En cette fin d’annĂ©e, alors que l’hiver Ă©tend son manteau neigeux sur la France, que les Restos du cĹ“ur enregistrent de plus en plus d’inscriptions, qu’on annonce les premiers morts dans les rues, malgrĂ© mon athĂ©isme, je me souviens de mes quelques cours de catĂ©chisme et je pense Ă ce proverbe “charitĂ© bien ordonnĂ©e commence par soi-mĂŞme“. En effet, la manière dont on s’occupe de soi a inĂ©vitablement une influence sur la manière dont on s’occupe des autres. Et inversement ! C’est pourquoi, la pĂ©riode des FĂŞtes est propice Ă l’entretien de ce sentiment d’empathie qui nous pousse Ă minimiser nos propres soucis pour s’intĂ©resser Ă ceux qui ont moins que nous. Nous ne sommes pas des hĂ©ros, mais il existe plusieurs gestes qui peuvent nous apporter fiertĂ© et satisfaction, qu’il ne faut pas confondre avec bonne conscience.
Mon problème, c’est que je n’ai jamais su donner aux miséreux dans la rue ou dans le métro. Je parle bien de « savoir ». C’est un geste que j’ai rarement vu faire autour de moi. CDI du métro parisien depuis mon entrée en 6ème, sur les injonctions de mes parents, j’ai d’abord appris à me méfier des inconnus aux mains moites et ensuite, à fermer les portugaises, face aux agressions répétitives qui finissent par tuer à petit feu toute velléité de solidarité. Qui n’a jamais voulu faire avaler son accordéon à un énième gitan, ânonnant la Lambada ou changer de wagon face aux effluves insupportables d’un réfractaire à l’eau sous toutes ses formes ou d’un alcoolique qu’on aurait aimé anonyme, sans néanmoins tomber dans des extrêmes dont Bella HabilleMoi nous parlait récemment.
Donc, la sĂ©bile, moi je bloque. J’ai toujours eu un problème avec le liquide. J’imagine que j’ai une image très christianisĂ©e de l’argent. A l’instar de cette maxime « La racine de tous les maux, c’est l’amour de l’argent », pour moi, l’argent, c’est sale. Beaucoup plus simple d’user d’une carte ou d’un bout de papier. Et puis, on ne sait jamais vraiment Ă quoi va servir cet argent. Ni mĂŞme quel montant on peut « dĂ©cemment » donner.
Alors, pour me « rendre utile », j’utilise des moyens détournés.
Comme donner mon sang. Ma mère a donné son sang pendant de nombreuses années, sans prosélytisme. Après soixante-cinq ans révolus, ce n’est plus possible. Quand je suis descendue à Montpellier, la distance m’a aidée à concrétiser ce geste citoyen, qui était inscrit dans mon patrimoine éducatif. Autour de moi, j’entends toujours quantité d’excuses bidon pour ne pas donner son sang : « Je prends des médicaments », « Je n’ai pas un poids adapté », « J’ai peur d’avoir mal », « J’ai voulu, mais on m’a refusé », « Je devrais y penser ». Simplement, selon son environnement, cela se fait ou pas, ce n’est même pas une question de morale.
La dernière excuse en date m’a laissĂ©e perplexe : elle se rĂ©sume sous la forme « tant que les homosexuels ne seront pas reconnus comme donneurs potentiels, je ne donnerai pas mon sang » (1). J’avoue avoir toujours eu un problème avec la politique de l’abstention. On n’a jamais la solution idĂ©ale. On n’a pas forcĂ©ment, au deuxième tour, un candidat qui nous convient et on vote plus « contre » que « pour ». Mais parfois, dans une situation d’urgence qui est celle du don de sang aujourd’hui, il faut rĂ©agir, mĂŞme si cette « discrimination sexuelle » est honteuse, mais justifiĂ©e par l’EFS (Établissement Français du Sang). MalgrĂ© une campagne de pub (complètement ratĂ©e d’ailleurs), dans le cadre d’une campagne nationale d’information lancĂ©e le 15 novembre, l’EFS doit, comme chaque annĂ©e, faire face Ă une pĂ©nurie de dons de sang Ă l’approche des fĂŞtes.
Ce midi, j’ai pris ma pause-déjeuner pour aller donner mon sang. Ça m’a pris vingt minutes et l’accueil a été conforme aux fois précédentes : parfait.
Mon deuxième acte de charité, moins flamboyant, et qui peut répondre à la course aux  cadeaux pour Noël : J’achète depuis de nombreuses années le cahier hors série de « Reporters sans frontières » pour 9,90 €. Créée en 1985, par Robert Ménard et trois amis, l’organisation Reporters Sans Frontières propose, tous les trois mois, un numéro spécial « 100 photos ». Son but : défendre la liberté de la presse, partout où elle est en danger, en France comme dans le monde entier. RSF est implantée dans plus de 140 pays.
La vente des fameux albums « 100 photos pour la libertĂ© de la presse » reprĂ©sente 50 % des ressources de RSF. Ă€ chaque fois, un thème (le festival de Cannes, 100 photos de stars) ou un photographe Ă l’affiche, avec les prestigieuses participations de Bettina Rheims, Sabine Weiss, Yann Arthus-Bertrand, Dominique Issermann, Pierre et Alexandra Boulat… Avant le portfolio, une partie « magazine », oĂą l’on peut lire plusieurs tribunes, souvent très engagĂ©es. Le dernier en date : “100 photos pour la libertĂ© de la presse” avec David Burnett . Un beau cadeau pour une belle cause.
