En cette fin d’année 2010, j’en suis à la moitié de mon CIF (Congé Individuel de Formation).
Un petit rappel : courant 2009, je monte un dossier de CIF (Congé Individuel de Formation) auprès du FONGECIF Ile-de-France, pour la prise en charge d’une formation professionnelle. Je n’ai pas vraiment d’idée sur ce que je veux, mais je souhaite surtout prendre une revanche sur la vie, moi qui ai abandonné à vingt ans, mes études supérieures, à une année de mon diplôme bac+5 ; et laisser derrière moi mes années d’assistanat, où, à défaut d’être bien payée, je m’ennuie comme un rat mort.
D’une certaine manière, j’ai de la chance dans ma précarité, car je ne vais devoir rendre compte à aucun employeur, puisque je sors d’un CDD et que je suis dans une période off (c’est ce qu’on appelle un CIF CDD, beaucoup moins connu que le CIF classique où on reste rattaché à son entreprise).
Je décide de m’orienter vers le droit immobilier, qui m’a toujours attirée, en m’inscrivant à une formation renommée auprès des Arts et Métiers. Cette formation est proposée à Paris, mais aussi dans plusieurs villes de province, dont Montpellier, où une de mes plus vieilles (enfin, je veux bien sur dire plus « expérimentée ») amies d’enfance me presse de venir la rejoindre : « Tu verras, ça te fera du bien ». Le problème, c’est que je n’aime pas les changements, ou plutôt que ceux-ci m’insécurisent énormément. Mais sur le papier, pas de doute, c’est un plan génial : une des villes françaises où il fait le mieux vivre, un appartement sympa et pas cher à la limite du centre-ville et à cinq minutes à pied de la fac ! Après maints et maints affres, j’ai fini par signer. En avant Montpellier !
J’ai déménagé ma maison dans ma Clio 1, j’ai mis mon appartement en location et je suis partie à l’assaut de ma nouvelle vie et de ses promesses de lendemains qui chantent.
Le destin m’a fait un nouveau signe de main (ou de quéquette, je ne sais pas trop) : dix jours avant mon départ, je rencontrais mon amoureux, qui m’attend patiemment depuis plus d’un an devant le pas de notre porte, à Paris. Ce n’est jamais facile l’amour à distance, mais l’important avant tout, c’est l’amour, et il m’a bien piqué.
Alors, à part quelques réglages, où en suis-je de mon CIF ? Alors que je potasse depuis quelques semaines de nombreux articles sur le monde du travail, je me suis interrogée sur ma démarche. La plupart des salariés qui se lancent dans une reconversion font un virage à 180° (exemple de Bruno) : 50% des diplômés changent d’entreprise ou de secteur (2). Et moi, je persiste dans un secteur où… je ne me sens pas bien. Il est vrai que ma formation va m’apporter un diplôme bac+4, mais je sais que ce n’est pas une question de compétences : je me sens mal au bureau.
Depuis que j’ai pris conscience de ma PS, avec ces mots, je cristallise toutes mes angoisses sur mon lieu de travail, mes collègues et ma hiérarchie. La plupart des phobiques ont peur du premier contact. Moi, tant que je reste anonyme pour l’autre et l’autre pour moi, je suis parfaitement à l’aise. Mais dès que je dois m’affirmer en tant que « la poupée russe », je me replis sur moi. J’ai bien essayé de faire la « poupée suédoise », mais ça a moyennement marché ; et je suis en train de me résoudre à faire « poupée au chômage professionnelle » ou « poupée au foyer ».
