Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

26. mai 2012

Mot de passe oublié

dear catastrophe

En Inde, #5: le repassage, Auroville, et la décharge

Today is the day. On est mardi. J’ai rendez vous avec mon maître de stage, Cyril, pour aller à Auroville, dans les bureaux de la boîte où je vais travailler au cours des prochains mois.

auroville.jpgIl est 8 am, et le mec qui dort devant la porte de chez moi est assis sur un espèce de rebord, juste à côté. Il papote avec deux gars qui font du repassage, juste sous ma fenêtre. Ils ont des fers à repasser comme devait en avoir mon arrière-grand-mère. Énormes et en fonte. Ceci dit, leur repassage est impeccable. Cyril est en retard, et j’ai le temps de voir passer plusieurs personnes, des hommes et des femmes, indiens et occidentaux, qui leur apportent du linge ou viennent récupérer des piles de vêtements. C’est, je crois, 2 roupies le vêtement.

Voyant que j’attends, l’homme assis sur le rebord me fait signe qu’il me cède sa place. Je trouve ça extrêmement gentil, mais je refuse : Cyril arrive en voiture avec un de ses amis. Il s’est fait voler sa moto cette nuit. Ici, à peu près personne ne met d’antivol, et si je comprends bien, les vols sont somme toute assez rares. Dans la voiture, pas de ceinture, pas de clim, as usual, et c’est parti. La route d’Auroville est plein de scooters, motos, de rickshaws, de bus, de camions et de voitures. Un vrai bonheur pour une future débutante en scooter comme moi. On arrive à Auroville.

Ce n’est pas vraiment une ville d’ailleurs, mais un ensemble de genre de hameaux portant de doux noms tels que « plénitude », « gratitude », etc., situé autour du Matrimandir, un lieu de méditation pour les Aurovilliens. Auroville, expérimentale, a été créée par Mirra Alfassa (Mirra Richard), plus connue sous le nom de La Mère, compagne spirituelle de Sri Aurobindo, philosophe indien. Elle a pour vocation d’être « le lieu d’une vie communautaire universelle, où hommes et femmes apprendraient à vivre en paix, dans une parfaite harmonie, au-delà de toutes croyances, opinions politiques et nationalités ». C’est ce que dit Wikipédia. Et non, ce n’est pas une secte.

On commence par un petit déjeuner d’affaires : comme c’est mon premier jour, j’écoute sagement. Ça parle green business, waste management, recyclage et production de méthane. J’y connais résolument rien, mais c’est fascinant. Je débarque ensuite dans les locaux de la boîte. C’est sympa, un open space avec des plantes, occupé par trois architectes indiens, un designer français et les associés. L’un deux m’apporte des verres avec des jus d’un truc rose fuchsia dedans. Le goût est étrange, pas terrible. Je penche pour du jus de betterave même si ça me semble un peu incongru. Après info, donc, c’est du jus de raisin. Faut le savoir pour le croire, honnêtement. A midi, je vais manger un dosai avec le designer français.

Manger avec les doigts, finalement, c’est pas si galère, je commence à prendre le coup de main ! Il me conseille d’emménager à Auroville pour pas me farcir la route tous les jours. Cette idée commence à me trotter sérieusement dans la tête, d’ailleurs. Retour au bureau, on est en retard, mon maître de stage m’embarque à nouveau, cette fois on va visiter la décharge de Pondichéry. Ça n’a rigoureusement rien à voir avec mon travail, mais je suis le mouvement.

Le trajet est épique : on retourne à Pondichéry récupérer des gens, on se tasse à sept dans le 4×4, et je me retrouve sur un siège dans le coffre, en compagnie d’un Français installé à Pondi depuis 25 ans. Tout ce petit monde papote joyeusement switchant de l’anglais ou français en passant parfois par le tamoul comme si de rien n’était.

Pour aller à la décharge, il faut passer par l’aéroport de Pondi, qui est « sur le point d’être ouvert » depuis plus de 3 ans, mais il paraît que la mafia bloque l‘ouverture. Ceci dit, j‘en doute : ce n’est qu’une vaste étendue de terre rouge, avec une vague route (la piste d’atterrissage ??) toute cabossée. J’ai dû perdre pas mal de neurones, à force de me cogner au plafond à chaque bosse inattendue. La piste est de pire en pire. Finalement, on arrive.

Imaginez un espace d’environ 60 m², occupé par une grande dalle en béton, couvert par un toit en cocotier. Sur environ les 2/3 de cette dalle, il y a de gros tas de terre, et de petits chemins entre les tas. Cette terre, c’est du compost. Dans le tiers restant sont entassés des sac remplis dudit compost. Et au milieu de tout ça, des hommes en tongs ou pieds nus, remplissent des sacs vides du dit compost, à la truelle. C’est déjà assez perturbant. Pas assez il faut croire.

Car de l’autre coté de l’auvent, il y a un espace à peu près plat, jonché de déchets, et, à 20 m de là, commence la décharge. 1km² de montagnes de détritus, accumulés depuis 20 ans. Mais le pire, c’est ça : sur l’espace à peu près plat, en plein cagnard, il y a une petite dizaine de gros cylindres en métal, qui servent à moudre les déchets pour en faire du compost. Et à côté des cylindres, des femmes, uniquement des femmes, en tongs ou pieds nus dans les déchets, qui récupèrent le compost dans des grands paniers qu’elles portent sur leurs têtes et vont verser, dès qu’ils sont pleins, sur les tas situés sous l’auvent. Elles ont parfois un foulard noué sur le nez et la bouche, parfois rien. La poussière est omniprésente.

