Article sĂ©lectionnĂ© par Mimi lors de sa semaine de rĂ©daction en chefÂ
J’avais gentiment commencĂ© la lecture attentive bien que distendue des Ă©crits de la diariste d’AnaĂŻs Nin quand un ami me conseilla de me pencher d’un peu plus près sur Politique, d’Adam Thirlwell. Je regarde la couverture Ă deux, trois fois, lit la quatrième de couverture : “Politique explore les problèmes cruciaux de l’étiquette sexuelle. Comment doit-on dormir Ă trois dans un lit ? Est-il poli de lire pendant que deux personnes s’accouplent Ă cĂ´tĂ© de vous ? Est-il permis d’être jaloux ?…” Me voilĂ conquise, troquant sans vergogne les amourettes platoniques mais passionnelles, fusionnelles mais constantes de l’Ă©crivain pour me concentrer pour ce petit bijou de littĂ©rature britannique.
Entre rĂ©fĂ©rences Ă Milan Kundera, au statut de certains activistes littĂ©raires sous le rĂ©gime stalinien, Ă Jules et Jim, Adam Thirlwell raconte Ă la perfection une histoire dans lequel il est lui-mĂŞme narrateur-acteur, portant sur ses personnages un regard critique, amusĂ©, tantĂ´t cajĂ´leur, tantĂ´t intransigeant. Pour ne rien gâcher, tel un Ă©quilibriste, entre discours mĂ©taphysique et scènes Ă©rotico-sexuelles, il nous perd dans une histoire qui pourtant n’a, au bout du compte, rien de vraiment rĂ©volutionnaire.
Ne s’agissant Ă©videmment pas de politique, comme vous l’aurez compris, l’ouvrage traite d’un mĂ©nage Ă trois, et des difficultĂ©s de chacun de pouvoir trouver sa place dans cette structure relationnelle des plus particulières. Sans sentimentalisme Ă l’eau de rose, sans tomber dans la pornographie ou, Ă l’inverse, dans la masturbation intellectuelle ce Ă cause des nombreux intermèdes historiques, littĂ©raires et culturels imposĂ©s par l’auteur-narrateur, la lecture de ce roman m’a offert un très joli moment d’Ă©vasion.
L’ayant terminĂ©, certaines similitudes avec Les Chansons d’Amour de Christophe HonorĂ© m’ont tout de mĂŞme frappĂ©es de plein fouet. Au-delĂ du fait que tous deux tournaient autour du mĂŞme “scĂ©nario”, Ă savoir un couple amoureux supplantĂ© d’une troisième personne, comme un Ă©lectron Ă©voluant au tour de l’atome, pour avoir vu le film une bonne dizaine de fois (faut-il vous rappeler mon allĂ©geance au rĂ©alisateur…), arrive Ă la toute fin du bouquin une scène oĂą la fille en couple, Nana, qui vient tout juste de quitter Moshe (prononcez MoishĂ©), se retrouve Ă devoir raconter Ă son père, de manière plutĂ´t exhaustive, comment se dĂ©roulait sa vie sexuelle, au sein du couple Ă trois. Scène qui m’a rappelĂ©e, mot pour mot, celle entre Ludivine Sagnier et Brigitte RoĂĽan dans la cuisine, oĂą la mère se mĂŞle de la vie sexuelle de sa fille de manière vraiment troublante, voire mĂŞme embarrassante, aussi bien pour la fille que pour le spectateur.
Le bouquin fermĂ©, je me jette sur l’Internet pour me renseigner. Politique Ă©tant sorti en 2003, Les Chansons d’Amour en 2007, cela ne faisait aucun doute. Je rĂ©alise alors que Christophe HonorĂ© Ă©tait Ă©videmment au fait du roman d’Adam Thirlwell, et va mĂŞme jusqu’Ă pousser le vice en faisant lire au lit, au dĂ©but du film, Politique, Ă un de ses personnages.
Me voici soufflĂ©e. Je cherche, je fouille, en quĂŞte de rĂ©fĂ©rences dudit rĂ©alisateur, s’Ă©tant essentiellement inspirĂ© du bouquin pour Ă©crire son film. Rien. De pauvres allusions au fait qu’en effet, on peut voir Politique dans le film. Et ça s’arrĂŞte ici. Mais s’enchaĂ®nent les rĂ©fĂ©rences Ă la Nouvelle Vague, Ă Truffaut, Ă Godard, Ă Jean-Pierre LĂ©aud dans La maman et la putain… Alors, bien Ă©videmment, parce que je vois venir d’ici les adorateurs du travail d’HonorĂ©, que je ne peux pas rĂ©duire cette Ĺ“uvre cinĂ©matographique au mĂ©nage Ă trois, qui tient d’ailleurs les vingt premières minutes du film seulement. Que par la mĂŞme occasion, je ne peux pas crier au scandale, ou mĂŞme au plagiat.
Mais je tenais quand mĂŞme Ă rĂ©tablir cet Ă©tat de faits, faire la lumière sur le bouquin d’Adam Thirlwell qui, selon moi, va beaucoup plus loin dans la construction des personnages, notamment dans le cadre du mĂ©nage Ă trois, qui fait preuve d’un humour Ă toute Ă©preuve. Humour pince-sans-rire que l’on retrouve dans le personnage de Louis Garrel, avec ses rĂ©fĂ©rences dĂ©bridĂ©es Ă sa judaitĂ© non-militante : “Ras la kipa du mini-juif”…
En clair, donc : pour ceux n’ayant pas lu Politique et qui ont apprĂ©ciĂ© Les Chansons d’amour, Ă vous de forger votre propre opinion en vous intĂ©ressant Ă l’intrigant Adam Thirlwell, auteur des plus prometteurs figurant en 2004 sur la liste des 20 auteurs les plus prometteurs de la littĂ©rature britannique (rien que ça !). Il y a des chances pour que le gĂ©nie Ă©clairĂ© de Christophe HonorĂ© vous apparaisse soudainement aussi justifiĂ© que la remise du Goncourt et du Renaudot Ă Houellebecq et Despentes, respectivement. D’ici lĂ , je m’en retourne retrouver AnaĂŻs et ses amourettes avec Henry et June. Et puis, la prochaine fois que j’irai voir un film d’HonorĂ©, je songerai Ă revoir ses classiques Ă lui, Ă©tant de plus en plus persuadĂ©e que l’Ă©lève est loin, très loin de dĂ©passer ses maĂ®tres.
posté le 29/11/2010 | 314 vues | aucun commentaire | tags: adam thirlwell les chansons d'amour similitudes christophe honoré inspiration politique bouquin
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