Ah, l’âme sœur. Le Graal, la quête d’une vie. Cette vue de l’esprit après laquelle on court sans bien savoir ce qu’il en est. Comme une promesse d’on ne sait pas trop quoi, au fond. De Bonheur sûrement. Que dis-je, de béatitude, au moins. D’osmose spirituelle. Un truc absolument transcendantal qui balaie tout sur son passage.
Apparemment, on en a tous une, vu qu’à la base, on était 2 à l’intérieur de nous. Oui, oui. A la base, on avait 2 jambes, 2 bras et 1 seule tête. C’est Zeus qui est venu mettre de l’ordre dans tout ça, parce que, du coup, on était bien trop puissant, on lui faisait peur. Genre. Il nous a donc coupés en 2, ce con ! Et c’est pour ça que maintenant, on court après notre moitié, notre âme-sœur, toute notre vie, comme des poulets sans tête. Sauf que nous, on ne cherche pas notre tête mais nos 2 autres bras et nos 2 autres jambes, en somme. Ne me regardez pas comme ça, c’est pas mon histoire, c’est celle de Platon. Et Dieu sait que Platon, c’était pas un con.
Moi, personnellement, j’ai trouvé mes 2 autres bras et mes 2 autres jambes, mais j’ai préféré les laisser sur leur propriétaire. Je trouvais ça un peu dégueulasse, sinon….
Mais bref, en fait, ce dont j’avais envie de parler, c’est pas tellement de l’âme sœur, ça, c’est banal et même un peu surfait. Ce qui m’intéresse, c’est l’inverse de l’âme-sœur que nous appellerons le corps-ennemi (le corps-frère, c’était pas très sympa pour mes frères et vu que je suis en minorité, je fais gaffe, quand-même).
De même que quand vous rencontrez votre âme-sœur, vous avez la sensation de la reconnaître (avec le temps qui se fige, le halo de lumière autour, la petite musique et tout et tout), quand vous rencontrez votre corps-ennemi, vous le savez immédiatement aussi. Toi, je t’aime pas. Et je t’aimerai jamais. D’emblée, vous savez que vous aurez beau chercher, fouiller, tirer par les cheveux, vous ne vous trouverez JAMAIS AUCUN point commun avec cette personne. Rien. Nada. C’est au moins aussi extraordinaire, non ? Et pourtant, on n’en parle jamais !
Il y a quelques années, j’ai eu l’occasion de rencontrer le mien, de corps-ennemi. Dés que je l’ai vu, j’ai su. J’ai penché la tête à droite, plissé les yeux, fait une grimace et je me suis dit « aïe ». Ce qui s’est bien évidemment vérifié par la suite.
Je n’étais jamais d’accord avec lui sur rien, il me contredisait sur tout. Je pensais blanc, il disait noir. Il détestait tout ce que j’aimais, il adorait tout ce que je méprisais, il avait des valeurs que j’exécrais, une morale franchement douteuse à mon goût, des passions que je vomissais, des centres d’intérêt qui me semblaient ridiculement méprisables. Je le trouvais laid à mourir, vulgaire, stupide, navrant, pathétique, horripilant. Et je n’ai aucun doute quant au fait que ça devait être tout à fait réciproque. (Même si tout le monde sait que dans l’histoire, la gentille, c’est moi. Bien entendu. Hummm.)
Bref, c’en était absolument fascinant. A tel point que malgré la sensation de dégoût irrémédiablement associée à sa présence, j’avais envie de croiser sa route juste pour pouvoir mesurer une fois de plus l’ampleur du phénomène. J’avais envie de l’écouter juste pour pouvoir me repaître de tout le mépris que m’inspirait la moindre de ses paroles, comme pour tester la puissance du corps-ennemi.
Je n’avais jamais ressenti un truc aussi épidermique pour quelqu’un. Ce qui me fait dire que c’est finalement aussi compliqué de trouver son âme-sœur que son corps-ennemi. C’est aussi extraordinaire de rencontrer son double positif que son double négatif. C’est aussi miraculeux de rencontrer quelqu’un qui nous ressemble en tout point que de rencontrer quelqu’un qui ne nous ressemble en rien.
Bon, si personne n’en parle et que tout le monde s’en tape, c’est parce que, pour extraordinaire que soit le phénomène, un corps-ennemi, ça sert à rien, en fait. Ca rend pas plus heureux, ça transcende pas grand-chose et ça change pas la vie. Mais quand-même, moi j’avais envie de rendre hommage à mon corps-ennemi, parce qu’en attendant, à chaque fois que je pense à lui, je m’aime un petit peu plus.
(cc)Â camil tulcan
posté le 08/03/2011 | 661 vues | aucun commentaire | tags: haine corps ennemi sentiment rencontre Ego trip
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