Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

26. mai 2012

Mot de passe oublié

Violet

J’interviewe des collègues auteurs sur mon site Brèves de vies et je suis toujours Ă  la recherche de nouveaux Ă  interviewer. Et il m’arrive de tomber sur des rĂ©flexions du type “Marc Levy c’est de la merde” en gĂ©nĂ©ral par des auteurs peut-ĂŞtre plus mĂ©ritants, plus talentueux que lui mais certainement pas avec les mĂŞmes chiffres de ventes. Et ils se targuent d’Ă©crire de belles figures de styles, des histoires merveilleusement bien construites mais elles ne marchent pas. Pourquoi ?

marc-levy.jpgLa vĂ©ritĂ© c’est que la majoritĂ© des auteurs et de ceux qui espèrent un jour l’ĂŞtre, moi y compris, Ă©crivent leurs romans parce qu’ils ont eu une idĂ©e comme ça sur un coup de tĂŞte, sans se prĂ©occuper de la demande des lecteurs, ni de savoir si le roman va marcher. Ils Ă©crivent un roman qu’ils veulent lire, eux, et qui montrent le plus Ă  quel point ils ont bien retenu leurs leçons de français.

C’est tellement facile de critiquer Marc Levy, après tout la France entière le fait, mĂŞme Zemmour et Naulleau. Mais qui peut vendre autant ? A ceux qui me retorqueraient “Mais les chiffres de ventes ne sont pas les plus importants, l’important c’est l’intĂ©gritĂ© !”, je rĂ©ponds : L’intĂ©gritĂ© ? Mais laquelle ? On perd son intĂ©gritĂ© chaque jour quand on s’Ă©crase devant son patron, quand on insulte les autres automobilistes au feu. Que je sache, M. Levy n’a pas plus perdu son intĂ©gritĂ© que les autres auteurs qui vont au CafĂ© de Flore tous les midis. D’aillleurs l’intĂ©gritĂ© est un bien grand mot et fait partie des choses Ă  sacrifier pour atteindre son rĂŞve. Mais passons.

Pour qui Ă©crivez-vous ? Si c’est par plaisir personnel, autant ne pas se fatiguer Ă  ĂŞtre publiĂ©, laisser les manuscrits dans un tiroir du bureau et les ressortir tous les dimanches. Un Ă©crivain est au service des lecteurs et si le lecteur aime des choses gentilles et faciles, pourquoi lui fournir le contraire ? On est en 2011. Si les lecteurs n’aiment plus les allitĂ©rations et les assonances, c’est bien dommage mais ce n’est pas la fin du monde.

Le milieu de l’Ă©dition, et chaque jour je me lamente que cela soit ainsi, est un milieu d’affaires oĂą les Ă©diteurs doivent avoir de bons chiffres de vente et de best sellers. Bien sur, on peut rarement prĂ©voir qu’un livre marchera mais on peut s’inspirer de ce qui cartonne en ce moment. Comment peut-on dire qu’un auteur n’a pas de talent quand tant de personnes lisent et apprĂ©cient ces livres ? Si j’avais ce genre de talent, j’aurais moins de problèmes en tant qu’auteure.

Pour conclure, si de toute façon le travail de ces Ă©crivains qui critiquent Marc Levy est si gĂ©nial, ils seront acclamĂ©s, si n’est de leur vivant, mais au moins Ă  titre posthume. J’ose espĂ©rer mĂŞme si c’est assez peu vrai, que le talent finit toujours par percer…

 

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Je ne permettrais pas de qualifier la littĂ©rature de Marc Levy de Mer**, mais disons que ce n’est pas ma came : on en lit un, on les tous lu, et avec les volumes, la patience s’effrite et la frustration s’installe. Donc, pour ne pas rester idiote, j’ai lu un ou deux Levy, tout comme Guillaume Musso et Mary Higgins Clark.

Je ne suis moi-mĂŞme ni journaliste, ni auteur, mais je n’estime pas le travail d’un romancier au nombre de ses ventes. Tu me diras, s’il vend, c’est qu’il est lu et c’est qu’il plait. Ça ne m’a jamais embĂŞtĂ© d’”avaler” un AmĂ©lie Nothomb sur la plage, elle en fait un sur 3 de bon.

Je ne sais pas si Levy a perdu son intégrité, mais à sortir un livre par an, comme Eastwood un film, on finit par épuiser et le lecteur et son inspiration et par appauvrir son écriture. Enfin, ça demande un vrai travail la littérature, le Levy de Noël, parfaitement marketé comme le Disney de Noël, ça va bien une année et puis on va voir ailleurs.

