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Politique, d’Adam Thirlwell… ou la vraie histoire des Chansons d’Amour de Christophe Honoré.

 Article sélectionné par Mimi lors de sa semaine de rédaction en chef 

J’avais gentiment commencé la lecture attentive bien que distendue des écrits de la diariste d’Anaïs Nin quand un ami me conseilla de me pencher d’un peu plus près sur Politique, d’Adam Thirlwell. Je regarde la couverture à deux, trois fois, lit la quatrième de couverture : “Politique explore les problèmes cruciaux de l’étiquette sexuelle. Comment doit-on dormir à trois dans un lit ? Est-il poli de lire pendant que deux personnes s’accouplent à côté de vous ? Est-il permis d’être jaloux ?…” Me voilà conquise, troquant sans vergogne les amourettes platoniques mais passionnelles, fusionnelles mais constantes de l’écrivain pour me concentrer pour ce petit bijou de littérature britannique.

Politique, d’Adam Thirlwell… ou la vraie histoire des Chansons d’Amour de Christophe Honoré.Entre références à Milan Kundera, au statut de certains activistes littéraires sous le régime stalinien, à Jules et Jim, Adam Thirlwell raconte à la perfection une histoire dans lequel il est lui-même narrateur-acteur, portant sur ses personnages un regard critique, amusé, tantôt cajôleur, tantôt intransigeant. Pour ne rien gâcher, tel un équilibriste, entre discours métaphysique et scènes érotico-sexuelles, il nous perd dans une histoire qui pourtant n’a, au bout du compte, rien de vraiment révolutionnaire.

Ne s’agissant évidemment pas de politique, comme vous l’aurez compris, l’ouvrage traite d’un ménage à trois, et des difficultés de chacun de pouvoir trouver sa place dans cette structure relationnelle des plus particulières. Sans sentimentalisme à l’eau de rose, sans tomber dans la pornographie ou, à l’inverse, dans la masturbation intellectuelle ce à cause des nombreux intermèdes historiques, littéraires et culturels imposés par l’auteur-narrateur, la lecture de ce roman m’a offert un très joli moment d’évasion.

L’ayant terminé, certaines similitudes avec Les Chansons d’Amour de Christophe Honoré m’ont tout de même frappées de plein fouet. Au-delà du fait que tous deux tournaient autour du même “scénario”, à savoir un couple amoureux supplanté d’une troisième personne, comme un électron évoluant au tour de l’atome, pour avoir vu le film une bonne dizaine de fois (faut-il vous rappeler mon allégeance au réalisateur…), arrive à la toute fin du bouquin une scène où la fille en couple, Nana, qui vient tout juste de quitter Moshe (prononcez Moishé), se retrouve à devoir raconter à son père, de manière plutôt exhaustive, comment se déroulait sa vie sexuelle, au sein du couple à trois. Scène qui m’a rappelée, mot pour mot, celle entre Ludivine Sagnier et Brigitte Roüan dans la cuisine, où la mère se mêle de la vie sexuelle de sa fille de manière vraiment troublante, voire même embarrassante, aussi bien pour la fille que pour le spectateur.

Le bouquin fermé, je me jette sur l’Internet pour me renseigner. Politique étant sorti en 2003, Les Chansons d’Amour en 2007, cela ne faisait aucun doute. Je réalise alors que Christophe Honoré était évidemment au fait du roman d’Adam Thirlwell, et va même jusqu’à pousser le vice en faisant lire au lit, au début du film, Politique, à un de ses personnages.

Me voici soufflée. Je cherche, je fouille, en quête de références dudit réalisateur, s’étant essentiellement inspiré du bouquin pour écrire son film. Rien. De pauvres allusions au fait qu’en effet, on peut voir Politique dans le film. Et ça s’arrête ici. Mais s’enchaînent les références à la Nouvelle Vague, à Truffaut, à Godard, à Jean-Pierre Léaud dans La maman et la putain… Alors, bien évidemment, parce que je vois venir d’ici les adorateurs du travail d’Honoré, que je ne peux pas réduire cette œuvre cinématographique au ménage à trois, qui tient d’ailleurs les vingt premières minutes du film seulement. Que par la même occasion, je ne peux pas crier au scandale, ou même au plagiat.

Mais je tenais quand même à rétablir cet état de faits, faire la lumière sur le bouquin d’Adam Thirlwell qui, selon moi, va beaucoup plus loin dans la construction des personnages, notamment dans le cadre du ménage à trois, qui fait preuve d’un humour à toute épreuve. Humour pince-sans-rire que l’on retrouve dans le personnage de Louis Garrel, avec ses références débridées à sa judaité non-militante : “Ras la kipa du mini-juif”

En clair, donc : pour ceux n’ayant pas lu Politique et qui ont apprécié Les Chansons d’amour, à vous de forger votre propre opinion en vous intéressant à l’intrigant Adam Thirlwell, auteur des plus prometteurs figurant en 2004 sur la liste des 20 auteurs les plus prometteurs de la littérature britannique (rien que ça !). Il y a des chances pour que le génie éclairé de Christophe Honoré vous apparaisse soudainement aussi justifié que la remise du Goncourt et du Renaudot à Houellebecq et Despentes, respectivement. D’ici là, je m’en retourne retrouver Anaïs et ses amourettes avec Henry et June. Et puis, la prochaine fois que j’irai voir un film d’Honoré, je songerai à revoir ses classiques à lui, étant de plus en plus persuadée que l’élève est loin, très loin de dépasser ses maîtres.

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