Histoires

Venez vous faire enguirlander !#5 : Il est né le divin enfant

Ndlr : retrouvez pendant tout le mois de décembre les “venez vous faire enguirlander”, rubrique sous les auspices de Noël qui vous fera peut-être gagner votre place au comité de rédaction et/ou une semaine de rédaction en chef. Envoyez-vos textes les plus originaux, vos loisirs créatifs, photos, dessins en vous aidant par là et n’oubliez pas de nous envoyer tout cela à la rédaction de Ladies Room avant le 16 décembre ! Au tour de Storia Giovanna de partager avec nous son évocation des fêtes de Noël !

Il était une fois, il y a deux mille ans, un petit garçon juif issu de la tribu de Juda et qui s’appelait Jésus. Il est né dans une étable, et tout de suite, des bergers en ont fait un foin. Genre, le soir de sa naissance, des hommes sont descendus du ciel en chantant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux… ». Ensuite des mages venus de l’Orient sont venus lui apporter de l’or, de l’encens et de la myrrhe… La majorité de mon lectorat connaît la suite.

Venez vous faire enguirlander !#5 : Il est né le divin enfantForce est de constater que, pour moi, l’esprit de Noël n’est pas acheter des cadeaux à qui mieux mieux. Mieux, dans mon cheminement de foi, j’ai même compris le mystère de Noël pour les chrétiens, comme j’ai pu appréhender le mystère de Pâques il y a quelques années.

En 2002, ma famille a vécu un drame. En effet, la maladie a malheureusement eu raison de mon petit cousin. J’avais alors 19 ans, je sortais de l’adolescence et ce fut comme un électrochoc. Suite à cette période de deuil, je me suis lourdement remise en question sur les valeurs sur lesquelles je construisais ma vie. Je n’ai jamais remis en question ma foi – elle a même gagné en maturité à la lumière du cierge pascal –, mais je ne pouvais plus comprendre comment l’espoir qui habitait mes convictions les plus profondes pouvait encore avoir un écho dans mon quotidien.

C’est de mon oncle et ma tante qu’est venue la réponse. Loin de se laisser anéantir par le deuil, ils ont décidé que la vie allait continuer avec leur fille, et si le Seigneur leur donnait d’autres enfants, tant mieux. Dans cet état d’esprit, ils ont su reconstruire leur famille sur de nouvelles bases. C’est dans cet état d’esprit qu’une petite fille a vu le jour, neuf ans après sa grande sœur. Symboliquement, elle a été baptisée le jour de Pâques.

Mais c’est ce soir d’octobre 2005 qui restera gravé dans ma mémoire. Nous recevons un coup de fil tardif à la maison : mon oncle nous apprend qu’un an et demi après sa deuxième fille, un nouveau petit garçon venait de naître. Sa joie a été communicative, si bien que, dès que je pus me rendre à Rennes où j’effectuais mes études et où mon cousin avait vu le jour, j’accourrai très vite à la maternité. J’entre dans la chambre, on venait de finir le bain. Ma tante habille le bébé, me le présente.

C’est à ce moment-là qu’elle me demande d’en être la marraine. Chose que j’accepte sans hésiter. D’un coup, le téléphone sonne. Ma tante me confie celui qui est désormais mon filleul et répond. L’appel dure un petit bout de temps, le temps pour moi d’apprivoiser ce bébé dont j’ai accepté la charge morale. Nous nous sommes regardés pendant de longues minutes. C’est incroyable ce qu’un bébé de trois jours peut dire rien qu’avec ses yeux qui nous scrutent, tout ce qu’il est capable de chambouler dans une tête…

Alors je compris pourquoi ces bergers faisaient tout un foin autour de ce bébé dans cette étable, il y a deux mille ans. En vérité, dans sa simplicité, un enfant porte l’espoir, balaye les incertitudes, peut parfois apaiser des conflits – pas toujours, malheureusement… Mais des interrogations subsistent : quelque chose va changer, mais on ne sait pas encore quoi. Cet enfant a été attendu, mais concrètement, qu’est-ce qu’il fera ? Est-ce qu’on vivra mieux, du fait de sa présence ? Arrivera-t-il à éclairer le monde ? Ou peut-être qu’il ne se passera pas grand-chose de neuf, mis à part qu’il sera tout simplement là.

Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? On continue à faire des gazouillis ? Car ce n’est pas tout de s’extasier devant le miracle de la vie, il faut aussi qu’il prenne forme. Aussi bien physiquement qu’intellectuellement. Dans la Bible, il ne subsiste que très peu de choses de l’enfance du petit garçon juif, mis à part sa fuite en Égypte et le récit de sa bar-mitsva un peu mouvementée (il se planque pendant trois jours au temple de Jérusalem avec les docteurs de la Loi juive). Tout ce que les évangélistes en disent se résume au fait qu’il grandisse en sagesse.

Par conséquent, entre le petit garçon juif et celui qui est présenté comme le Sauveur du monde, le temps n’a pas stagné. Comme je sais que mon petit filleul a beaucoup évolué en cinq ans d’existence. Par conséquent, la naissance de l’enfant a beau être une bénédiction dans la vie d’une personne, si on ne lui donne pas les clés pour s’ouvrir au monde, cela ne sert à pas grand-chose qu’on s’extasie devant son petit minois. Qui dit que ledit petit garçon juif n’aurait pas pu être le mauvais larron, sur la croix ? Ou bien celui qui l’a dénoncé aux prêtres ? Pour conclure, nous avons effectué le baptême de mon filleul. Un 25 décembre. Cela ne vous rappelle rien ?

(cc) ratterrell

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