons ;

- Par-ci par-là des vaches, dont certaines ont les cornes peintes en rouge et bleu, reste de la fête du Nouvel An tamoul (premier riz) au cours duquel on bénit les récoltes et les animaux ;

-Beaucoup de voitures assez semblables aux taxis londoniens mais blanches, je n’ai pas reconnu la marque ;

- Une de ces voitures, retournées sur le toit au milieu de la route ;

- Un groupe d’une trentaine d’hommes en habit traditionnel, en tongs ou pieds nus s’unissant pour retourner ladite voiture. Je n’ai pas vu de secours, et je ne sais pas s’il y avait des gens dans la bagnole. Je n’ai pas osé regarder.

- Des groupes entiers d’hommes, femmes et enfants escaladant une barrière de délimitation de deux routes pour traverser à l’arrache ;

-Mon chauffeur de taxi s’arrêter et me laisser en plan dans la voiture pour se boire un café, fumer sa clope et pisser ;

- Des femmes portant sur leur tête des bassines d’eau, des hommes portant sur leur dos des paquets de ce qui de loin m’a semblé être du riz ;

Trois heures de stupéfaction crispée, j’avoue que j’avais un peu la trouille vu la circulation. Mais un souvenir exceptionnel. Arrivée à Pondi. Beaucoup de gens, encore plus de scooters, pas de trottoirs, beaucoup de magasins encore non identifiables. Le chauffeur ne m’a quasiment pas parlé du voyage, bien que j’ai essayé d’engager la conversation.

Il me dépose à l’adresse indiquée, qui est une guest house. Imprévu. Je devais arriver chez mon oncle. La femme qui tient la guesthouse, une Indienne, en appelle une autre, française, qui m’indique la maison de mon oncle à quelques maisons de là. Leurs enfants sont ensemble à l’école. Elle marche elle aussi pieds nus par terre et porte un bindi et un piercing à la narine, comme la plupart des Indiennes que j’ai vu jusqu’ici.

Mon oncle habite avec sa famille dans l’ancien quartier colonial. Je vais passer la première nuit chez eux puis déménager dans une guesthouse. Après avoir un peu cuvé mon décalage, je décide de venir avec mon oncle Christophe, sa femme, Marie-Line et leur petit dernier, Matis, cinq ans et demi, à la plage.

On y va en scooter, sans casque, bien entendu, je monte avec Marie-Line, et Matis avec Christophe. Et décide assez rapidement que la location d’un scooter peut attendre. La circulation est aléatoire, pour ne pas dire franchement bordélique. Peu de clignotant, de priorité voire de sens de circulation. Tout semble être fait au feeling, et à coup de klaxon.

C’est plutôt marrant d’être derrière, la vitesse (toute relative, on n’a jamais dépassé les 30 à l’heure) permet d’avoir un peu d’air. On traverse la moitié de la ville. Les bâtiments oranges sont français si j’ai bien compris (consulat etc.), et ceux peints en gris sont ceux de l’ashram Sri Aurobindo, fondateur d’Auroville, dernière ville utopique, où je dois faire mon stage.

En sortant de la ville coloniale (où on trouve une rue de Suffren, une Romain Rolland Street et autres curiosités de ce genre), on passe au dessus du canal qui traverse l’ensemble de la ville et qui est en réalité un égout à ciel ouvert. En arrivant au nord de la ville, on passe près d’un parc, puis près de la rue François Martin, ou se trouve ma guesthouse. On passe part la rue juste derrière.

Changement de décor. À la ville coloniale aux gros bâtiments de pierre succède le « quartier des pêcheurs. » Les maisons sont ici très rudimentaires, et très basses, on ne voit presque pas leurs murs, quasiment entièrement dissimulés par les toits qui doivent être en chaume ou plutôt en torchis. Beaucoup des habitants sont assis sur le bord de la route en petits groupes. Marie-Line commente : la journée et presque finie (il est 18h30), ils sont en train de s’épouiller… Un peu plus loin, un petit canal se jette dans la mer. Il s’agit de l’égout du village des pêcheurs. On préfère aller un peu plus loin pour se baigner dit Marie-Line.

On arrive à la plage. Coincée entre deux sortes de digues en grosse pierre, elle est pleine de petits bateaux de pécheurs. On en trouve un pour poser nos affaires. Sur cette plage, pas mal d’Occidentaux en maillot de bain, dans l’eau et sur la plage, mais aussi des Indiens qui marchent pour la plupart le long de l’eau. Beaucoup ne savent pas nager, bien qu’ils soient pêcheurs. J’aperçois des femmes en sari brillants, très décorés, avec des bijoux accrochés au tissu, elles ont l’eau aux genoux et discutent en s’avançant très doucement dans l’eau et discutant en tamoul et en chahutant.

L’éclairage du soleil qui descend donne à l’ensemble une beauté indéniable. Je suis au bord de l’Océan Indien, sur l’une des côtes qui a été ravagée par le tsunami en 2004. Ce n’est pas une plage de sable fin et les alentours sont d’une propreté très relative. Je ne suis pas dans un paradis de touriste, et c’est tant mieux, ce genre de truc, je n’en veux pas.

L’eau est chaude, au moins 20 degrés, et un vrai bonheur après la chaleur de l’après-midi. On ne reste pas très longtemps, puis on rentre pour se doucher. On passe devant une ferme, en plein milieu de la ville, il y a là des vaches, des chèvres, des poules. Un peu plus loin une femme danse, des gens jouent de la musique autour d’un char plein de fleurs et très bariolé. On voit passer un gros homme vêtu d’une sorte de jupe très décorée et portant un masque à trompe d’éléphant. C’est en l’honneur de Shiva, mais Christophe et Marie-Line ne peuvent pas tellement m’en dire plus : avec plus de 300 divinités, il ne se passe pas un jour sans croiser ce type de procession.

Un peu plus tard, je ressors en scooter avec Christophe. Et encore une fois, je me demande : comment font les Indiennes pour tenir en amazone à l’arrière des scooters et motos ? Honnêtement, ça me semble franchement casse-gueule. Le mystère s’éclaircit : il y a un marchepied spécial. (J’avoue je suis un peu déçue, c’est moins acrobatique que je ne le pensais), mais ça me décide à tenter le coup. Révélation : c’est plus simple de monter, de descendre, c’est plutôt marrant et plutôt plus confortable. Au moins tant que je suis ici, je ne monterai plus en scooter autrement !

La nuit est tombée, et la circulation est encore plus étrange. On va chercher le dîner, et Christophe m’explique : le quartier des pêcheurs est un de ceux qui a été le plus ravagé par le tsunami. D’une part car il sont près de la mer (mais l’ensemble de la ville est en bord de mer…), mais surtout car leurs maisons en torchis ne résistent absolument à rien : elles ont complètement été emportées par la vague. C’est pour cette raison de que des digues ont été construites à intervalles réguliers sur tout le littoral, pour casser les vagues et assurer un minimum de protection à la côte.

Mais soyons francs, la protection ne vise pas tant les pêcheurs que l’ensemble de la ville, derrière : les victimes d’inondations, raz de marée, tsunami et autres joyeusetés de cette partie de la ville sont paraît-il largement ignorées ou passées sous silence. Comme beaucoup d’entre elles ne sont pas recensées, finalement, quelle importance n’est-ce pas ??

(cc) Damien [Phototrend.fr]

 

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