Enfin, je panique grave ! En France, on sait bien que le diplôme ouvre toutes les portes, mais j’ai peur que, par un vilain coup de ressort, elles me reviennent en pleine poire. Parce que pour survivre en société, et plus particulièrement dans le microcosme de l’entreprise (idem pour l’école si vous êtes étudiant), il faut exister. Exemple : c’est la vint millième fois que je suis invitée à un pot pour une excuse quelconque (les règles de ma boss, l’anniversaire du chihuahua de la standardiste, le départ en retraite du stagiaire), et je fais bêtement tapisserie, bloquée sur mon sourire de « je-suis-super-détendue-je suis-trop-avec-vous-qu’en-est-ce-que-je-me-barre ». Je suis pourtant curieuse de mes collègues des autres services, sauf que rien ne me fait plus peur que de pénétrer dans un bureau où se tiennent plusieurs personnes qui ne me captent même pas, mais où j’ai l’impression que la boîte entière est en train de me désigner du doigt en ricanant ; c’est ça la PS, et c’est chouette, einh ?
Donc, avec ou sans diplôme, je suis toujours dans le caca, car, sans relations sociales, pas de vie professionnelle, pas d’efficience, donc ennui énorme, déconcentration, démotivation et… démission, j’ai déjà fait plein de fois !!
J’ai bien commencé à prendre un super médicament il y a maintenant six mois. Je suis moins anxieuse, j’arrive à pondre beaucoup plus d’articles pour LR sans me prendre la tête, mais en même temps, je finis par me foutre un peu de tout. Je flotte sur un nuage de coton : adieu les soucis, mais adieu les initiatives, les enflammages, les enthousiasmes. C’est là que je me dis qu’il faut un peu de frustration pour avancer dans la vie.
C’est quand même deux ans de ma vie et quelques milliers d’euros de formation qui sont en jeu.
Ce qui me manque : de la confiance en moi.
En même temps, j’ai dépassé la phase vraiment difficile de la maladie : attaque de panique, dépression… Je me retrouve finalement dans le cas de beaucoup de personnes sur le marché du travail, voire de beaucoup de femmes qui cherchent à s’imposer.
J’ai bétonné mon dossier lors de mon inscription, mais en fait, quand on veut changer de vie, il faut parfois sortir le nez du problème et avoir une vue d’ensemble.
Pourquoi ai-je donc choisi une reconversion dans le tertiaire, où la vie de bureau est quasi-incontournable ? J’aurais pu devenir jardinière, et parler aux fleurs. Ou vétérinaire, et parler aux animaux. Ou gynécologue, et parler aux… enfin vous voyez.
J’aurais pu devenir cuisinière, ah non, là , on me tape sur l’épaule on me dit que c’est pas possible !
Et vous vous avez une idée ?
Â
Quelques articles :
(1) Blog “Je me reconvertis”Â
(2) Site du Fongecif : “Le CIF, ça change une vie”Â
(3) Blog “Tout pour changer”Â
(4) “Obtenir un CIF en quatre Ă©tapes” (L’Express)Â
posté le 13/12/2010 | 425 vues | 6 commentaires | tags: CIF Fongecif reconversion PS bureau
Je ne peux pas parler de CIF, mais je suis un peu dans la mĂŞme situation.
J’ai fait 5 ans d’Ă©tudes dans un an domaine qui me plait (et j’ai mis un certain temps Ă le trouver : l’information documentation). Je me retrouve donc Ă 25 ans, fraichement diplĂ´mĂ©e et avec un minimum d’expĂ©rience (plusieurs stages). Mais la crise arrive et le mĂ©tier que j’ai choisi (documentaliste mais pas en CDI, en entreprise ou autre Ă©tablissement) disparait tout simplement.
Aujourd’hui j’ai 26 ans et je commence Ă m’interroger concernant une Ă©ventuelle reconversion professionnelle. Difficile de devoir faire une croix sur un mĂ©tier qu’on a longtemps cherchĂ©, surtout pour se retrouver Ă un faire un autre qui nous plaira forcĂ©ment moins. Mais il faut bien survivre…
Tu sais, tu m’as dĂ©jĂ rencontrĂ©e IRL, donc tu sais un peu mon parcours, que j’ai aussi largement exposĂ© sur LR. Bac Ă 17 ans, master de recherche en histoire, tout cela pour passer les concours de la fonction publique culturelle. Peine perdue, Ă 23 ans, je me retrouve avec un bac +5 et pas d’avenir. Comme je voulais absolument bosser dans la culture, j’ai rĂ©flĂ©chi. En mĂŞme temps, j’ai passĂ© un an au chĂ´mage. Ca m’a permis d’entamer une thĂ©rapie (que je n’ai pas finie), mais aussi de voir comment je pouvais allier culture et secteur privĂ© (sacrilège). Je suis devenue tour Ă tour, au grĂ© des mini-stages, documentaliste, secrĂ©taire d’Ă©dition, libraire et graphiste dans une imprimerie.