Voilà deux voies sans prétention que je vous invite à prendre. Mais il existe plein d’autres options : déposer quelques articles à la sortie de votre supermarché pour la Banque alimentaire ; ne pas hésiter à appeler le 115 quand il vous semble qu’un SDF est potentiellement en danger ; faire don de ses vieux jouets ou de ses vieux vêtements à Emmaüs ; acheter un sapin artificiel ou à replanter, ou un sac-à -sapin-qui-pue. L’important, c’est de laisser parler son cœur, pas forcément son porte-monnaie.
(cc) Darwin Bell
(1) Article “Tu veux mon sang, prends aussi le leur”
posté le 01/12/2010 | 376 vues | 4 commentaires | tags: EFS charité fêtes de noël rsf sang hiver La poupée russe coeur
Tiens, je n’avais pas pensĂ© au TĂ©lĂ©thon, mais ce genre de grand barnum me fait plutĂ´t fuir. A contrario, j’ai donnĂ© 20€ (c’est tout ce que je pouvais) pour une nana qui Ă©crit un blog qui m’Ă©clate.
Moi aussi j’ai du mal avec la sĂ©bile (j’adore les mots dĂ©suets comme celui-lĂ ).
Quand j’Ă©tais plus jeune et toulousaine, il y avait un centre de collecte de sang en plein centre ville qui faisait bien sa publicitĂ© sur son pas de porte, j’y allais systĂ©matiquement lors de mes balades toulousaines ; je trouvais aussi, assez souvent, un camion qui venait s’installer ici ou lĂ qui s’arrangeait Ă©galement pour se faire remarquer.
Aujourd’hui, que je suis Ă Paris (plus de 10 ans) je ne donne plus mon sang, car je n’en ai jamais l’occasion (celle qui fait le larron comme lorsque j’Ă©tais Ă Toulouse)…
Le problème de ces belles causes c’est qu’elles savent bien moins communiquer que les grandes marques Ă but très lucratif.
Par contre je donne rĂ©gulièrement une pièce ou 2 Ă la mĂŞme dame, qui a l’âge de la retraite - a priori - et qui tous les jours de la semaine (du lundi au vendredi) se trouve Ă la sortie du mĂ©tro près de mon boulot. Elle est emmitouflĂ©e, elle doit avoir très froid comme ça sur place, elle a son petit sac Ă dos accrochĂ© Ă la rampe de l’escalier, elle tient son petit gobelet en plastique, elle est propre, change de vĂŞtement, je parierais que cette femme a travaillĂ© toute sa vie, qu’elle a cotisĂ© parfois, qu’elle s’est peut ĂŞtre arrĂŞtĂ©e pour avoir des enfants, qui ne sont plus lĂ pour l’aider ou ne peuvent pas, qu’elle a dĂ» gagner moins tout en travaillant autant qu’un hypothĂ©tique mari qui l’a peut ĂŞtre larguĂ©e ou qui est mort.
Pourtant je ne me sens pas du tout mieux de m’ĂŞtre dĂ©lestĂ©e de quelques euros…
Tu es une “furieuse” toute douce ! Moi aussi j’aime saupoudrer mes textes de vieux mots, lĂ je me sens parfois intelligente ^^ Je trouve qu’ils ont une saveur particulière.
En tout cas, c’est vrai que dans les villes Ă©tudiantes, comme Toulouse et Montpellier pour moi, on est particulièrement sensibilisĂ©s au don de sang. C’est bien de commencer tĂ´t, de considĂ©rer cela comme un acte “naturel”, enfin simple je veux dire.
Pour ta petite dame, je sais que ça sert le cĹ“ur d’imaginer le parcours qu’elle a du suivre, mais je pense vraiment que tu lui rends service, c’est le plus important. A Paris, Ă mon deuxième chez-moi, il y a une dame tout pareil qui vit dans un vieux C4 immobilisĂ© sur une place de parking, Ă deux pas de la Place Clichy… Mais elle semble rester stoĂŻque, presque sereine, avec son petit caniche…
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Tiens, M. MĂ©nard (RSF pour celles qui suivent) auraient rĂ©cemment fait parler de lui, dans un tout autre registre. Lors de l’Ă©mission “Tirs croisĂ©s” du 19 novembre, sur I-tĂ©lĂ©, un dĂ©bat sur les employĂ©s de maison :
«Ça pénalise qui ? Ça pénalise les femmes, parce que pour être clair, la plupart de ces emplois, c’est qui, c’est des femmes de ménage qu’on emploie parce que nos épouses travaillent aussi et qu’elles n’ont pas envie de repasser».
Comme quoi, on peut ĂŞtre un virulent dĂ©fendeur de la libertĂ© de la presse et avoir quelques problèmes avec les notions d’Ă©galitĂ© sexuelle dans les tâches mĂ©nagères…
Source : http://www.girlsandgeeks.com/2010/11/21/robert-menard-femme-repassage/