Après mes premières découvertes de vendredi, j’ai dormi chez mon oncle Christophe, qui habite avec sa famille une jolie et grande maison coloniale. Avec la clim’, ce qui est (très) appréciable. Samedi matin je vais visiter mon futur chez moi, la guest house hyper concurrentielle que mon maître de stage, dans sa grande bonté, a trouvé pour moi.
En plein soleil, c’est très joli, la lumière fait un beau jeu d’ombre sur les plantes de la cour intĂ©rieure, je trouve l’endroit sympa. Ma chambre est un peu rustique mais mignonne, je me dĂ©brouillerai de la rendre plus accueillante. Mais c’est le patio qui achève de conquĂ©rir mon cĹ“ur. Comment dĂ©crire ? C’est kitsch. Très kitsch. Pire que kitsch.
Il s’agit donc d’une terrasse couverte donnant sur une petite cour remplie de végétation improbable et de cris d’oiseaux divers et variés. La porte de ma chambre ouvre directement sur la terrasse en question, où l’on trouve un canapé couvert d’un tissu à fleurs un peu passé, deux fauteuils aux ressorts énergiques du même genre de tissu d’un rose fané, une chaise à roulettes dont le siège est étrangement recouvert d’osier, deux fauteuils en osier et une table en bois avec un plateau de verre. C’est un espace assez grand, les murs sont bleu pâle, les portes bleu vif. Jusque là tout va bien, ou presque. Mais l’innocent visiteur est alors confronté à une série de bibelots et autres objets de décorations qui forceraient l’admiration de Valérie Damidot.
Admirez plutôt : au dessus de la porte de ma chambre, à l’extérieur, se trouve, dans l’ordre : un petit tableau rouge représentant le Taj Mahal en relief doré, à côté, ce qui me semble être la représentation en papier brillant du château de Chambord, suit ensuite un bizarre cadre rond à fond noir avec une vierge dorée entourée d’étoiles et de fleurs de cerisiers surplombant un château fort, et enfin, un encadré en relief de ce qui doit être la représentation d’un temple grec en coquillage. Un peu à côté, un tableau de l’Arc de Triomphe complète le panneau. C’est déjà rude, mais ce n’est pas fini.
Des étagères judicieusement placées tout le long de la terrasse accueillent en vrac : deux statues de chiens, un portrait de mère Teresa, la photo de mariage des parents de la propriétaire, entourée d’une guirlande de fleurs et surplombant une statue de la Vierge, un masque africain, un bouddha souriant, et surtout, surtout, une sublime affiche de deux chatons devant ce que je pense être un verre de bière. Au dessus, écrit en petit, on lit « The Lord will protect me ».
Un coup de cœur, cette baraque, je vous dis.
Après m’être perdue dans le marché de Pondi, un labyrinthe anachronique de stands de fleurs, d’épices, de légumes, et paraît-il de textiles mais je ne les ai pas vus, j’ai fait quelques courses. C’est perturbant un supermarché quand on est pas vraiment sure de ce qu’on achète. Finalement, donc je suis rentrée chez moi. Ici, non seulement il fait bien 30°c durant la journée, mais il fait nuit vers 19h. Invariablement. (On est entre le tropique du Cancer et l’Equateur). J’arrive donc dans mon home sweet home indien à la nuit tombée, épuisée par ma virée.
Et c’est là que j’ai compris que j’avais intérêt à m’adapter vite fait bien fait. J’avais ramené mes affaires dans ma chambre un peu plus tôt dans la journée, accroché la moustiquaire, défait mon sac. Quoi de mieux après un périple dans des rues inconnues sous un soleil de plomb qu’une bonne douche, hein ?
Constat numéro un : la nuit, y a plein, mais vraiment plein de moustiques.
Constat numéro deux : dans le noir, je ne sais plus où est la salle de bains. Ah si… de l’autre coté de la cour. Je ne trouve pas la lumière. Enfin, si. D’ailleurs, la salle de bains, elle est vachement moins sympa dans le noir qu’à midi. Pleine de surprises en tout cas. La « salle de bains » donc, est un genre de cagibi avec une porte qui me cache à peu près des épaules aux mollets, et dont la porte ferme mal. Le sol est pavé, et la douche est un tuyau d’arrosage accroché au mur et peint de la même couleur. Et l’eau est froide (c’est vraiment pas un drame vu la chaleur). Et y a des bêtes.
Pas de cobra ni de tarentule, non, mais des moustiques, pleins de moustiques, et une grosse araignée qui me regarde dans le blanc des yeux. Miam. Autant vous dire que j’ai giclé la douche vite fait bien fait. Ah oui, et j’ai réalisé au moment de sortir que l’interrupteur de la lumière raccorde à une multiprise douteuse se trouvait exactement dans la trajectoire du jet de la douche. J’ai à chaque fois l’impression de jouer à la roulette russe.
Tant que j’y suis, je check les chiottes. C’est du même acabit. J’espère sincèrement ne pas choper la turista, parce que malade dans des toilettes pareilles, c’est pas gérable. Sortie de la douche, anti-moustiquée de pied en cap, et si je me cuisinais un bon petit plat avec les trucs non identifiés que j’ai achetés ce matin ??? J’y ai renoncé assez vite. La cuisine, dans son genre, vaut la salle de bain : en entrant, j’ai vu une grosse chose d’au moins vingt centimètre de long bouger sur le mur. Un lézard. Inattendu, un peu flippant, mais j’ai fini par comprendre (ou me convaincre?) que c’était un lézard.
Le sol est pavé, comme toute la maison, et on trouve ici un évier qui tient plus de l’abreuvoir que de la cuisine IKEA, le réservoir d’eau potable est quasi vide et d’ailleurs l’eau est chaude. Le frigo me rappelle vaguement Mad Men (il doit dater à peu près de cette époque), et les deux plaques chauffantes ne chauffent absolument rien, vu que la bouteille de gaz est vide. Pas de dîner, donc.
Ne vous mĂ©prenez pas: la première soirĂ©e fut pleine de rebondissements, d’émotions, de suspense et de petits challenges (faire sortir l’Ă©nooorme scarabĂ©e de ma chambre sans hurler par exemple), mais au final, je me suis bien marrĂ©e (bon, un peu jaune j’avoue), et, trois jours après, tous ces petits Ă©vĂ©nements me semblent relativement normaux. Je suis en bonne voie je crois.
(cc) lecercle
posté le 23/03/2011 | 707 vues | aucun commentaire | tags: home sweet home installation dear catastrophe inde découverte Ailleurs
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