Je ne suis pas certaine que les lecteurs aiment les choses “gentilles et faciles” ; et ce n’est certainement pas avec ce genre de lectures qu’on fait Ă©voluer les mentalitĂ©s et qu’on dĂ©veloppe ses exigences. Marc Levy est une lecture de paresseux et de dilettantes, on peut tous craquer certes, mais ça n’engage que moi.


 

Je ne suis pas d’accord avec le fait que plus on sort de lives, moins ils sont bons. C’est le boulot d’un auteur de se recycler, de trouver chaque jour plus d’inspirations pour Ă©crire de bons livres. Je ne crois pas au fait, que comme le bon vin, un livre qu’on a mis 10 ans Ă  Ă©crire est forcĂ©menet bon. Des auteurs comme Joyce Carol Oates le prouvent rĂ©gulièrement. En quoi on-t-ils perdus leurs intĂ©gritĂ©? Et s’ils ont en une pourquoi devraient -ils la garder?

Je ne sais pas vraiment ce que les gens aiment, en quoi Marc Levy serait une lecture de paresseux? Quand on lit, disons, Houellebecq alors on aime le travail intellectuel et on en fait? Les romans sont la pour faire évader les lecteurs. Le travail intellectuel on le fait quand on lit des essais.


 

Violet, pour ĂŞtre du mĂ©tier, je te promets que Marc LĂ©vy, je ne l’aurais jamais publiĂ©. Il faut dire aussi que je n’ai jamais travaillĂ© dans l’Ă©dition mainstream, mais plutĂ´t dans l’Ă©dition engagĂ©e (que ce soit politiquement ou religieusement, voire les deux). Je crois aussi au petit livre que tu dĂ©couvres dans le coin d’un rayon, limite si les vendeurs ne le foutent pas au rebut. Mais bien sĂ»r, il faut aussi se retrouver avec une certaine curiositĂ© intellectuelle.

Lors de mes entretiens d’embauche, j’ai choquĂ© un Ă©diteur d’essais quand j’ai balancĂ© que mes deux auteurs prĂ©fĂ©rĂ©s Ă©taient Umberto Eco et Bernard Werber. Avec ce bagage, je n’aurais jamais pu bosser par exemple chez Gallimard. Et puis, quand je veux m’Ă©vader, je lis des policiers historiques. Mais mĂŞme mes copines se posent des questions quand je leur dis que je n’ai pas lu Katherine Pancol, Fred Vargas ou Anna Gavalda.


 

Je n’ai jamais lu Marc Levy, ni Musso, ni Gavalda, ni Nothomb.

J’aime Despentes, Beigbeder, George Sand ceux qui Ă©crivent aussi naturellement qu’ils pensent.


 

Ca me rappelle un passage magique des Poupées russes entre Romain Duris et Audrey Tautou, voyez plutôt : http://www.youtube.com/watch?v=nx_OP6Od7Uw


Oui, en effet, les bullettes, c’est de la merde… N’empĂŞche que la collection Arlequin est lue par des milliers de jeunes filles en fleur (et pas que), Marc Levy par des millions de gens dans le monde… Alors oĂą on s’accorde pour dire que les gens aiment la merde, ou on met de l’eau dans notre vin et on se dit qu’effectivement, ça n’est pas très Ă©laborĂ©, les histoires d’amour tarabiscotĂ©es on les connaĂ®t, mais ça passe le temps et ça marche. Cracher dessus n’est que pure condescendance.


 

@Rose H : on n’a mĂŞme pas le droit d’ĂŞtre militant ?


 

@Storia : Tu peux ĂŞtre militante si tu veux, ce n’est certainement pas moi qui vais t’en empĂŞcher. Cependant, faut quand mĂŞme se rappeler que se vouloir militant et/ou engagĂ© dans un système capitaliste c’est quand mĂŞme grosso modo pĂ©daler dans la choucroute. On le sait que c’est pas la qualitĂ© qui fait vendre, mais bon, chacun fait, fait, fait, ce qui lui plaĂ®t, plaĂ®t, plaĂ®t.


 

Mais cela n’empĂŞche pas de proposer autre chose. Il y a dans ce monde, Ă  mon avis, une ou deux personnes qui recherchent des lectures de qualitĂ©. Et comme dirait un certain JĂ©sus-Christ : ” Quand deux ou trois personnes sont rĂ©unis en mon nom, je suis lĂ  au milieu d’eux”. En gros, ce n’est pas parce que le lectorat sera limitĂ© que ça ne vaut pas le coup de le faire…


 

Levy a reconnu lui-mĂŞme qu’il n’Ă©tait pas vraiment Ă©crivain : http://www.rtlinfo.be/info/magazine/livres/128671/marc-levy-je-n-oserais-pas-me-dire-ecrivain-


Et de toutes façons, il n’a effectivement pas moins d’intĂ©gritĂ© que toutes les vedettes de la littĂ©rature française : que ce soit Beidbeger et son nez enfarinĂ© ou Houellebecq qui passe son temps Ă  se plaindre de la France mais qui prĂ©fère se casser en Irlande parce qu’il paye trop d’impĂ´ts. Bref, c’est pas l’intĂ©gritĂ© qui les Ă©touffe les auteurs. Ensuite si Levy se vends, c’est pour la mĂŞme raison que les gens regardent la tĂ©lĂ© ou lisent des journaux gratuits : pas besoin de rĂ©flĂ©chir. Bref, c’est la poire d’eau tiède pour le lavement cĂ©rĂ©bral.