Je prends des photos, notamment d’un gamin qui doit avoir 6 ans et qui traîne dans les parages. Une autre me demande de la prendre en photo (par geste, elle ne parle évidement pas anglais), et elle sourit beaucoup quand je lui montre la photo. La visite continue. On est guidé par un des chefs de la décharge. On marche maintenant dans les déchets. Je stresse un peu parce que j’ai une griffure à la cheville, mais j’ai désinfecté tout ça en rentrant.

La décharge semble interminable. Il y a des cochons, pleins de cochons, avec, souvent, des corbeaux perchés sur le dos (il y a beaucoup de corbeaux à Pondichéry, mais ils ont la tête gris clair) Il y aussi des chiens, des mouches, tout un écosystème. A un endroit, il y a un feu, qui fait beaucoup de fumée. Le guide explique que ce sont des feux assez réguliers, déclenchés clandestinement par des gens très pauvres pour pouvoir ensuite récupérer plus facilement le métal qu’il peut y avoir parmi les déchets, et le revendre ou l’utiliser.

La chaleur est étouffante. On croise une femme en train de récupérer des trucs dans la montagne de déchets. Et un peu plus loin, une gamine qui doit avoir 10 ans. Elle s’approche de moi, et regarde ma bague avec attention, comme un objet de très grande valeur. C’est du toc. Et j’ai honte d’être une Occidentale qui prend des photos. On arrive à un lac. C’est ici nous dit le guide, que se fait le traitement des eaux usées. Juste à coté de la décharge. Ca fait rêver.

Sur le chemin du retour, on pose des questions au guide : il y a environ 50 personnes qui travaillent ici, dont une quinzaine d’enfants. Les femmes sont payées 150 roupies par jour (2,50 €) et les hommes 300. Ca me semble ridiculement peu. Sauf que mon maître de stage calcule : ce salaire est au-dessus du SMIC indien, qui se situe à 3000 roupies par mois soit environ 47 euros. Tous disent que les gens qui travaillent là ont un bon salaire, un travail. Mais ça me laisse un sale goût dans la bouche.

En partant, notre petit groupe me demande ce que j’en ai pensé. Ils n’ont pas arrêté de faire des blagues atrocement cyniques tout le long de la visite en rigolant bien. Je ne sais pas trop quoi répondre. Le seul mot qui me vient à l’esprit, c’est que c’est glauquissime. Et vraiment, ça l’est. Même si ça permet à des gens de vivre.

(cc) mphaxise

 

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Vanakam Alice,


5 sympathiques articles pour ton périple indien ! Perso, je reconnais beaucoup de choses et ne peux m’empêcher de rire devant cette confrontation à l’Inde particulière que l’on trouve à Pondy. Je suis rentré il y a 2 ans, après avoir vécu 4 ans en Inde et la dernière année à Pondy… Travaillant à Auroville, puis à Pondy, habitant à Periarmudaliarchevadi (la petite ville à l’”Auroville bus stop” sur la route de Chennai, l’ECR). En écolo dynamique, j’ai refusé le scooter (trop facile) et j’utilisais un vélo. Il y en a d’ailleurs de très bons au magazin Firefox sur la ghandi street proche du croisement avec Mission street.

Même si l’approche est un peu désarmante, Pondy et Aurovile sont des perles en Inde et le multi-culturalisme est un joyeux melting pot auquel on devient vite addict !

C’est aussi un endroit où l’on peux réellement établir une communication vraie avec des personnes de cultures différentes (même si il faut sélectionner). Et la culture indienne est extraordinairement riche et intéressante.

Et à Pondy il y a même maintenant un club de plongée et un endroit de dégustation de chocolat…

Que demander de plus…

Take care


PS : Négocie la course dans Pondy pas plus de 30 Rs !


 

@ Seby: merci pour ton commentaire et pour les tuyaux! (surtout le chocolat, je suis super preneuse)

voila maintenant presque un mois que je suis ici, et une semaine que je suis installée a auroville. Je commence a prendre mes marques et je me sens moins stupéfaite par tout ce que je vois (c’est aussi pour ça que j’ai voulu écrire,conserver une trace de mon étonnement!).

Je continue a écrire, mais avec un peu plus de recul…et je peux maintenant dire que je suis sous le charme de l’Inde, ou du moins de cette region un peu a part (beaucoup disent que Pondy-auroville, “ce n’est pas vraiment l’Inde”…t’en penses quoi?)

Qu’est ce que tu faisais en Inde? Tu as vécu dans quel coin les 3 premières année?


 

Coucou,

J’ai moi aussi commencé à lire ta série sur l’inde. Ça m’a fais trop rire car j’ai moi aussi habité en inde pendant 1 ans et demi, il y a une dizaine d’années quand j’avais 8 ans.

Et je vois que rien n’a changé… Ce qui est marrant c’est qu’on prend vite l’habitude des choses “bizarres” mais on est quand même à chaque fois étonné…


J’attends la suite avec impatience…


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