Histoires

Venez vous faire enguirlander ! #4 : Holy Night in Beijing

Ndlr : retrouvez pendant tout le mois de décembre les “venez vous faire enguirlander”, rubrique sous les auspices de Noël qui vous fera peut-être gagner votre place au comité de rédaction et/ou une semaine de rédaction en chef. Envoyez-vos textes les plus originaux, vos loisirs créatifs, photos, dessins en vous aidant par là et n’oubliez pas de nous envoyer tout cela à la rédaction de Ladies Room avant le 16 décembre ! Au tour de Mimi de partager avec nous son évocation des fêtes de Noël !

C’était une soirée froide. Les rares passants étaient emmitouflés dans des manteaux longs et informes, l’écharpe bien nouée autour du cou. Le long de l’avenue, les néons criards me heurtaient les yeux. Derrière la vitre, j’étais encore engourdie par le froid hivernal et n’ôtait pas mes gants. Ballerine – et je la nommerai ainsi pour une raison qu’elle seule et moi-même connaissons – était assise à coté de moi à l’arrière, un plan dans les mains. A la lumière des lampadaires, je distinguais à peine ses paupières maquillées pour l’occasion. De son regard pailleté, elle lisait le plan et indiquait la direction au chauffeur en quelques mots de chinois. Direction San Li Tun, le quartier d’expatriés. Pas sûr que le chauffeur sache exactement où notre adresse se situait mais on y arriverait bien. Quelques semaines auparavant, Ballerine m’avait proposé de me joindre à elle pour la soirée du 24 Décembre. Une famille de sa connaissance invitait quelques autres amis expatriés. « Tu plaisantes ! C’est Noël ! » m’avait-t elle dit, « Et ils t’invitent aussi ». C’est vrai, je risquais de me retrouver seule puisque tous les autres étudiants du campus étaient en vadrouille hors de la capitale.

Venez vous faire enguirlander ! #4 : Holy Night in BeijingC’est comme ça que je me suis retrouvée dans ce taxi de Pékin un soir de Noël. Je n’étais pas malheureuse mais je me souviens d’une impression étrange. C’était la première fois que je fêtais Noël loin de ma famille et quelque chose me dérangeait. Un vague sentiment de tristesse. Diffus. Lointain. A l’étage de notre campus, les festivités avaient commencé quelques semaines plus tôt avec les boules de chocolats et autres gourmandises expédiées de France. Un sapin synthétique trônait dans le couloir pour nous rappeler cette période magique que notre pays d’accueil ne comprenait pas. Dans notre quartier, à quelques rues de là, un père Noël kitsch était posé devant l’entrée du centre commercial. Plusieurs guirlandes rouges, vertes et bleues ornaient certains coins de la ville d’une lumière un peu fade. Noël a pris là-bas une tournure d’occidentalisation. Et ça se ressentait jusque dans les décorations grossières. Pour nous tous, c’était un moment de fête, pour ce pays, c’était une imitation des coutumes occidentales. Mais sans âme.

Ce soir-là, c’était Noël et personne dans la rue ne s’en souciait. Je me sentais totalement décalée. J’avais accepté d’accompagner Ballerine à la messe du soir. Le temps d’admirer les façades des ambassades alentour et de se perdre un bon nombre de fois, le taxi nous déposa finalement devant l’ambassade qui organisait la messe de Noël. Les chants étaient déjà commencés lorsque nous entrâmes. Ballerine était dans son élément. Moi un peu moins, mais je n’étais pas mal à l’aise. Une grande salle avait été aménagée pour l’occasion. La salle était comble. Famille et amis étaient tous réunis. Quelques textes, quelques chants, et puis il y a eu ce moment. Ce moment où chacun se tourne vers son voisin pour lui souhaiter ces quelques mots, « La paix du Christ ».

C’est à ce moment que j’ai compris, c’est là. Entre les deux hommes aux sourires chaleureux qui échangeaient une poignée de main et la femme au parfum enivrant qui s’approchait de mon visage pour me souhaiter ces mots qui ne m’étaient pas familiers. C’est à l’instant où mes yeux se sont embués que j’ai compris. C’était ça Noël. Noël ce n’était pas tant les cadeaux, les guirlandes, les chocolats, les Pères Noël en plastique. Noël ce n’était non plus se presser dans les magasins et ressortir les joues cramoisies et les bras chargés de paquets. Noël c’est juste se sentir appartenir à une communauté et se réunir pour se le rappeler.

Je regardais ces hommes et femmes autour de moi pendant la messe, tous n’avaient pas la même couleur de peau, ne parlaient pas la même langue et pourtant je savais que tous allaient célébrer cette soirée du 24 Décembre entourés et le cœur au chaud. Mes joues ont rosi et je me rappelle avoir senti une émotion vive et furtive. C’était donc ça.

A l’autre bout du monde, je retrouvais mes racines intensément pour la première fois depuis des mois. Et en réalisant soudainement tout ça, j’ai eu mon plus beau cadeau de Noël. Je comprenais qu’au-delà de la fête, il y avait quelque chose de très simple. Se souvenir d’où l’on vient. Je ramassais mon sac et mes quelques affaires, je partais le cœur léger à la rencontre de cette famille inconnue, qui avait décidé, pour un soir de Noël au cœur de Pékin, de m’inviter à partager leur table.

(cc) Mrs Magic

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