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J’ai rencontré Le Prince Miiaou… et elle m’a volé dans les plumes !

NDLR : La rédaction de Ladies Room a rencontré Le Prince Miiaou à l’occasion de la sortie de son troisième album, Fill The Blank With Your Own Emptiness, à paraître le 28 mars.

C’était juste pour la punchline, l’amour du bon mot, parce qu’en réalité, vraiment pas. Pour la petite histoire, cette interview prévue depuis pas mal de temps s’est révélée quelque peu impromptue, pour la simple et bonne raison que le dernier album de Le Prince Miiaou, Fill The Blank With Your Own Emptiness, je ne l’avais pas écouté.

J’ai rencontré Le Prince Miiaou… et elle m’a volé dans les plumes !Je vous vois venir : je fais mal mon travail, je devrais être châtiée. Mais pour ma défense, j’attendais la chronique d’une Lady qui n’est jamais arrivée ! (Les aléas du métier, que voulez-vous ma bonne dame…) Avec Loou sous le bras, nous nous rendons à une interview-promo d’un album dont je ne connais strictement rien, sauf peut-être Be Silent (au moins ça).

Pour autant, je savais que Le Prince Miiaou valait la peine d’y aller sans filet. Via les quelques vidéos que j’avais écoutées ça et là, de part et d’autre de la toile, les interviews que j’ai vues de la demoiselle, et l’écoute attentive et passionnée que j’ai faite de son précédent opus, Safety First, c’est la tête remplie du « Je-te-jette-rai-des-cail-loux » de Hawaiian Tree que je me lance, conquérante, dans l’exercice tant attendu de l’entretien au sommet. Comme dirait Jean-Pierre Pernaut : « Portrait. »

Maud-Elisa Mandeau, dite Le Prince Miiaou, a vingt-six ans. Elle n’est plus brune, mais blonde (et ça lui va très bien, mais ce n’est que mon avis). Et depuis quelques années, elle sévit sur la scène rock alternatif sous le nom de Le Prince Miiaou, titre qu’elle a piqué dans un livre de contes, « dans la table des matières. »

Ses trois albums, dont le dernier, Fill The Blank With Your Own Emptiness, sont auto-produits. Par défaut ou par choix ? Un peu des deux. L’artiste se révèle tout de go comme étant profondément indépendante, lorsqu’elle nous explique en quoi consiste exactement l’auto-production : « […] On reste propriétaire de sa musique. Je paye moi-même l’enregistrement de mon disque, et personne ne vient mettre son nez dans la production […] Je suis libre artistiquement parlant, je peux faire ce que je veux. »

Ses influences, de PJ Harvey à Florence & The Machine, en passant par Animal Collective, Arcade Fire, Cold War Kids, sont anglo-saxonnes. Selon elle, « de fait, la musique rock se fait en anglais, elle sonne en anglais. » On-ne-peut-plus à l’aise dans la langue de Shakespeare, elle est également plus libre de s’exprimer et y trouve son compte, là où le français chanté ne lui ferait pas de cadeau. Le peu de ses morceaux dans lesquels on peut l’entendre chanter en français, elle n’y fait que parler, ou, à la rigueur, chantonner. « Les mots dits en français résonnent tout de suite dans la tête des gens. […] On peut parler plus simplement en anglais, c’est moins choquant qu’en français. »

Fill The Blank With Your Own Emptiness, « du vide dans du vide pour du vide ? » Certainement pas. Cette question posée à la façon d’un Marc-Olivier Fogiel, je m’en serai bien passée, avec un peu de recul. Maud-Elisa, bien heureusement, ne se démonte pas : « C’est du vide très rempli, surtout. L’album est loin d’être vide, il y a beaucoup d’informations, c’est très arrangé. C’est comme quand tu te sens seule au milieu de plein de gens. Au milieu de plein de choses qui se passent autour de toi, tu te sens vide quand même, malgré tout. »

Et lorsqu’on lui parle de son rapport à la scène, le bât blesse. Ses deux plus grosses scènes à ce jour, les Eurockéennes de Belfort et le Casino de Paris en première partie de Benjamin Biolay, Le Prince Miiaou en garde un souvenir assez particulier : « Avant de monter sur scène, je suis morte de trouille. Je profite jamais du moment. Jusqu’à la fin, t’as qu’une seule envie, c’est de sortir de scène, mais il faut aller au bout. Et moi, ça passe pas. Y a pas ce truc du premier morceau, une fois passé, et [enfin] tu te sens à l’aise. Jusqu’au dernier morceau, je ne suis pas à l’aise. Mais quand je termine un concert et que je sors de scène, j’ai un grand sourire (pourtant je ne suis pas quelqu’un qui sourit) ; et rien que pour ça, ça vaut le coup. »

Maud-Elisa est une grande solitaire, qui aime vivre sa musique à l’abri de tout, expérimenter dans son studio à la campagne, où elle habite d’ailleurs. Elle écrit et compose tout, toute seule, même les partitions de ses musiciens — ne sachant pas les écrire, elle compose tout sur ordinateur et eux reproduisent IRL : « Je ne pouvais pas jouer de tout. J’avais les idées dans ma tête, mais je ne savais pas jouer de la batterie. Pour mon premier album, je ne savais pas enregistrer le son de ma guitare, alors je n’ai joué que du piano à la souris d’ordinateur. »

Et après de longues heures passées devant sa machine, par mimétisme, elle apprend à guider bon gré mal gré ses musiciens, avec le peu de connaissance musicale qu’elle a à son actif. « Une approche plus naïve et personnelle », selon ses propres termes, qui, plutôt que desservir sa musique, lui donne toute sa saveur et conforte Le Prince Miiaou dans son univers propre.

Les collaborations avec d’autres artistes, Le Prince Miiaou n’y pense pas vraiment. Dans l’absolu, n’importe qui : « On est pas forcé d’être musicien pour avoir des idées ; j’aime bien demander l’avis de gens qui […], sur scène, ne reconnaissent pas une basse d’une guitare ; […] leur avis est toujours très curieux. » En revanche, son perfectionnisme l’oblige à s’imaginer collaborer avec quelqu’un qui ne l’empêchera pas de mener sa barque comme elle l’entend. Parce que Maud-Elisa n’a pas encore envie de partager ce qui lui semble encore non abouti : « A la fin de chaque album, je me dis : « Bon, tant pis, je ferai mieux pour le prochain. »

A l’heure où je vous parle, je n’ai toujours pas eu l’occasion d’écouter Fill The Blank With Your Own Emptiness, pourtant, le clip du jour, c’est sans nul doute J’ai deux yeux, extrait de l’album. Je m’aperçois en sus avoir deux grandes oreilles, et j’aime tout autant ce que je vois que ce que j’entends. Ne faites pas comme moi, si vous vous retrouvez avec l’album de Le Prince Miiaou dans les mains, gardez-le pour vous. Et profitez-en, bon Dieu, c’est du pain béni.

Le Prince Miiaou – Fill The Blank With Your Own Emptiness – Sortie de l’album : 28 mars
En concert le 29 mars au Divan du Monde, Paris – Festival
« Les Femmes S’En Mêlent »

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