Après quel est le problème ? Les gens veulent lire des trucs prĂ©machĂ©s, et Marc Levy en fournit en veux-tu en voilĂ …

C’est le mĂŞme cirque pour tous les autres mass-media, alors je vois pas pourquoi ça le serait pas pour la littĂ©rature.


“Le milieu de l’édition, et chaque jour je me lamente que cela soit ainsi, est un milieu d’affaires oĂą les Ă©diteurs doivent avoir de bons chiffres de vente et de best sellers.”

VoilĂ , les maisons d’Ă©dition sont des entreprises. Les entreprises doivent faire du chiffre. En particulier les grosses maisons d’Ă©ditions.

Après, si en tant qu’Ă©diteur, tu publies Ă  33 exemplaires parce que tu sais que c’est rĂ©servĂ© Ă  un marketing de niche, donc tu peux effectivement te permettre d’ĂŞtre plus sĂ©lectif dans tes choix de publications.


Et Umberto Eco, c’est pas non plus le plus underground des auteurs (16 millions de vente pour Le nom de la rose).


 

@Rose Je suis d’accord avec toi, et c’est ce que je dis dans cet article: Bien sur que les histoires ne sont pas originales mais elles utilisent des codes qui marchent et qui touchent des milliers de gens et c’est une force non nĂ©gligeable, qu’on ne peut tout simplement pas rĂ©sumer en disant que “les gens sont des moutons de nos jours”. En tout cas penser ça en tant qu’artiste, c’est du suicide.

@Traulever: Je suis tout aussi d’accord avec toi. Il faut se vendre, particulièrement dans le domaine artistique. Comme je l’ai dit sur mon blog, les gens lisent Marc Levy pour se divertir. S’ils veulent rĂ©flĂ©chir, ils connaissent les rayons essais

@storia Giovanna: J’ai eu la chance d’ĂŞtre publiĂ©e 2 fois par 2 maisons d’Ă©ditions diffĂ©rentes mais Ă  mon niveau, mes nouvelles ne sont mĂŞme pas du domaine des livres que l’on dĂ©couvre dans une librairie. J’ai commencĂ© Ă  Ă©crire très jeune et je me suis toujours dit que j’Ă©crirais des trucs “undergrounds” mais maintenant j’ai grandi, et je veux Ă©crire des histoires qui passionnent le plus grand monde. Ce qui est le cas des deux auteurs que tu as postĂ©s et qui ne sont pas vraiment underground…


 

Moi mĂŞme en tant que secrĂ©taire d’Ă©dition, je publie un livre pas très underground, puisque je publie la Bible :). Mais j’ai aussi participĂ© Ă  la publication de livres d’essai très engagĂ©s dans la boĂ®te oĂą j’Ă©tais stagiaire (Vincent Geisser, tu connais ?). Il ne suffit pas d’Ă©crire “underground” pour me plaire personnellement. Mais, a priori, je prĂ©fère une histoire bien Ă©crite Ă  une histoire universelle, mais niaise.


 

Non, je ne connais pas Vincent Geisser mais je serais ravie de le lire. Je pense que la ou rĂ©side la force d’un grand livre, c’est de raconter une histoire universelle, mais Ă©crite Ă  la sauce de l’auteur.


 

Bonjour, je m’appelle Myamya et je suis une lectrice de Marc Levy… voilĂ  c’est dit, c’est avouĂ©!


Avoué ET assumé!

Je suis une lectrice: je lis de tout et de rien… fonction de mes humeurs, de mes Ă©tats d’âme, de mes Ă©tats de fatigue, des lieux oĂą je suis..etc…

Et (lĂ  je vais rejoindre PoupĂ©e Russe et Tauveler), je lis du Marc Levy quand je suis prise d’une flemmingite aigĂĽe… il est en effet ultra facile Ă  lire, d’une main, d’un oeil… tu ne peux pas perdre le fil de l’histoire puisque (justement) tu la connais (ou tu la devines)…

M.L (dĂ©solĂ©e pour l’abrĂ©vation) a cet avantage d’Ă©crire des phrases simples de comprĂ©hension, facile Ă  lire…

Et il ne faut pas oublier qu’une grande partie de la population française est illĂ©trĂ©e (attention, rien Ă  voir avec l’analphabĂ©tisme), qu’une autre partie ne fait pas forcĂ©ment partie des “intellectuels” et qu’il n’existe qu’une petite partie qui lise de l’underground (+/-)… Et que certe, ML ne plaĂ®t pas Ă  cette dernière partie mais elle n’est pas majoritaire…


Et comme nous sommes dans un monde de consommation (lĂ  je rejoins Rose-H), et bien il faut atteindre la masse pour faire du chiffre.


