My Space

La vie secrète des artistes #6 : Benjamin Fau et Alexandra Lacroix

Ce 25 novembre 2010, je suis allée voir Didon et Enée au théâtre Mouffetard. Le seul opéra complet composé par Henry Purcell sur un livret de Nahum Tate est directement inspiré des récits de l’Énéide de Virgile. En gros, c’est comme si le duo Purcell-Tate l’avait remis au goût du jour à la mode Shakespeare.

La vie secrète des artistes #6 : Benjamin Fau et Alexandra LacroixMais le spectacle que j’ai vu est d’autant plus étonnant qu’il alliait l’opéra et le jeu scénique propre au théâtre, chose que, personnellement, je n’ai pas l’habitude de voir dans les mises en scène. Autrement dit, si dans la partition de Purcell, l’orchestre à cordes prend une place prépondérante, cette mise en scène ne laisse la place qu’au clavecin, créant ainsi une atmosphère plus intimiste et adaptée au théâtre.

Cette adaptation de Didon et Enée est avant tout la rencontre de Benjamin Fau, directeur musical de la Compagnie Manque Pas d’Airs, et de la scénographe Alexandra Lacroix. La mise en place du spectacle, en effet, est avant tout une envie commune de conjuguer l’opéra et le théâtre. Le casting, d’ailleurs, s’en ressentit, car l’objectif était de trouver des chanteurs lyriques qui savent allier des qualités d’acteur à leur talent vocal.

C’est effectivement ce qui m’a désarçonnée dans ce spectacle, dans un premier temps. Vous savez maintenant que je regrette quelquefois l’exagération du jeu théâtral dans les premiers instants de la pièce. Dans ce cas précis, il fallait de plus rajouter le chant lyrique. Bref, j’ai mis un petit temps avant d’entrer dans la pièce.

Mais il faut avouer que cette mise en scène tient son pari. Les chanteurs sont assez jeunes, mais leur jeu d’acteur est assez naturel, en phase avec les normes du théâtre baroque. Sous l’égide du clavecin de Camille Delaforge, Guillaume Andrieux (Enée), Johanne Cassar (Didon), Maylis de Villoutreys (Bélinda), Cecil Gallois et Florent Baffi (les sorcières) proposent un ensemble où l’on peut percevoir la personnalité de chacun, tout en rendant cela homogène. Autrement dit, ils rendent toute la dimension shakespearienne que le spectateur peut attendre du drame composé par Purcell.

Le petit plus est que la mise en scène est transposée dans un cadre moderne – en l’occurrence, le royaume de Didon devient une université. Cela m’a frappée : j’ai demandé si la mise en scène a été réfléchie en relation avec la programmation au théâtre Mouffetard (qui se trouve dans le 5e arrondissement de Paris, un quartier étudiant s’il en est). Alexandra et Benjamin ont salué la coïncidence, tout en m’expliquant qu’elle était purement fortuite.

Une autre performance du jeu des acteurs est qu’il rend tout à fait la sensualité des personnages principaux. Je ne voudrais pas être vulgaire, mais jamais jeté de keffieh ne m’aura fait autant d’effet. Les moments d’étreinte entre Didon et Enée sont tout à fait crédibles, chose qui n’est pas évidente à rendre au théâtre. Mais surtout, le fil conducteur de l’eau, très troublant (entre les bruitages et les scènes), vient titiller le spectateur dans ses perceptions.Courez donc vite au théâtre Mouffetard jusqu’au 8 janvier 2011.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>