Disons que j’ai eu la chance d’ĂŞtre prise Ă temps, et donc de m’adresser Ă la mission locale (ben oui, j’avais 24 ans ^^) qui m’a rĂ©orientĂ©e sur un processus de rĂ©orientation. J’ai refait une annĂ©e Ă la fac, puis j’ai saisi les opportunitĂ©s qui s’offraient Ă moi (25 ans, pas d’engagement familial, vite, Ă Paris !). Je peux t’assurer que j’en ai chiĂ©, mais le facteur chance a bien marchĂ© pour moi aussi…
Aujourd’hui, le monde du travail n’est plus un long fleuve tranquille.
Quand je vois la miss Plipli qui est obligĂ©, Ă 26 ans, Ă peine ses Ă©tudes terminĂ©es, de penser Ă une reconversion parce que elle n’est plus en adĂ©quation avec le monde du travail, ça fait peur !
Mais ce n’est pas un problème rĂ©cent : alors faut-il se rĂ©soudre Ă choisir une voie “pour vivre” ou respecter ses envies et en chier ? Je n’ai pas de rĂ©ponse. Il y a certainement des voies intermĂ©diaires, comme pour toi, miss Storia, mais voilĂ , ça demande de s’accrocher et de tenter de nombreuses expĂ©riences pour enfin dĂ©goter le taff oĂą tu concilies tes envies et un secteur porteur…
Moi Ă 37 ans, je manque de marge, mais je ne baisse pas les bras, mĂŞme si le monde du travail est une vĂ©ritable chausse-trappe pour les femmes qu’on tente dĂ©sespĂ©rĂ©ment d’enterrer dans des postes ineptes, notamment en assistanat. Et je ne suis pas paranoĂŻaque.
Je garde le moral : je vais dĂ©crocher mon diplĂ´me et m’accrocher, c’est dit !
Et en mĂŞme temps, je dis que l’assistanat, comme les mĂ©tiers manuels, est trop connotĂ© “travail de bon(ne)s Ă rien”. Personnellement, mĂŞme avec mon bac +5, je ne me voyais pas (et je ne me vois toujours pas) patronne. Donc je me dis que l’assistanat est une excellente solution pour qui cherche Ă ĂŞtre active sans pour autant ĂŞtre en première ligne, source de chocs mentaux assez lourds. Et quand je vois les secrĂ©taires administratives de toutes les boĂ®tes oĂą j’ai bossĂ©, je me dis parfois qu’elles ont nettement plus de valeurs que leurs patrons.
C’est vrai que les assistantes ont de nombreuses valeurs cachĂ©es, parfois mĂŞme des carrières contrariĂ©es. Mais j’en connais aussi des frustrĂ©es et des tire-au-flan. Et si nos responsabilitĂ©s restent “limitĂ©es”, on est toujours au premier plan du stress, le boss qui passe ses nerfs (nombre de caractĂ©riels chez les petits chefs), les autres services qui ont toujours besoin d’un truc… Et puis, c’est très très mal payĂ© pour un boulot oĂą parfois ton hiĂ©rarchique ne pourrait rien faire sans toi, notamment corriger ses fautes d’orthographe… On est des filets de sĂ©curitĂ©. Et moi j’ai envie de faire des choses POUR moi, mĂŞme si je sais qu’il n’y a jamais de boulot parfait.
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Malheureusement peu de tĂ©moignages sur le Web sur l’après-CIF et le vĂ©ritable pourcentage de “convertis”.
J’attends vos exemples personnels.