Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

26. mai 2012

Mot de passe oublié

Le facteur ne sonnera plus deux fois…

Il y a quelques jours, en déménageant le studio qui a abrité ma vie étudiante, et que j’ai quitté définitivement voilà maintenant 6 ans, je suis retombée par hasard sur une vieille caisse en carton, boîte de Pandore de ma jeunesse pas si lointaine. A l’intérieur, des dizaines de lettres reçues pendant toute mon adolescence : de mes amis, de ma famille, de mes correspondants, de mes meilleures copines… Et en replongeant dans la lecture de ces feuillets dont l’encre commence parfois à s’effacer, j’ai ressenti comme un tourbillon vers le passé…

airmail.jpgL’espace de quelques instants, je me suis retrouvée en plein mois d’août, sous la chaleur écrasante du soleil de la Haute-Loire (oui, il fait chaud l’été dans le Massif Central) : chaque jour de la semaine, pendant les grandes vacances, à 14 heures précises, je courais en direction de la boîte aux lettres, située à 200 mètres de la maison. L’herbe était toute jaune, brûlée par le soleil, et me piquait toujours les pieds dans mes sandales, mais je me dépêchais. J’arrivais alors à la boîte aux lettres : rien… La déception. Ou peut-être le facteur n’était-il pas encore passé ?

J’attendais alors quelques minutes, avec l’espoir de voir arriver la camionnette jaune… Parfois, je l’apercevais sur la route du retour, au loin, derrière l’autre champ : rien pour moi aujourd’hui. Alors je rentrais tristement à la maison, en espérant que le lendemain serait plus fructueux. Et parfois, en apercevant notre petite boîte de bois (homemade : merci Papa qui nous a fabriqué la boîte aux lettres la plus cool de la Terre…), je voyais dépasser un bout d’enveloppe : il y avait du courrier !!!!

J’ouvrais l’enveloppe avec avidité et, tout en marchant très lentement vers la maison, je me régalais des longues lettres que je recevais de Floride et de toutes les stations balnéaires de France (oui, mes copines allaient toutes à la plage : j’étais la seule à passer mes vacances dans le trou du cul du monde à la montagne).

Quelle joie de redécouvrir toutes ces enveloppes colorées, toutes ces écritures d’ado, tous ces autocollants posés pour décorer les pages, tous ces petits dessins, ces collages, ces “petit facteur, dépêche-toi car mon cÅ“ur n’attend pas” et ces “Big Bisous Bien Baveux Belle Blonde”… Et ces cartes postales écrites du bout du monde : “gros bisous de Turquie”, “On pense à toi depuis le Mexique…”. Des petits bouts de voyages que je n’ai pas encore faits.

Et puis ces lettres précieuses, écrites par ma grand-mère, avec son écriture d’un temps passé, fine et arrondie comme ces personnes qui ont appris à écrire à la plume, reconnaissable au premier coup d’Å“il. Et ces lignes qu’elle rajoutait toujours à la verticale, pour ne pas gâcher de papier et utiliser chaque centimètre de feuille ! Quand on perd un être cher, il reste les souvenirs qui s’effacent peu à peu et que le temps réécrit. Il reste ces photos figées, captures d’un moment fugace.

Mais la voix s’en va. L’odeur s’estompe. Parfois, on sent une effluve au détour d’une rue ou d’une pièce - “Tiens, ça sent Mamie” - et puis c’est parti. On ne peut pas garder les odeurs, c’est dommage. Ni le son de la voix. Mais l’écriture, c’est un peu sa parole qui resterait pour toujours. Ce sont ses mots, ses expressions, ces petites choses qu’elle me disait et qui à l’époque étaient anodines mais me font sourire aujourd’hui.

Et ces deux missives envoyées par mon père, qui n’écrit jamais. “Ma chérie, nous t’attendons comme on attend Noël : avec beaucoup d’impatience, même si on sait que ça va venir vite”. “Je t’envoie du thé Earl Grey, comme tu n’en trouves pas aux Etats-Unis : j’espère que le colis passera la douane” (oui, lors de mon bref passage à Cincinnati - Ohio - j’ai gravement souffert du manque de thé à la bergamote. Don’t judge me : chacun ses petites manies).

Et cette lettre que m’avait envoyée ma sÅ“ur la première fois que j’ai quitté la maison “pour de bon”, pour partir faire mes études loin. Ok, j’avoue, en la relisant toutes les deux, on s’en est tapé une bonne tranche (de rire) : ma frangine a toujours eu le sens de la formule.

Elles sont toutes là, bien classées dans ma boîte en carton. Et je réalise que mes enfants ne connaîtront jamais ça : ils ne sauront jamais l’attente du facteur, la joie de recevoir des nouvelles, de découvrir ce qui se passe à l’autre bout du pays… Aujourd’hui, on n’écrit plus de lettres : au mieux, on s’envoie des emails pour se raconter les choses. Et avec les SMS, Facebook et les portables, toutes les nouvelles circulent en temps réel.

Si je n’ai pas oublié la dernière lettre que j’ai envoyée, je ne me souviens même plus de la dernière que j’ai reçue (le gentil petit courrier de Monsieur le Trésor Public, qui m’invite à me couper une jambe pour payer mes impôts, ça ne compte pas, bien sûr…)… Et la dernière fois que j’ai ouvert notre boîte aux lettres, une grosse araignée y avait élu domicile : mon petit facteur ne se dépêche plus. Il ne passe même plus. Le courrier restera-t-il lettre morte ?

(cc) Kasaa

 

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Le Big Bisou Bien Baveux Belle Blonde (Brune pour moi en l’occurrence) ; un classique du genre. :)


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