Pour finir, pour avoir travaillĂ© en caisse dans un magasin de grande distribution culturelle (pas celui au logo rouge, l’autre au logo moutarde), j’ai vu BEAUCOUP de M.L passer et autant de profils de lecteurs diffĂ©rents… et bien souvent je me suis fait la rĂ©flexion suivante: certe c’est de la lecture “facile” mais les livres de ML permettent Ă  certains d’accĂ©der Ă  la lecture, de mettre un pied dans les livres…

Car franchement vous imagineriez votre voisine Madame Duchemin qui vous “cause et qui lui dit des trucs tu vois quoi!” ouvrir un livre dans sa vie qui ressemblerait plus Ă  Guerre et Paix ou encore les Bienveillantes?

Ainsi certains dĂ©marrent par un ML et vont crescendo… et d’autres restent au niveau ML, mais au moins ils lisent.


Et la lecture, quelle qu’elle soit, c’est faire travailler son esprit, dĂ©clencher une curiositĂ© qui est parfois endormie…etc


Je pense que ceux qui disent que ML c’est de la M****, sont un peu comme ces adultes, qui en entrant au rayon BD, se lamentent en disant que leurs gosses (ou petits enfants) ne lisent QUE ça et que ce ne sont pas des livres…


VoilĂ , je crois que j’ai tout dit ce que j’avais dans la tĂŞte.. :-D

(Violet j’aime beaucoup ta photo sur ton blog!)


 

J’apprĂ©cie beaucoup ton commentaire Myamya: il y a des littĂ©ratures bonnes ou moins bonnes mais l’essentiel, c’est dĂ©ja de lire. Certains considèrent la littĂ©rature pour enfants comme de la “fausse” littĂ©rature, ce qui me touche parce que je veux Ă©crire pour eux) alors que les personnages sont admirablement construits et les intrigues tiennent en haleine les lecteurs jusqu’au bout, contrairement Ă  beaucoup de romans adultes.

Et merci pour ta remarque sur ma photo!


 

@Violet,

haaaa! la littérature enfantine!

une fois, j’ai croisĂ© une dame au rayon jeunesse dans une librairie… moi pensant bien faire, je voulais lui partager mes lectures (oui je suis la cliente un peu reloue du rayon jeunesse mais j’aime tellement ça les livres!) puisqu’elle avait l’air de chercher une idĂ©e…

Je suis malheureusment tombĂ©e sur une coincĂ©e du cerveau (le reste ne me regardant pas!) qu im’a rĂ©torquĂ© mot pour mot “de toute façon, je ne vois mĂŞme pas pourquoi on fait des livres pour enfant… je ne pense pas qu’ils comprennent l’histoire!” et d’ajouter “ho mais je connaise, je suis une ancienne bibliothècaire section jeunesse”… OMG!


La littérature enfantine est UNE littérature et les enfants suivent/comprennent/aiment ces histoires qui leur parlent.


Je suis maman et je ne me vois pas faire goĂ»ter aux joies de la lecture Ă  des enfants en commençant par Le dernier jour d’un condamnĂ© de Victor Hugo (par exemple)… ça rejoint un peu l’idĂ©e de Guerre et paix pour notre voisine citĂ©e plus haut!lol


Et une fois qu’ils ont mordu Ă  l’hameçon, ils ne veulent plus lacher: j’en ai pour preuve Pitchoun (loin du CP) Ă  la maison qui me demande de lui lire du Petit Nicolas alors que c’est annoncĂ© “Ă  partir de 8/9 ans”… je sais qu’il y a des dĂ©tails, des jeux de mots qui lui Ă©chappent largement quand je lui lis une aventure du petit garçon mais c’est l’histoire dans sa globalitĂ© qui touche.


alors, si tu as envie d’Ă©crire pour eux: fais le! C’est un excellent public (mĂŞme si parfois, ils peuvent prĂ©fĂ©rer un livre avec Flash Mc Queen car c’est plus commerciale! :-DDDDD)


 

En fait Myamya, j’Ă©cris depuis toujours pour eux mais je ne m’en suis rendue compte que rĂ©cemment! Et c’est vrai qu’ils sont l’un des meilleurs publics!


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